VIDEO. Tuerie de Chevaline: Cinq ans après, l'enquête au point mort

MYSTÈRE Les gendarmes de Chambéry recherchent toujours l’assassin de la famille al-Hilli et de Sylvain Mollier, abattus en septembre 2012…

Thibaut Chevillard

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La famille al-Hilli et Sylvain Mollier ont été tués sur une route forestière près du village de Chevaline
La famille al-Hilli et Sylvain Mollier ont été tués sur une route forestière près du village de Chevaline — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Le 5 septembre 2012, les corps sans vie de Saad al-Hilli, de sa femme de 47 ans et de sa belle mère de 74 ans sont retrouvés criblés de balles dans leur voiture près de Chevaline.
  • Un cycliste qui serait passé par là au moment des faits est également retrouvé sans vie à côté de la voiture.
  • Cinq ans après, la piste locale est privilégiée par les enquêteurs.

C’est un « constat amer » que dresse Véronique Denizot. Cinq ans après le massacre de quatre personnes près du village de Chevaline (Haute-Savoie), la justice « n’a pas le début d’une explication », explique la procureure de la République d’Annecy à 20 Minutes. « Pour le moment, on n’a rien, ce qui est intellectuellement frustrant », souffle la magistrate, qui a récupéré ce dossier tentaculaire (75 tomes, plus de 10.000 pièces de procédures) en arrivant en Haute-Savoie, il y a tout juste un an.

Pourtant, une demi-dizaine d’enquêteurs de la section de recherche de Chambéry travaillent d’arrache-pied pour percer le mystère entourant la mort de Saad al-Hilli, de sa femme, de sa belle-mère, ainsi que celle de Sylvain Mollier, exécutés de plusieurs balles sur une petite route forestière. Depuis le 5 septembre 2012, les pandores ont mené de nombreuses investigations en France, mais aussi en Angleterre et en Irak d’où la famille al-Hilli est originaire.

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Au départ, les gendarmes privilégient une piste : celle du différend familial. Ils découvrent en effet que Saad al-Hilli, un Britannique de 50 ans, se disputait depuis plusieurs mois avec son frère Zaid l’héritage de leur père, un notable irakien décédé en 2011, estimé à plusieurs millions d’euros, en argent, en biens et en immeubles. En juin 2013, après avoir refusé de se rendre aux convocations de la justice française, cet homme de 54 ans est interpellé chez lui, près de Londres.

Zaid al-Hilli, le frère de Saad, soupçonné de
Zaid al-Hilli, le frère de Saad, soupçonné de - Carl Court AFP

Le domicile et le lieu de travail de Zaid al-Hilli sont perquisitionnés. Lui refuse de répondre aux questions des enquêteurs français qui ont traversé la Manche pour l’entendre. Faute de charges suffisantes, il est finalement relâché et placé sous contrôle judiciaire jusqu’en février 2014. « Cette piste n’a pas prospéré », poursuit la procureure d’Annecy.

« Espionnage industriel »

Les gendarmes se sont également intéressés à la piste de « l’espionnage industriel et du transfert de technologie », comme l’avait expliqué l’ancien procureur de la République d’Annecy, Eric Maillaud, au cours d’une conférence de presse. Le père de famille était ingénieur et travaillait pour une entreprise britannique spécialisée dans les satellites civils. Mais, là encore, cette hypothèse n’a rien donné.

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Des médias ont aussi suggéré un temps que Sylvain Mollier a été la cible du quadruple homicide. Une hypothèse renforcée par le fait qu’un ancien légionnaire, en lien avec le cycliste français dont le corps a été retrouvé à proximité de la BMW de la famille al-Hilli, se soit suicidé après avoir été entendu comme témoin. Les tabloïds britanniques assurent que Patrice Menegaldo connaissait Claire Schutz, la compagne de Sylvain Mollier qui aurait été en mauvais termes avec sa belle-famille. Mais là encore, rien de probant.

Une « cible intéressante »

Un ancien policier municipal originaire de la région, amateur d’armes à feu, a également été considéré comme une « cible intéressante » par l’ancien procureur d’Annecy, et avait été placé en garde à vue en février 2014. Mais son ADN ne correspondait pas aux deux profils retrouvés sur la scène de crime. Et le pistolet Lugger découvert à son domicile était de fabrication allemande et non suisse, comme l’arme du crime.

D’autres théories, plus ou moins farfelues, ont également été évoquées par les médias britanniques qui se passionnent pour l’histoire. Le Mirror cite un proche du père de famille qui estime « possible » qu’il a été abattu par le Mossad en raison de son opinion très tranché sur le conflit israélo-palestinien. Le Sun évoque de son côté l’hypothèse selon laquelle l’ingénieur britannique a été « assassiné par des agents israéliens, après avoir travaillé sur un programme nucléaire de Saddam Hussein avant de quitter l’Irak en 2002 ».

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Cinq ans après le drame, les enquêteurs, eux, préfèrent « s’attacher aux éléments objectifs » et privilégient désormais « la piste locale, par défaut après avoir globalement fermé toutes les autres », confie aujourd’hui Véronique Denizot. Les recherches se concentrent dans le sud-est de la France, mais aussi en Suisse où l’arme du crime a été fabriquée, confie à 20 Minutes une source proche du dossier.

« Ce qui peut faire avancer l’enquête, c’est de retrouver l’arme, d’identifier les personnes qui l’auraient eu en leur possession », assure la magistrate. Il s’agit d’un pistolet Luger P06 7,65 mm, une arme de collection, très prisée des amateurs, et qui a équipé les gendarmes français jusqu’en 1949. « C’est là-dessus que reposent nos espoirs. »