VIDEO. Infanticide de Berck: Fabienne Kabou a tué sa fille pour «la sauver d’un sort pire encore...»

PROCES La psychiatre Maroussia Wilquin est venue détailler le « délire paranoïaque » dont souffre Fabienne Kabou, jugée pour l’assassinat de son bébé de 15 mois…

Vincent Vanthighem
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Fabienne Kabou lors de son procès en 2016.
Fabienne Kabou lors de son procès en 2016. — B.PEYRUCQ / AFP
  • Fabienne Kabou est jugée en appel depuis ce vendredi à Douai.
  • Elle reconnaît avoir tué sa fille mais plaide « non-coupable ».
  • Son discernement était « très fortement altéré », selon des experts.

A la cour d’assises d’appel du Nord, à Douai

Il y a d’abord eu ce train qui partait dans la bonne direction quand elle s’est présentée à la gare du Nord. Cet hôtel qu’on lui a gentiment indiqué quand elle est arrivée à Berck (Pas-de-Calais). Et puis, la lune qu’aucun nuage n’est venu assombrir pour mieux lui « montrer la voie ». Le 19 novembre 2013, Fabienne Kabou a donc déposé Adélaïde sur la plage alors que la marée montait. Les paupières lourdes, le bébé de 15 mois n’a pas pleuré. Ne voyant « aucun signe » contraire, sa mère a fait demi-tour et est repartie seule. Et c’est ce qui lui vaut, depuis ce vendredi, d’être jugée en appel pour assassinat.

Rien n’est venu interrompre le « délire paranoïaque en secteur » dans lequel cette femme se trouvait à ce moment-là. Car pour la psychiatre Maroussia Wilquin, il n’y a pas de doute : Fabienne Kabou est bien atteinte d’une pathologie mentale. Pendant plus de deux heures, l’experte est venue détailler les résultats de l’examen qu’elle a mené avec deux autres psychiatres. Certes, leurs conclusions vont à l’encontre de celles d’un autre collège d’experts qui estime que l’accusée est « lucide » et « cohérente » mais leur démonstration est implacable.


Les murs qui « tonnent », les « voix » dans la tête…

« Fabienne Kabou souffre de trouble délirant chronique », a expliqué Maroussia Wilquin. Des mots de médecin sur les phénomènes paranormaux que l’accusée affirme subir depuis 2008. Les murs qui « tonnent ». La musique qui se met en marche toute seule. Les voix dans la tête. Les pieds qui restent « martelés » au sol…

Fabienne Kabou parle, elle, de sorcellerie. « Parce qu’elle est incapable de se reconnaître malade, justifie Maroussia Wilquin. Et qu’elle puise dans la magie noire et la culture africaine » dont elle est imprégnée. Fabienne Kabou est née à Dakar (Sénégal) il y a 40 ans. Des figures « bénéfiques », elle cite surtout sa grand-mère, dotée d’un « don » qui a guéri son père du paludisme.


Mais ce sont les figures « maléfiques » qui intéressent la cour d’assises. Sa tante, sa demi-sœur, la seconde épouse de son père… Jalousie, persécution : impossible de savoir pourquoi elles lui en voudraient. Mais Fabienne Kabou consulte des marabouts, des guérisseurs. Et quand Adélaïde voit le jour, elle se garde bien de la déclarer à l’état civil pour éviter qu’elle « n’existe » et ne devienne, à son tour, leur cible.

 

 

La plage de Berck-sur-Mer où le corps sans vie d'Adélaïde, 13 mois, a été découvert en 2013.
La plage de Berck-sur-Mer où le corps sans vie d'Adélaïde, 13 mois, a été découvert en 2013. - DENIS CHARLET / AFP

Un « homicide altruiste » d’Adélaïde

Jusqu’en novembre 2013. « Le week-end précédant [les faits], il se passe quelque chose, relate Maroussia Wilquin. Elle dit à son compagnon qu’elle va laisser Adélaïde à sa mère pour un an. Il ne dit rien. Le délire se poursuit. Elle prépare son voyage pour Berck… » Car l’accusée est convaincue qu’un destin effroyable attend son bébé avec qui elle entretient une relation fusionnelle. Parlant « d’homicide altruiste », la psychiatre raconte que Fabienne Kabou a tué sa fille « pour la sauver, selon elle, d’un sort pire encore »…


Les psychiatres ont longuement délibéré sur ce cas « quasi unique ». Au final, ils ont estimé que son discernement était « très fortement altéré ». Mais pas totalement aboli ce qui aurait permis à Fabienne Kabou d’éviter ce procès et de dormir dans un hôpital psychiatrique.

Aujourd’hui, c’est à la prison de Sequedin qu’elle s’interroge sur le nom de « cette force mystérieuse qui l’a commandée », sur le nom de « celui qui a tué sa fille » alors même qu’elle reconnaît les faits. « Malheureusement, il pourrait y avoir des dizaines de procès sans qu’on ne parvienne à répondre à sa question », souffle Maroussia Wilquin avant d’envoyer un message aux neuf jurés : « le fou fait peur mais sa peine doit être allégée ». Celle de Fabienne Kabou sera connue vendredi 15 septembre. En première instance, en 2016, elle s’était élevée à 20 ans de réclusion.