18 mois de prison requis contre la mère jugée pour financement du terrorisme

JUSTICE Nathalie Haddadi comparaissait devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir envoyé de l’argent à son fils aîné, parti faire le djihad en Syrie…

Thibaut Chevillard

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Illustration de la façade du tribunal correctionnel de Paris.
Illustration de la façade du tribunal correctionnel de Paris. — LOIC VENANCE / AFP

Et soudain, au terme de douze longues heures de procès, un sentiment de frustration envahit la seizième chambre du tribunal correctionnel de Paris. Nathalie Haddadi, mère d’un jeune homme parti faire le djihad en Syrie, et qui comparaissait mardi devant le tribunal correctionnel de Paris pour « financement du terrorisme », devra attendre le 28 septembre pour connaître la décision des juges et savoir si elle ira en prison, à fait savoir la présidente peu après 4h du matin.

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Quelques instants plus tôt, le procureur avait requis contre elle 18 mois de réclusion, avec mandat de dépôt. Il est persuadé que cette Alsacienne de 42 ans, conseillère commerciale, savait que son fils Bellabas Bounaga était radicalisé et qu’il désirait partir en Syrie. Ainsi, en lui achetant un billet d’avion pour aller voir son père en Algérie, puis en lui envoyant de l’argent alors qu’il voyageait ensuite en Malaisie, elle l’aurait en quelque sorte aidé à faire le djihad quelques semaines plus tard.

« Quelle mère sensée enverrait son fils mourir ? Je suis scandalisée, je suis meurtrie, je suis triste », souffle cette élégante petite femme aux cheveux châtains. En août 2016, elle a reçu une vidéo testamentaire de son fils qui avait rejoint les rangs de Daesh. « Vous ne pouvez jamais faire le deuil. Vous ne savez pas dans quelles circonstances il est mort, s’il a souffert, vous ne pouvez pas aller vous recueillir sur sa tombe. » Le tribunal, n’ayant pas de preuve formelle de son décès, a décidé de le juger pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste.

« Tout ce que faisait son fils était nécessairement bon »

Le ministère public estime de surcroît que Nathalie Haddadi l’a aidé à quitter pays le 8 novembre 2015 alors que Bellabas faisait l’objet, depuis vingt-quatre heures, d’une interdiction de sortie du territoire, délivrée par le ministère de l’Intérieur. Et ce, même si le voyage en Algérie de son fils, plusieurs fois condamné pour des faits de délinquance, était prévu depuis plusieurs jours. Elle aurait pour cela dissimulé son passeport aux policiers qui se sont rendus à son domicile. Un document qui a permis au jeune homme de prendre l’avion à Francfort, en Allemagne.

Selon l’accusation, ce n’est pas pour des raisons idéologiques qu’elle aurait fermé les yeux sur le sombre dessein de son aîné. Mais plus simplement, analyse le procureur, parce que « tout ce que faisait son fils était nécessairement bon ». C’est limite même s’il n’ose pas dire qu’elle l’aimait plus que son fils cadet, Tarik. Ce dernier, âgé d’une vingtaine d’années, est lui aussi dans son viseur. Un an de prison, dont six mois avec sursis, a été requis contre lui.

Le magistrat reproche à ce jeune homme, inconnu des services de police et de la justice, d’avoir envoyé à plusieurs reprises à Bellabas de l’argent, que lui remettait Souleymane, un ami d’enfance de son frère aîné. Le ministère public a requis contre lui trois ans de prison, avec mandat de dépôt, en raison d’une part de son lourd passé judiciaire, mais aussi car il n’est pas entièrement persuadé qu’il n’est pas, lui aussi, radicalisé. Il en veut pour preuve les vidéos pro-Daesh qu’il envoyait à son ami.

Ambiance

L’ambiance a été particulièrement tendue entre magistrats et avocats. En début d’après-midi, les représentants de la défense ont demandé à renvoyer le procès afin d’avoir plus de temps pour étudier le dossier. Une demande refusée par la présidente, Isabelle Prevost-Desprez, qui s’est ensuite montrée particulièrement agressive durant l’audience. Une question se pose pourtant : est-il possible de rendre sereinement la justice quand le procureur requiert à 2h du matin et que trois avocats lui succèdent une heure plus tard ?