Etudiants, ils font du soutien scolaire auprès d'élèves en difficulté et ça marche!

EDUCATION A l’occasion de la 10e Journée du refus de l’échec scolaire, organisée ce mercredi, des étudiants témoignent de leur engagement…

Delphine Bancaud

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Une étudiante bénévole de l'AFEV aide scolairement une collégienne.
Une étudiante bénévole de l'AFEV aide scolairement une collégienne. — ©Peter Marlow-Magnum_Afev-Photo:
  • Ils sont animés par le besoin de se sentir utiles ou d’apporter aux élèves une aide dont ils n’ont pas bénéficié eux-mêmes.
  • Ils parviennent à réconcilier certains élèves en difficulté avec l’école.
  • Un système gagnant-gagnant, car les étudiants s’enrichissent de ces expériences de tutorat.

Parfois, il suffit de l’aide d’un aîné pour se réconcilier avec l’école. A l’occasion de la 10e journée du refus de l’échec scolaire qui a lieu ce mercredi, 20 Minutes a voulu donner la parole à des étudiants qui s’engagent chaque année pour aider des élèves en difficulté à l’école. Un engagement qui sonne comme une vocation pour Océane, 19 ans, en L3 LEA à l’université d’Evry (Essonne) qui est bénévole à l’ Afev, une association qui fait intervenir des étudiants dans les quartiers populaires : « J’aime les enfants et j’avais envie de me sentir utile », confie-t-elle. Orlane, 24 ans, qui s’est engagée auprès de l’Afev pendant deux ans à Poitiers (Vienne), est sur la même ligne : « j’avais envie de changer la société à mon niveau. Et l’Afev proposait des actions concrètes qui me permettaient de le faire et qui ne prenaient pas beaucoup de temps », indique-t-elle.

Ronan, 19 ans, élève en cycle préparatoire ingénieur, à lui fait le choix de rejoindre Zup de co, une association qui propose du tutorat solidaire à des collégiens issus de familles défavorisées : « J’ai moi-même connu des difficultés scolaires et il n’y avait personne pour m’aider. J’ai dû partir en internat pour travailler davantage. J’ai donc voulu apporter mon soutien à des jeunes en leur faisant bénéficier de mon expérience ». « De mon côté, je me suis dit que je devais profiter de ma période estudiantine pour donner de mon temps aux autres, car après ce sera sans doute plus difficile », prévient Juliette, 22 ans, en 5e année à Sciences Po Lille, qui s’est engagée auprès de l’association La Clé.

A chaque enfant, une approche différente

Impossible pour autant de se lancer tête baissée dans le soutien scolaire. La plupart des associations proposent aux étudiants une formation avant de se lancer dans le vif du sujet. « On nous explique comment aborder les enfants, comment mener nos séances pour bien utiliser le temps imparti. Et nous disposons aussi d’un référent que nous pouvons solliciter en cas de problème », explique ainsi Orlane. « On ne fait pas ce que l’on veut. On nous donne des méthodes, des jeux et des activités à proposer aux enfants », explique aussi Juliette.

S’adapter à différents profils

Reste ensuite à s’adapter au profil de chaque enfant, en lui apportant l’aide dont il a besoin. « L’an dernier, j’ai accompagné pendant six mois, deux heures par semaine, une élève de 5e qui avait des problèmes de méthodologie. Elle ne savait pas comment apprendre ses leçons. Je lui ai d’abord appris à faire des fiches et je lui ai montré quels étaient les principaux points du cours à retenir », explique Océane.

En quatre années d’accompagnement scolaire, Juliette, elle, a dû s’adapter à différents profils de collégiens et delycéens : « Je ne travaille pas sur plus de trois matières différentes. J’aide l’élève à faire ses devoirs, mais je lui donne aussi des exercices en plus pour qu’il approfondisse certains points. Et je fais des jeux avec lui pour lui montrer que l’on peut aussi apprendre autrement », décrit-elle. « Je lui apprends aussi à s’organiser dans son travail. Car à La Clé, on insiste beaucoup sur la nécessité de rendre les enfants plus autonomes dans leurs apprentissages », poursuit-elle.

« On aide aussi les enfants à prendre confiance en eux »

De son côté, Ronan a épaulé Anis, un collégien de 5e : « Il avait des difficultés dans plusieurs matières et avait des problèmes de concentration. Je commençais la séance en lui faisant raconter sa semaine aucollège, les différents contrôles qu’il avait passés et les soucis relationnels qu’il avait eus avec ses profs. Puis je reprenais avec lui les points des cours qu’il n’avait pas compris et je lui donnais des exercices », raconte-t-il. Et parfois, il a fallu ruser pour débloquer certains apprentissages : « Anis détestait la géométrie. Je lui ai fait dessiner un Chocobon et cette approche plus ludique a bien fonctionné », poursuit-il.

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Orlane a quant à elle fait de l’accompagnement collectif de jeunes sur une aire d’accueil de gens du voyage : « j’ai appris aux enfants à tenir leur stylo, à maîtriser l’alphabet, à former des lettres, afin qu’ils puissent être scolarisés ensuite ». La jeune fille a aussi accompagné pendant 6 mois une fillette qui arrivait de Roumanie et qui ne parlait presque pas français : « là, j’ai privilégié les activités (peinture, pâte à modeler, jeux…) pour lui apprendre des mots et j’ai fait aussi des balades avec elle dans Poitiers pour lui apprendre à se repérer dans la ville », raconte-t-elle. Car àL’Afev, l’accompagnement n’est pas uniquement scolaire : « on aide aussi les enfants à prendre confiance en eux et à développer leurs capacités relationnelles, en faisant avec eux des sorties sportives et culturelles », précise Océane.

« Ses notes se sont améliorées »

Et les étudiants endossent souvent le rôle de grands frères, grandes sœurs bienveillants avec leurs petits protégés. « Ils savent qu’ils peuvent se confier à nous, que l’on ne va pas les juger », affirme Océane. « Je ne suis ni un prof, ni un copain. Mais le fait que je sois jeune a permis à Anis de me parler plus librement. Je ne lui mettais pas la pression et je lui faisais comprendre les choses différemment que ces profs », ajoute Ronan.

Un savant mélange de sérieux et de bienveillancequi porte ses fruits, comme l’atteste Océane : « Les résultats scolaires de la collégienne que j’ai accompagnée l’an dernier se sont peu à peu améliorés. Sa mère était ravie », se réjouit-elle. Même son de cloche chez Ronan : « J’ai vu Anis évoluer au cours de l’année et ses notes se sont améliorées. Au début, il parlait de devenir boulanger et à la fin, de devenir ingénieur informaticien », évoque-t-il.

Mais les enfants qui ont bénéficié de ce soutien scolaire de leurs aînés n’ont pas été les seuls gagnants dans l’histoire : « Tous les enfants que j’ai aidés, me l’ont rendu. J’ai appris à communiquer avec des enfants avec lesquels ce n’était pas évident au départ et ils m’ont fait découvrir leur univers, leurs coutumes, leur histoire », confie Orlane. « C’était un vrai partage, cela m’a appris la tolérance, une forme de pédagogie et à savoir gérer le temps », renchérit Ronan. Même son de cloche chez Juliette : « j’ai rencontré des personnes que je n’aurais pas eu l’occasion de croiser dans ma vie étudiante », indique-t-elle. Quant à Océane, elle a tellement aimé cette expérience, qu’elle a décidé de la poursuivre en faisant un service civique au sein de l’Afev.