Infanticide de Berck: Pleureuse, recluse, délirante mais responsable… L’énigme Fabienne Kabou

PROCÈS Malade mentale mais responsable, en partie, de ses actes, selon les psychiatres, Fabienne Kabou est une énigme pour la cour d’assises chargée de la juger pour infanticide…

Vincent Vanthighem
Fabienne Kabou, devant la cour d'Assises du Pas-de-Calais en 2016
Fabienne Kabou, devant la cour d'Assises du Pas-de-Calais en 2016 — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Fabienne Kabou est jugée depuis vendredi pour avoir infanticide.
  • Elle plaide non coupable mais reconnaît avoir tué sa fille de 15 mois.
  • Les psychiatres ont défilé à la barre, vendredi, pour tenter d’éclairer la cour.

A la cour d’assises d’appel du Nord, à Douai,

« Comment on fait maintenant ? » Vendredi soir, c’est Frank Berton, l’avocat de Fabienne Kabou, qui a osé la question. Consternante de simplicité. Mais qui résume bien l’embarras dans lequel se trouvent les jurés de la cour d’assises du Nord devant cette énigme.

Pas simple pour eux de trouver la peine la plus adaptée pour cette mère infanticide. Car, au premier jour de son procès en appel, Fabienne Kabou a reconnu les faits. En novembre 2013, c’est bien elle qui a abandonné à la mort Adélaïde, sa fillette de 15 mois, sur une plage de Berck (Pas-de-Calais) alors que la marée montait. En même temps, cette femme de 40 ans a également plaidé « non-coupable », évoquant la sorcellerie et assurant avoir été commandée par une force supérieure. « Quelqu’un a assassiné ma fille avec mes mains… »

20 Minutes revient sur la personnalité de cette accusée hors norme alors que la cour d’assises doit se concentrer, à partir de ce lundi, sur l’examen des faits.

  • Pleureuse…

Il y a un an, lors du procès en première instance où elle a écopé de 20 ans de réclusion criminelle, Fabienne Kabou, dotée d’un QI de 135, était apparue froide, hautaine, cassante. Vendredi, elle a fendu sa carapace dès l’ouverture du procès en appel. C’est en pleurs qu’elle a reconnu les faits d’assassinat qui lui sont reprochés. Depuis peu, elle accepte en effet un traitement médicamenteux censé apaiser ses troubles psychiques.


  • Recluse…

Ida, la cousine de Fabienne Kabou, s’est rendue plusieurs fois chez elle quand elle était enceinte. Fabienne Kabou n’a jamais ouvert la porte. « Si j’avais insisté… », se demande-t-elle encore aujourd’hui. Ce témoignage montre à quel point l’accusée vivait, isolée et recluse dans l’atelier de Saint-Mandé (Val-de-Marne) où les policiers n’ont trouvé qu’une tétine, un hochet et quelques jouets. Fabienne Kabou n’a jamais déclaré Adélaïde à l’état civil. Et ne voyait personne, à l’exception de son compagnon, Michel Lafon.

  • « Grande délirante »…

Fabienne Kabou n’est pas une « petite menteuse » mais « une grande délirante ». C’est Daniel Zagury, l’un des psychiatres qui l’a examinée, qui est venu le dire à la barre, vendredi. Contrairement à un premier collège d’experts qui l’ont jugée « lucide » et « cohérente », lui assure que Fabienne Kabou souffre de « délire chronique paranoïaque ».


Dans ce contexte, la mort d’Adélaïde serait même un « homicide altruiste », pour reprendre les termes de Maroussia Wilquin, une autre psychiatre qui l’a expertisée. « Fabienne Kabou est convaincue qu’un destin effroyable attendait Adélaïde, a-t-elle développé devant une cour d’assises médusée. Elle l’a donc tuée pour la sauver d’un sort pire encore… »

La plage de Berck-sur-Mer où le corps sans vie d'Adélaïde, 13 mois, a été découvert en 2013.
La plage de Berck-sur-Mer où le corps sans vie d'Adélaïde, 13 mois, a été découvert en 2013. - DENIS CHARLET / AFP
  • Responsable pénalement…

S’ils diffèrent dans leur diagnostic, tous les psychiatres estiment que le discernement de Fabienne Kabou était altéré au moment des faits mais, non aboli. S’il avait été aboli, la jeune femme aurait été déclarée irresponsable pénalement et aurait échappé à un procès. Cette fois-ci, elle peut être jugée mais, en raison de son état, « sa peine doit être allégée », a estimé Maroussia Wiliquin. Les jurés ont jusqu’à vendredi pour la déterminer.