Procès d’Abdelkader Merah: Il comparaît anonymement après avoir donné plusieurs interviews

JUSTICE L’un des témoins, qui a demandé à être anonymisé, s’était exprimé dans la presse quelques mois auparavant à visage découvert…

C. Ape.

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La cour qui accueille le procès d'Abdelkader Merah
La cour qui accueille le procès d'Abdelkader Merah — ERIC FEFERBERG / AFP

Au procès d’Abdelkader Merah, poursuivi pour complicité dans les sept assassinats terroristes commis en 2012 dans le sud de la France par son frère Mohamed, les témoignages anonymes se succèdent.

Sur les 55 témoins qui doivent se présenter pour comparaître au mois d’octobre, dix sont de simples numéros, explique ainsi le Monde.

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Mardi, Eric Voulleminot, sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) à l’époque des tueries perpétrées par Mohamed Merah, a lui renoncé à l’anonymat pour témoigner à visage découvert. Le témoin numéro 46 a donc un nom, contrairement aux témoins numéros 30 et 35 qui lui ont succédé mercredi.

Le cas du numéro 35 a particulièrement fait débat mercredi. « Toulouse est un bastion de forte radicalisation islamiste. Travaillant sur place, ayant ma femme et mes enfants sur place, je me refuse à apparaître visage découvert devant des mis en cause qui ont encore de la famille et des connaissances à Toulouse », a indiqué le fonctionnaire pour justifier sa demande d'anonymisation. 

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L'avocat d'Abdelkader Merah, Eric Dupont-Moretti, s'est alors emporté. « C’est du cinéma, ce que vous venez de dire », lance-t-il au témoin numéro 35. « Vous avez demandé votre anonymisation au dernier moment, mais on connaît votre nom, il apparaît dans un grand quotidien du Sud-Ouest. » Tablette en main, l’avocat montre à la cour la page du quotidien La Dépêche dans laquelle est apparu le policier il y a sept mois. « Voilà votre visage. »

 

 

Une interview qui n’est en réalité pas la seule. « Il a donné une soixantaine d’interviews », dit Eric Dupond-Moretti du policier. « Alors quand vous dites que vous avez peur, je ne sais pas si vous dites la vérité. Si vous participez à des débats médiatiques, il faut que vous veniez devant la justice. C’est dans les tribunaux que la justice se fait. Voilà, monsieur le 'n° 35', ce que je voulais vous dire. »

Pour se défendre, le témoin a fait référence à l’attentat de Magnanville, dans lequel un couple de policiers à trouvé la mort. « Seuls des policiers ont été attaqués chez eux. Il n’y a pas d’avocat », a dit le policier.

C’en est trop pour le président de la cour, Franck Zientara. « Si j’avais connu l’existence de cette interview, il est clair que j’aurais pris une autre décision », regrette-t-il. Une colère partagée par Olivier Morice, avocat de la famille du soldat assassiné Mohamed Legouad. Il dénonce une « anonymisation scandaleuse », une « pantalonnade », un « manque de respect vis-à-vis des familles des victimes et des accusés ».