Fabienne Kabou rejugée pour avoir abandonné son bébé sur une plage de Berck à la marée montante

PROCES En première instance, la mère d’Adélaïde, âgée de treize mois, avait été condamnée à 20 ans de prison…

Vincent Vanthighem
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La plage de Berck-sur-Mer où le corps sans vie d'Adélaïde, 13 mois, a été découvert en 2013.
La plage de Berck-sur-Mer où le corps sans vie d'Adélaïde, 13 mois, a été découvert en 2013. — DENIS CHARLET / AFP
  • Fabienne Kabou a reconnu avoir abandonné son bébé sur une plage de Berck.
  • Son procès en appel s’ouvre, ce vendredi, aux assises du Nord, à Douai.
  • Son discernement était altéré mais non aboli, selon les psychiatres.

De notre envoyé spécial à la cour d’assises d’appel du Nord, à Douai,

Une tétine, un hochet, quelques jouets et une brosse à cheveux. Ce sont les seuls souvenirs d’Adélaïde que les policiers ont découverts, le 29 novembre 2013, quand ils ont pénétré dans sa maison de Saint-Mandé (Val-de-Marne). Fabienne Kabou, sa mère, a nié quelques instants. Et puis, elle a reconnu avoir abandonné, dix jours plus tôt, sa fillette âgée de quinze mois sur une plage de Berck (Pas-de-Calais) alors que la marée montait.

Condamnée à 20 ans de prison en juin 2016,  cette femme de 40 ans va être rejugée pour « assassinat » par la cour d’assises d’appel du Nord, à partir de ce vendredi. L’histoire ne fait aucun doute : Fabienne Kabou a regardé les indices de marée sur son ordinateur, a conservé les billets du train qu’elle a pris jusqu’à Berck et a même laissé son vrai nom à l’hôtel « Le Littoral » où elle est descendue le soir du drame.

Elle prétend avoir été « commandée par une force supérieure »

Et pourtant, « elle compte sur ce procès en appel pour savoir enfin qui a tué son enfant », résume Fabienne Roy-Nansion, son avocate. Près de quatre ans après les faits, elle prétend toujours avoir été « commandée par une force supérieure », « une chose dont elle ignore le nom ». Elle ne parvient donc pas à expliquer son geste perpétré alors qu’elle était « pratiquement anesthésiée », selon ses mots.

Fabienne Kabou lors de son procès en 2016.
Fabienne Kabou lors de son procès en 2016. - B.PEYRUCQ / AFP

« Folle à lier ! », résument plusieurs avocats de la procédure. Victime de « délire paranoïaque en secteur », précisent les psychiatres. Après l’avoir longuement examinée, ceux-ci ont conclu que son discernement était altéré mais non aboli. « Leur diagnostic s’est joué à un cheveu près », précise Marie-Hélène Calonne, l’avocate du grand-père d’Adélaïde. Un cheveu qui lui vaut aujourd’hui d’être déclarée pénalement responsable.


Dotée d’un QI de 135, elle est apparue hautaine

« Le problème, c’est qu’on attend d’un fou qu’il ait un entonnoir sur la tête et se roule par terre, pense Fabienne Roy-Nansion. Mais ma cliente est beaucoup plus complexe que ça. » Dotée d’un QI de 135, lettrée, Fabienne Kabou « ne sait pas faire une phrase sans utiliser l’imparfait du subjonctif », selon son avocate. Prétendant préparer une thèse sur le philosophe Ludwig Wittgenstein, elle est donc apparue froide, cassante et hautaine lors du procès en première instance. Une carapace que rien n’est parvenu à fissurer.

Face aux jurés, elle disposera, cette fois-ci, de cinq jours d’audience pour montrer un autre visage. Grâce à un traitement médicamenteux, elle serait aujourd’hui davantage dans l’émotion. « La semaine dernière, à la prison de Sequedin, elle a pleuré à l’évocation de sa fille, note Fabienne Roy-Nansion. Cela n’était pas arrivé depuis très longtemps… » Le verdict devrait être rendu le 15 septembre.

Suivez en direct ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem