Hausse de la CSG, absence de compensation, zéro négociation... Les raisons de la colère des retraités

MANIFESTATION Ce jeudi, les retraités vont manifester dans plusieurs villes de France pour protester contre l’augmentation de la CSG dès le 1er janvier 2018…

Anissa Boumediene

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Les retraités sont appelés à battre le pavé ce jeudi 28 septembre pour protester contre la hausse de la CSG et la baisse de leur pouvoir d'achat.
Les retraités sont appelés à battre le pavé ce jeudi 28 septembre pour protester contre la hausse de la CSG et la baisse de leur pouvoir d'achat. — UGO AMEZ/SIPA
  • A l’appel de neuf syndicats et associations de retraités (CGT, FO, CGC, CFTC, FSU, Solidaires, FGR, et UNRPA et LSR), dans plusieurs villes.
  • Ils protestent contre la décision du gouvernement d’augmenter la à compter du 1er janvier 2018.

Ils tiennent à leur pouvoir d’achat et vont battre le pavé pour le préserver. A l’appel de neuf syndicats et associations de retraités (CGT, FO, CGC, CFTC, FSU, Solidaires, FGR, et UNRPA et LSR), les retraités manifestent ce jeudi dans plusieurs villes, pour protester contre la décision du gouvernement d’augmenter la contribution sociale généralisée (CSG) à compter du 1er janvier prochain. Pour les retraités percevant plus de 1.200 euros par mois, la CSG augmentera ainsi de 1,7 %, passant de 6,6 % à 8,3 % de leur pension.

Une hausse de la CSG pas compensée

Près de 60 % de retraités, soit 8 millions de personnes, seront ainsi touchés l’an prochain par l’augmentation de 1,7 point du taux normal de la CSG. Une hausse qui entraînera une perte de 204 euros par an pour les retraités qui touchent une pension mensuelle de 1.000 euros et de 408 euros pour ceux qui reçoivent 2.000 euros, selon les organisateurs de la journée de mobilisation. Elle ne concerne pas les 40 % des retraités les plus modestes, exonérés ou soumis à la CSG à taux réduit.

La mesure doit servir à compenser la suppression des cotisations chômage et maladie pour les salariés du secteur privé. Un « effort » demandé par Emmanuel Macron aux « retraités les plus aisés » pour « récompenser le travail » en redonnant du pouvoir d’achat aux actifs. « On ne peut pas dire d’un retraité qui perçoit 1.200 euros par mois qu’il fait partie des plus aisés », condamne Gérard Vilain, président de Générations Mouvement, le premier réseau associatif de seniors qui représente plus de 650.000 retraités en France.

Pour une partie des retraités, « cette hausse des prélèvements sera atténuée par la baisse voire la suppression de la taxe d’habitation », a fait valoir ce jeudi matin sur RTL le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin. « C’est de la mauvaise foi, estime Gérard Vilain. L’exonération de la taxe d’habitation est une mesure nationale qui concerne tout le monde, c’est malhonnête de la vendre comme une mesure de compensation à l’égard des retraités ».

La CSG touchant les retraités reste toutefois moins élevée que celle des actifs, qui va passer à 9,2 %. Et les pensions les plus modestes bénéficient par ailleurs d’un taux réduit, de 3,8 %. Mais si « des compensations spécifiques sont prévues pour l’ensemble des catégories sociales : salariés, commerçants ou encore fonctionnaires, rien n’est prévu », déplore Gérard Vilain.

Le sentiment d’être constamment frappé au porte-monnaie

La grogne des retraités n’est pas nouvelle, ils ont le sentiment d’être constamment frappés au porte-monnaie depuis des années. « Le pouvoir d’achat des retraités est particulièrement touché depuis cinq ans », abonde Gérard Vilain, qui se réfère aux mesures fiscales qui ont dernièrement ciblé les retraités. « Il y a d’abord eu la suppression de la demi-part pour les veuves, la taxe CASA mais aussi le gel de la revalorisation des pensions de retraites depuis 2013. C’est un fait : le pouvoir d’achat des retraités en a directement été impacté. Nous n’avons rien contre les mesures de solidarité, notamment intergénérationnelle, au contraire. Mais pour les retraités les plus modestes notamment, c’est intenable, et cela ne fait que renforcer un sentiment de grande injustice », alerte-t-il. D’ailleurs, pour l’économiste Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne et auteur de Retraite - Juste un autre monde (éd. Temporis), « les retraités devraient perdre 5 à 15 % de pouvoir d’achat », a-t-il déclaré ce jeudi matin sur France Info.

Dès le 1er octobre prochain, les pensions de retraites doivent être revalorisées. « Même cette revalorisation de 0,8 % est source d’injustice, regrette Gérard Vilain. Selon que l’on a travaillé dans le privé ou dans le public, la base de calcul de cette augmentation ne sera pas la même, et certains seront lésés ».

Des retraités exclus de la table des négociations

Pour tenter de compenser le poids de la hausse de la CSG sur le pouvoir d’achat des retraités, la Confédération Française des Retraités (CFR), appuyée dans ses revendications par Générations Mouvement, plaide pour « la suppression de la cotisation d’assurance maladie de 1 %, ainsi que pour la déductibilité des cotisations des complémentaires santé du revenu imposable pour les retraités, à laquelle ont droit les salariés », expose Gérard Vilain, de Générations Mouvement, qui « souhaite aussi que le seuil de 1.200 euros de pension, à partir duquel les retraités sont touchés par la hausse prochaine de la CSG, soit revu à la hausse, pour épargner les plus modestes ».

Mais pour être entendus dans leurs revendications, « les associations de retraités veulent être invitées à la table des négociations, réclame Gérard Vilain. A ce jour, nous en sommes exclus, et nous n’avons même plus de ministère dédié aux aînés, nous n’avons plus d’interlocuteurs. Ainsi, lorsque des mesures concernant le pouvoir d’achat des retraités sont décidées, les principaux concernés ne peuvent même pas prendre part à la réflexion. C’est pourquoi le monde associatif des retraités devrait être considéré comme un partenaire social, au même titre que le patronat et le salariat ».