Mais comment Jean-Michel Blanquer veut-il «revitaliser» les internats?

EDUCATION Il veut combler les places disponibles en relançant l'attractivité des internats...

Delphine Bancaud

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Les élèves de l'internat d'excellence de Sourdun, ouvert en 2009;
Les élèves de l'internat d'excellence de Sourdun, ouvert en 2009; — JEROME MARS/JDD/SIPA
  • Selon Jean-Michel Blanquer, 20 % des places dans les internats publics sont inoccupées.
  • Il souhaite développer les projets éducatifs des internats autour de la culture et du sport.
  • Car en changeant d’image, ils seront plus attractifs.

Ringards les internats ? Pas pour Jean-Michel Blanquer. D’ailleurs le nouveau ministre de l’Education en a vanté les mérites lors de sa conférence de presse et a dit qu’il souhaitait « les revitaliser ». Selon le ministère de l’Education, les internats « réduisent les facteurs d’inégalités extrascolaires (l’environnement social et la situation familiale) qui peuvent peser sur la trajectoire des élèves ». Un discours de Jean-Michel Blanquer tient depuis longtemps comme l’atteste la chronique intitulée « Vive l’internat ! », publiée en janvier dernier dans Le Point, où il affirmait qu’il fallait « relancer ces établissements d’excellence, sacrifiés avec l’alternance en 2012, qui permettent aux élèves d’échapper aux déterminismes sociaux ».

« Un climat éducatif serein »

Ce discours réjouit Grégoire Albert, directeur de l’internat éducatif du lycée Saint-Jean des Apprentis d’Auteuil à Sannois : « les internats sont des outils efficaces pour créer un climat éducatif serein qui peut remotiver certains élèves », explique-t-il à 20 Minutes. Dans son internat, les élèves bénéficient notamment d’une heure de remédiation scolaire après la fin des cours, de temps d’échange avec des éducateurs et d’activités sportives.

« La majorité des élèves que nous accueillons ont eu maille à partir avec l’école. Certains étaient totalement démotivés, d’autres ont même été renvoyés d’autres établissements. Et dans la plupart des cas, l’internat représente un vrai lieu de réveil, où ils apprennent ou réapprennent à respecter les autres, à acquérir une hygiène de vie et un goût pour le travail », explique-t-il.

Objectif : combler les places vides

Pour doper ces lieux d’étude, d’éducation et de socialisation, le ministre souhaite tout d’abord remplir les internats existants. « Aujourd’hui, 20 % des places dans les internats ne sont pas occupées », a-t-il ainsi souligné lors de sa conférence de presse de rentrée. « Nous sommes en train de recenser les places disponibles qui seraient de l’ordre de 40.000 », indique à 20 Minutes l’entourage du ministre.

« Certains internats ne sont pas pleins car ils sont situés dans des espaces ruraux isolés et peu attractifs. D’autres parce qu’ils accueillent principalement des élèves en difficulté sans mixité sociale ni scolaire, ce qui rebute les parents des élèves ayant un meilleur niveau scolaire », explique Alexis Torchet, secrétaire nationale du Sgen-Cfdt. « L’internat est aussi synonyme de mauvais souvenirs pour certains parents qui en ont conservé une image rétrograde. Et ils ne veulent pas que leurs enfants vivent ce qu’eux-mêmes ont vécu », ajoute Grégoire Albert.

« Pour parvenir à remplir les internats qui ne le sont pas, le ministre envisage de casser la sectorisation afin de permettre aux familles d’y accéder, même s’ils ne sont pas situés près de chez eux », croit savoir Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du Snes.

Rendre les internats attractifs grâce au sport et à la culture

Mais pour redorer le blason des internats, Jean-Michel Blanquer souhaite aussi les rendre plus attractifs. « Nous voulons construire avec certains internats des projets éducatifs autour du sport ou de la culture. Un peu comme ce qui existe déjà à l’internat de Marciac qui a créé une dynamique autour du jazz », relève l’entourage du ministre. L’objectif de la rue de Grenelle est de lancer ces projets éducatifs à la rentrée 2018 dans les internats concernés.

Pas question en revanche selon le ministère de relancer les « internats d’excellence », qui avaient été développés sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy et auxquels Jean-Michel Blanquer avait contribué alors. Ces derniers regroupaient des élèves brillants issus des milieux défavorisés. Mais le concept n’avait pas fait ses preuves : « Via ce système, on privait les établissements situés en éducation prioritaire de leurs bons élèves, ce qui était fortement discutable. Et le budget de ces internats était énorme au vu des résultats obtenus », affirme Alexis Torchet. Et en ces temps de restrictions budgétaires, on voit mal le ministre faire ce choix-là.