Cantines scolaires: Les inégalités sont aussi dans l'assiette

EDUCATION Selon une étude du Cnesco, les élèves issus de familles défavorisées sont moins souvent inscrits à la cantine que les autres...

Delphine Bancaud

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Lyon, le 16 octobre 2015, la cantine de l'école Camus de Lyon,
Lyon, le 16 octobre 2015, la cantine de l'école Camus de Lyon, — Elisa Frisullo / 20 Minutes
  • Le milieu social d’origine joue dans l’accès des élèves à la cantine.
  • 75 % des collégiens de REP + ne sont pas inscrits à la cantine.
  • Le prix du repas est parfois trop élevé pour les familles défavorisées.
  • Les inégalités des élèves face à la cantine se constatent aussi dans la qualité des mets proposés.

Bénéficier d’un repas équilibré pour entamer son après-midi de classe dans les meilleures conditions. Un atout pour les écoliers français, sauf que tous n’en bénéficient pas. Une étude du Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire) rendue publique ce mardi, montre en effet, une disparité d’accès des élèves à la restauration scolaire et une inégalité dans la qualité des mets proposés à la cantine.

« Les inégalités sociales dans l’accès à la cantine sautent aux yeux », observe Natlalie Mons, présidente du Cnesco. « En moyenne au collège, les élèves issus des familles défavorisées sont deux fois plus nombreux (40 %) à ne pas manger à la cantine que les élèves issus de familles favorisées (22 %) et très favorisées (17 %) », poursuit-elle. Et le phénomène est encore plus criant dans les collèges de REP + (éducation très prioritaire) où 75 % des élèves issus de familles défavorisées ne déjeunent jamais à la cantine. « Or, le fait de bénéficier de repas équilibré permet d’accroître les résultats scolaires en favorisant la concentration de l’élève et en l’aidant à moins tomber malade », constate Agnès Florin, professeure en psychologie de l’enfant à l’université de Nantes. « Et la cantine est un lieu de sociabilisation important pour les élèves. Sans compter que la majorité des établissements organisent des activités parascolaires lors de la pause méridienne », souligne Nathalie Mons.

Le prix du déjeuner, un frein

Alors comment expliquer que les enfants qui ont le plus besoin de ce service n’en bénéficient pas toujours ? Selon le Cnesco, le prix de la cantine pourrait constituer un obstacle pour les familles : « Dans le second degré par exemple, le prix moyen d’un repas dans le public est de 3,30 euros et de 5,40 euros dans le privé. Et 55 % des établissements déclarent qu’il n’existe pas de politique tarifaire spécifique dans leur ville pour les élèves les plus démunis », indique Nathalie Mons. Même son de cloche auprès de l’Union nationale des associations familiales (Unaf) : « Nous avons aussi observé cette inégalité d’accès à la cantine scolaire. En 2014, nous avons mené une étude auprès de 1.700 maires sur la prise en compte de la dimension familiale dans les tarifs municipaux. Seul un tiers de ces communes prenait en compte la situation (revenu et nombre d’enfants) de la famille pour la tarification de la cantine », explique son porte-parole à 20 Minutes.

Et même si certaines collectivités territoriales ont mis en place des aides financières spécifiques pour financer la cantine, les familles qui pourraient en bénéficier ne les sollicitent parfois pas : « Les formulaires de demande semblent trop complexes à certains parents. Et d’autres répugnent à se faire aider financièrement », constate Philippe Tournier, secrétaire général du principal syndicat des chefs d’établissement.

Pas la même qualité de repas partout

Dans la même logique, l’absence de flexibilité concernant les inscriptions à la cantine dissuaderait aussi les familles les plus pauvres d’y inscrire leurs enfants. « Car la plupart du temps, il faut inscrire son enfant quatre jours par semaine et donc payer un forfait mensuel. Or, certaines familles n’ont pas envie de payer pour quatre repas alors que leur enfant ne va manger que trois fois par semaine à la cantine par exemple, en raison de trous dans son emploi du temps », explique Samuel Cywie, porte-parole de la Peep, fédération de Parents d’élèves.

Outre les disparités sociales d’accès à la restauration scolaire, force est aussi de constater que les élèves ne bénéficient pas non plus de la même qualité de mets d’une cantine à l’autre. Ainsi, d’après le Cnesco, selon le lieu de production des repas, l’utilisation de produits locaux, frais, de saison et issus de l’agriculture biologique, varie. Les grands gagnants sont les élèves dont les repas sont préparés au sein de l’établissement, dans une vraie cuisine. Et les perdants sur ce point sont les élèves dont les repas sont produits dans une cuisine centrale ou par un prestataire privé. « Or, l’éducation au goût devrait se faire aussi à l’école. Et c’est d’autant plus important pour les enfants issus de milieux défavorisés », souligne Samuel Cywie.