Toilettes qui débordent, matériels obsolètes, voitures vieillissantes... Les policiers dénoncent leurs conditions de travail

POLICE Plusieurs centaines de policiers ont manifesté samedi pour dénoncer leurs conditions de travail. Ils ont également présenté les photos des pires commissariats de France…

Thibaut Chevillard

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Le commissariat de Coulommiers en Seine-Et-Marne
Le commissariat de Coulommiers en Seine-Et-Marne — UPNI
  • Près de 1.000 policiers ont défilé, samedi, dans toute la France pour exprimer leur « colère » sur leurs conditions de travail.
  • Réunis au sein d’un collectif, ils dénoncent notamment le mauvais état des commissariats.

Il n’a pas perdu de temps. Alors qu’environ un millier de policiers ont manifesté, samedi, dans toute la France pour dénoncer leurs conditions de travail et le manque de moyens dont ils disposent, Gérard Collomb a annoncé, dès le lendemain, une augmentation du budget alloué à la police de 1,9 %. Le ministre de l’Intérieur a notamment promis une enveloppe de 45 millions d’euros dédiée à la rénovation et à l’entretien des commissariats, dont l’insalubrité est dénoncée par un collectif de policiers.

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En août dernier, l’UPNI (Union des Policiers Nationaux Indépendants) a invité les agents à prendre des photos de leurs commissariats, afin « de mettre en avant les tristes conditions dans lesquelles ils travaillent ». Le collectif, qui réunit depuis le mois de janvier plusieurs associations de policiers mécontents, a reçu plus de 700 clichés pris dans toute la France. Et les problèmes sont sensiblement les mêmes partout. Fuites d’eau, toilettes qui débordent, présence de rats ou de cafards, véhicules vieillissants, matériel obsolète… Des photos, compilées dans un album, que le collectif compte bien envoyé place Beauvau.

Le commissariat de Guyancourt dans les Yvelines
Le commissariat de Guyancourt dans les Yvelines - UPNI

La palme d’or revient au commissariat de Coulommiers (Seine-et-Marne), construit sur d’anciens tunnels médiévaux. Le troisième étage du bâtiment, qui menace de s’effondrer, est fermé. « C’est une synthèse de tous les problèmes constatés dans les autres commissariats », souffle à 20 Minutes Gérald Rivière, un ancien policier devenu porte parole de l’UPNI. « On ne peut pas demander aux agents d’être performants, de lutter contre la délinquance et le terrorisme avec de tels moyens », ajoute-t-il. Il dénonce également « les conditions déplorables » dans lesquelles sont reçues les victimes.

Le commissariat de Coulommiers en Seine-Et-Marne
Le commissariat de Coulommiers en Seine-Et-Marne - UPNI
Le commissariat de Coulommiers en Seine-Et-Marne
Le commissariat de Coulommiers en Seine-Et-Marne - UPNI

La deuxième place du concours revient à la CRS autoroutière de Strasbourg qui possède, selon le collectif, le « parc automobile le plus vétuste de France.

Le commissariat de Strasbourg
Le commissariat de Strasbourg - UPNI

Enfin, la médaille de bronze revient au commissariat du 10e arrondissement de Paris.

Le commissariat du 10e arrondissement de Paris
Le commissariat du 10e arrondissement de Paris - UPNI

« J’irai partout »

Reconnaissant qu’il était « bourré de malfaçons », Gérard Collomb a annoncé son intention de se rendre au commissariat de Coulommiers. Il a également assuré que l’Etat « remédiera » aux « manques cruciaux » qu’il pourrait constater dans d’autres commissariats. « J’irai partout », a indiqué le ministre, assurant également que le budget de la police en matière immobilière allait connaître une « augmentation de 5,4 %, pour atteindre « 196 millions » d’euros. Une annonce saluée par ce collectif qui se veut « apolitique et asyndical » et qui revendique 23.000 sympathisants sur les réseaux sociaux et près de 2.000 adhérents.

Mais le ministre est attendu au tournant par l’UPNI qui fustige « le manque de considération de la hiérarchie et des ministres de l’intérieur successifs ». La grogne des policiers est née après l’attaque aux cocktails Molotov contre des policiers, le 8 octobre 2016 à Viry-Châtillon (Essonne). Pendant plusieurs semaines, des policiers avaient manifesté la nuit en dehors de tout cadre syndical, en s’organisant grâce aux réseaux sociaux. Le gouvernement de François Hollande avait alors débloqué 250 millions d’euros pour améliorer l’équipement.

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Gérald Rivière estime qu’il s’agissait d’un « effet d’annonce ». S’il reconnaît que les policiers ont reçu davantage de matériels - armement, gilets pare-balles, etc. -, il affirme que dix mois plus tard, « le manque de moyens des policiers est évident ». Il faut aussi, dit-il, recruter encore plus de policiers et mieux les former. « Il est temps de réagir. » Le ministre de l’Intérieur a assuré dimanche que sur les « 10.000 personnes » qui doivent être recrutées dans les forces de sécurité durant le quinquennat, « la plus grosse partie ira à la police nationale ».

« D’autres moyens » pour se faire entendre

L’UNPI n’a pas prévu, pour l’instant d’autre manifestation. D’autant, assure son porte-parole, que plusieurs agents ont fait l’objet de menace de la part de leur hiérarchie. Mais, dit-il, le collectif trouvera « d’autres moyens » pour se faire entendre. « Quand des collègues CRS se rendront dans un cantonnement et qu’ils trouveront des punaises de lit, comme cela arrive parfois, nous ferons faire un constat d’huissier. »

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