Ouverture du procès d'Abdelkader Merah: «L'occasion de démonter, une bonne fois pour toutes, la thèse du loup solitaire»

TERRORISME Cinq ans après les tueries perpétrées par Mohamed Merah à Toulouse et Montauban, le frère aîné du terroriste et l’un de ses complices présumés sont jugés à partir de lundi par la cour d’assises spéciale de Paris…

Hélène Sergent

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Capture d'écran de France 2 fournie le 21 mars 2013 par la chaîne de Mohamed Merah
Capture d'écran de France 2 fournie le 21 mars 2013 par la chaîne de Mohamed Merah — - FRANCE 2
  • Abdelkader Merah et Fettah Malki encourent respectivement la perpétuité et vingt ans de prison.
  • Mohamed Merah a tué sept personnes dont trois enfants et trois militaires.
  • Le procès doit déterminer les rôlés joués par les deux accusés dans ces attentats survenus en mars 2012.

Un mois pour juger et tenter de comprendre. Cinq ans après les tueries perpétrées par Mohamed Merah à Toulouse et Montauban, le procès de ses complices présumés s’ouvre ce lundi devant la cour d’assises spéciale de Paris. Les magistrats professionnels qui siégeront jusqu’au 3 octobre auront la lourde tâche d’évaluer les rôles joués par Abdelkader Merah – le grand frère de Mohammed – et Fettah Malki dans l’assassinat de trois militaires, d’un enseignant et trois écoliers juifs.

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L’absence criante de Mohamed Merah, tué lors de l’intervention du Raid à son domicile le 22 mars  2012 et de plusieurs membres de son entourage suscite chez les parties civiles certains regrets. Cette audience tentaculaire aura toutefois le mérite de « démonter, une bonne fois pour toutes, la thèse du loup solitaire », estime Béatrice Dubreuil, avocate de la famille du caporal Abel Chennouf, assassiné à Montauban.

Quels liens unissaient les frères ?

Il aura fallu attendre de longs mois et la détermination des familles des victimes pour que la théorie du « jeune radicalisé isolé » soit mise à mal. Quels liens entretenaient les frères Merah et de quels soutiens financiers, religieux et logistiques a bénéficié l’auteur de ces sept assassinats ? Ce sont ces questions qui vont mobiliser la cour spécialement composée. Dépeint par les enquêteurs et certains membres de sa famille comme le « mentor idéologique » de Mohamed, Abdelkader est notamment poursuivi pour sa participation au vol du scooter utilisé lors des attentats.

Principaux protagonistes de la mouvance islamiste radicale toulousaine dont étaient proches les frères Merah.
Principaux protagonistes de la mouvance islamiste radicale toulousaine dont étaient proches les frères Merah. - SIMON MALFATTO, SABRINA BLANCHARD / AFP

« C’est le roi du double discours et sa personnalité est ambiguë. Les éléments du dossier tendent à prouver que Mohamed Merah était le bras armé de son frère Abdelkader, tout autant radicalisé », analyse Béatrice Dubreuil. Qualifié de « violent » par ses proches, l’accusé a effectué plusieurs séjours au Caire dans un institut religieux et ce dès 2010. Comme Mohamed Merah, il était suivi par les renseignements pour sa proximité avec les membres de la mouvance islamiste et les frères Clain (fratrie qui revendiquera les attentats du 13 novembre). Des éléments jugés insuffisants aux yeux de son avocat, Eric Dupond-Moretti.

Fettah Malki, 35 ans, est accusé d’avoir fourni une arme, des munitions et un gilet pare-balles au Toulousain. Les deux jeunes hommes réfutent l’un et l’autre avoir eu connaissance des projets de Mohamed Merah.

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Un « procès symbolique »

« Ce procès est avant tout symbolique, relativise l’avocate de Latifa Ibn Ziaten, Samia Maktouf, le symbole de la démocratie face à la barbarie : la démocratie juge quand la barbarie ne suit que des lois mortifères. » Ce sera toutefois l’occasion pour les proches des victimes de Merah de redonner une place à ce qu’ils ont vécu. « Mes clients entendent rappeler qui était leur fils, leur frère, Mohamed Legouad, militaire français qui aimait son pays », avance l’avocat Olivier Morice. « On aimerait qu’à la fin de cette audience ce ne soit plus l’affaire Merah. Qu’on retienne plutôt le nom de ceux qui sont morts, qu’on ne les oublie pas », ajoute Patrick Klugman, avocat du père de Jonathan Sandler.

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Pour d’autres en revanche, l’ouverture du procès, cinq ans après les faits, s’accompagne de nombreuses frustrations. Béatrice Dubreuil, avocate de la famille Chennouf, confie : « Ce sera un moment lourd. Mon client me le dit, il ne s’attend à rien et a même hésité à venir. Je doute que la peine sera réparatrice. Mais c’est un procès important, on attend que la justice fasse son travail et qu’ils soient condamnés. » Le verdict est attendu vendredi 3 novembre.