Les avocats de Kabou demandent d’abaisser sa peine pour «la faire revenir parmi nous»

PROCÈS L’avocate générale a requis, ce jeudi, une peine de dix-huit ans de réclusion criminelle à l’encontre de Fabienne Kabou…

Vincent Vanthighem
Fabienne Kabou lors de son procès en 2016.
Fabienne Kabou lors de son procès en 2016. — B.PEYRUCQ / AFP
  • Fabienne Kabou est jugée, en appel, pour infantide.
  • L’accusation et la défense ont demandé d’abaisser sa peine actuelle.
  • Le verdict sera rendu vendredi.

A la cour d’assises d’appel du Nord, à Douai

Ils bataillent depuis cinq jours. Mais finalement l’accusation et la défense de Fabienne Kabou sont tombées d’accord jeudi soir. Pour elles, il faut abaisser la peine de 20 ans de réclusion à laquelle cette mère infanticide a été condamnée, en première instance en 2016. Mais ce n’est évidemment pas pour les mêmes raisons qu’elles le demandent.

Pascale Girardon, l’avocate générale, a réclamé une peine de dix-huit ans de réclusion assortie d’un suivi sociojudiciaire et d’une obligation de soins. Parce que les faits sont « têtus », selon elle. « Fabienne Kabou a déposé son bébé de 15 mois sur une plage de Berck (Pas-de-Calais) le 19 novembre 2013, un peu après 21 heures. »


Et d’ajouter qu’avec « une température proche de 0° » et « le peu de monde sur la plage de Berck en novembre », l’accusée savait que sa fillette était vouée « à une mort certaine ». La sorcellerie invoquée par l’accusée pour justifier son geste ? « Une explication de pure opportunité », a tranché la représentante de l’accusation.

La plage de Berck-sur-Mer où le corps sans vie d'Adélaïde, 13 mois, a été découvert en 2013.
La plage de Berck-sur-Mer où le corps sans vie d'Adélaïde, 13 mois, a été découvert en 2013. - DENIS CHARLET / AFP

Pour son avocat, « Fabienne Kabou est malade mentale »

Avocat de Fabienne Kabou, Frank Berton n’a jamais cru, non plus, aux « sacrifices de bœufs » et « aux consultations de marabouts » qui peuplent ce dossier. Dans la foulée de l’avocate générale, il a donc, lui aussi, demandé aux neuf jurés d’abaisser sa peine actuelle, sans se risquer à donner un chiffre précis. Son explication à lui tient en cinq petits mots : « Fabienne Kabou est malade mentale ! »


C’est bien le nœud de cette affaire. Prétendant avoir tué sa fille « pour la sauver d’un sort pire encore », Fabienne Kabou souffre de « délires chroniques paranoïaques », selon trois experts psychiatres. Pour d’autres psychologues, elle était en revanche « bien consciente de la portée de son voyage à Berck. » Mais tous assurent que son discernement était « altéré ».

« Lui faire prendre conscience de la portée de son geste »

Quatre ans après les faits, Fabienne Kabou commence enfin à l’admettre. Mercredi soir, elle a indiqué, à la cour, qu’elle était bien « malade mentale ». Dans une plaidoirie émouvante, Fabienne Roy-Nansion, son avocate depuis le début de l’affaire, a expliqué, ce jeudi, qu’elle acceptait même, depuis un an, de prendre des médicaments pour se soigner.


« L’autre » qui l’habite n’est jamais très loin dans sa tête. Mais pour le faire « taire » et « la faire revenir parmi nous », il faut donc abaisser sa peine, selon la défense. « Sinon, vous laissez Fabienne Kabou seule avec l’Autre, vous cautionnez les marabouts, les sacrifices et les délires », a poursuivi Frank Berton.

Sur ce point aussi, Pascale Girardon est d’accord. Dans ses réquisitions, elle a expliqué qu’abaisser la peine actuelle de l’accusée serait « juste » afin de « lui faire prendre conscience de la portée de son geste ». C’est aux neuf jurés de le décider. Vendredi matin, ils se retireront pour délibérer « en leur âme et conscience ». Ils savent aussi que Fabienne Kabou encourt une peine maximale de réclusion à perpétuité pour ce qu’elle a admis avoir fait.

Suivez le verdict en direct sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem