Pourquoi les élèves évitent-ils d'aller aux toilettes dans leur établissement?

EDUCATION Une étude du Cnesco souligne les problèmes d'hygiène et d'insécurité dans les sanitaires scolaires...

Delphine Bancaud

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Les toilettes d'un établissement scolaire.
Les toilettes d'un établissement scolaire. — Pixabay/Timbo
  • Un tiers des élèves évitent d’aller aux toilettes de leur école, selon une étude du Une étude du Cnesco publiée ce mardi.
  • Dans 53 % des établissements, le nettoyage des sanitaires n’est réalisé qu’une seule fois par jour.
  • 16 % des élèves estiment que des problèmes de sécurité se posent dans les sanitaires.

Ils préfèrent se retenir pendant des heures, plutôt que d'utiliser les toilettes de leur établissement. Selon une enquête du Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire) publiée ce mardi, un tiers des élèves évitent d’aller aux toilettes de leur école, collège ou lycée.

Colère des parents d’élèves

En cause : la saleté des sanitaires, les cuvettes bouchées, les odeurs nauséabondes, le manque de papier hygiénique et de savon et les portes qui ne ferment pas toujours bien. Selon le Cnesco, dans près d’un établissement sur deux, la direction est d’ailleurs interpellée régulièrement par les familles sur le manque de propreté des W.-C.

Les dégradations et le manque d’approvisionnement en produits hygiéniques suscitent aussi des plaintes dans plus d’un établissement sur deux. Ce dont témoigne Samuel Cywie, porte-parole de la Peep, Fédération des parents d’élèves de l'enseignement public : « Nous avons des retours récurrents des parents sur ce sujet, car leurs enfants ne fréquentent plus les sanitaires de l’établissement. Il suffit d’une visite aux toilettes qui s’est mal passée pour dissuader les enfants d’y retourner », déclare-t-il à 20 Minutes.

Bien souvent, un seul nettoyage dans la journée

Un problème d’hygiène qui a plusieurs causes. Tout d’abord, dans la moitié des établissements (53 %), le nettoyage des sanitaires n’est réalisé de manière régulière qu’une seule fois par jour, comme l’explique l’étude du Cnesco. « Or, il faudrait le faire trois fois par jour, comme dans de nombreux lieux publics », insiste Samuel Cywie. Une exigence difficile à satisfaire, en raison des moyens limités dont disposent les établissements pour effectuer le ménage.

Pour Philippe Tournier, proviseur du lycée Victor-Duruy à Paris et secrétaire général du principal syndicat des chefs d’établissement, le manque de propreté n’est pas dû qu’au déficit de nettoyage des sanitaires : « Il y a un rapport problématique des Français avec les toilettes qui dénote un souci d’éducation. Lorsqu’on met du papier toilette à disposition des élèves, on retrouve des rouleaux entiers dans les cuvettes, qui sont du coup bouchés. Et les élèves font souvent leurs besoins à côté des cuvettes », constate-t-il.

Peur du harcèlement

Outre le manque de propreté, l’insécurité qui règne parfois dans les W.-C. incite aussi les élèves à les déserter. Selon l’étude du Cnesco, 16 % des élèves ont ainsi peur de se rendre aux toilettes par crainte du harcèlement.

« C’est un lieu où le risque de débordement est réel. Des parents m’ont rapporté le cas d’élèves filmant leurs camarades en train de faire leurs besoins. Des agressions physiques ont aussi parfois lieu aux toilettes », raconte Samuel Cywie. D’autant que les surveillants ou les enseignants sont réticents à y passer, comme le confirme Philippe Tournier : « Les toilettes sont le lieu le plus sensible et le plus difficile à surveiller dans les établissements ».

Des répercussions sur la santé des élèves

Quoi qu’il en soit, cet évitement des toilettes par de nombreux élèves n’est pas sans risque pour leur santé, comme le constate Béatrice Martinez, infirmière scolaire dans un collège de Carcassonne et membre du Snies : « Beaucoup d’élèves viennent nous consulter car ils ont mal au ventre, mais ils ne veulent pas nous dire clairement qu’ils se sont retenus au cours de la journée. Par ailleurs, de nombreuses jeunes filles ont des infections urinaires », constate-t-elle.

Mais ce n’est pas tout : le fait de ne pas aller aux sanitaires empêche certains élèves de se laver les mains dans la journée. « D’où des pics de gastro-entérites dans les établissements », poursuit l’infirmière.

« Pour pallier ce problème, du gel hydroalcoolique est mis à disposition des élèves dans de nombreux collèges et lycées », souligne Béatrice Martinez. D’autres établissements ont mis en œuvre des mesures pour permettre une meilleure fréquentation des toilettes : « Certains font venir le service de nettoyage après la récréation du matin et après celle de l’après-midi. D’autres placent un surveillant devant les sanitaires pour s’assurer qu’il n’y ait pas de dérives des élèves. Et d’autres encore ont mis en place des sèche-mains électriques pour limiter les quantités de papiers jeté par terre », indique l’infirmière scolaire. Des exemples à suivre.

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