Violences conjugales: Le conjoint est responsable dans un meurtre de femmes sur trois

VIOLENCES Une femme sur trois tuée en 2015 l’a été par son conjoint selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales…

Thibaut Chevillard

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Illustration femme battue.
Illustration femme battue. — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • L’ONDRP a publié une étude sur les femmes victimes d’homicide en 2015.
  • Une femme sur trois tuées l’a été par son conjoint.

C’était le 18 septembre dernier. Les gendarmes, alertés par les pompiers, découvrent le corps d’une femme d’une cinquantaine d’années à son domicile de Pertuis, dans le Vaucluse. Très vite, les enquêteurs de la brigade de recherche vont soupçonner le mari de la victime, connu pour des violences, de l’avoir battu à mort. Une affaire qui est malheureusement loin d’être un cas isolé.

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Près d’une femme sur trois victimes d’homicide en 2015 a été tuée par son conjoint, selon les chiffres de l’ONDRP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales), dévoilés ce mardi. Cette année-là, en dehors des attentats, 286 femmes ont été tuées, dont environ 89 par leur mari ou leur compagnon. Soit une moyenne d’un meurtre tous les quatre jours. Dans les zones rurales, dans un cas sur deux, la personne suspectée de l’homicide de femme est le conjoint de la victime.

Des chiffres en légère diminution

En revanche, à Paris, les meurtres conjugaux ne représentent que 10 % des homicides de femmes. « Il y a, dans certaines zones rurales, des couples qui sont dans une situation économique et sociale plus fragile qu’à Paris. Ils sont plus isolés et ont moins accès à des associations, à du personnel médical, qui pourrait leur apporter du soutien », explique à 20 Minutes le directeur de l’observatoire, Christophe Soullez.

Si les chiffres restent très élevés, ils sont, semble-il, stables voire en légère diminution, estime Ernestine Ronai, responsable del’Observatoire des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis. Elle souligne que beaucoup de choses ont été faites ces dernières années pour aider les victimes de violences conjugales, notamment la mise en place et la généralisation du «  téléphone grave danger » dont les premiers ont été distribués en 2009 dans le 93.

« Cet outil a sauvé des vies », affirme cette militante de la première heure. Il est remis par les parquets aux femmes ayant déposé plainte contre leur conjoint et qui craignent pour leur vie. « Il suffit de tirer une languette qui est dessus et elles sont mises automatiquement en relation avec un téléopérateur qui peut envoyer très vite les forces de sécurité si elles se sentent en danger », indique-t-elle, précisant qu’environ 500 appareils sont actuellement en service dans toute la France.

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L’accent a aussi été mis sur la formation des professionnels. « C’est une problématique beaucoup mieux prise en compte par les services de police et de gendarmerie qu’il y a une dizaine d’années. Les victimes sont mieux prises en charge », ajoute Christophe Soullez. Un constat que partage également Ernestine Ronai. Désormais, un psychologue est chargé d’assurer le suivi des femmes qui déposent plainte.

« La bataille est loin d’être terminée »

Mais, estime la responsable de l’Observatoire des violences envers les femmes, « il faut continuer à former les professionnels » et donner davantage de moyens aux associations qui viennent en aide aux victimes. « La bataille est loin d’être terminée », clame-t-elle. « Il faut aussi continuer à sensibiliser la société pour aider les femmes à révéler les violences qu’elles subissent. »