Rentrée scolaire: Qui sont les élèves «chouchous» des profs?

EDUCATION 12.420.900 élèves font leur rentrée ce lundi. Seront-ils dans les «petits papiers» de leurs enseignants ?

Delphine Bancaud

— 

Un petit garcon au tableau, dans une salle de classe, France.
Un petit garcon au tableau, dans une salle de classe, France. — DELAHAYE CATHERINE/SIPA
  • Ce sont les élèves curieux qui attirent tous les suffrages, même ceux qui ne sont pas les meilleurs.
  • Et les « chouchous » du début de l’année ne sont pas ceux de la fin.
  • Pour autant, les profs se défendent de tout favoritisme.

Certains profs le reconnaissent d’emblée : ils ont des affinités particulières avec certains élèves. Mais d’autres s’en défendent, comme si c’était un peu honteux. Julie, professeur de français dans un collège du Val-de-Marne, préfère jouer la carte de l’honnêteté : « c’est comme dans la vraie vie, il y a des personnalités avec lesquels on accroche, d’autres moins », explique-t-elle. « Moi je n’ai pas de "chouchous". Mais parfois je reconnais avoir des accointances avec certains élèves dont je partage les centres d’intérêt », déclare de son côté Danièle, enseignante d’économie dans un lycée de Normandie.

Et force de constater que dès les premiers jours d’école, certains élèves savent s’attirer la sympathie des professeurs. « Ceux qui ont de l’humour ou avec lesquels la communication semble facile, je les repère tout de suite. Je m’appuie sur eux pour faire tourner la machine au début », confie Céline, professeure des écoles dans le Tarn-et-Garonne. « En début d’année, j’ai tendance à m’attacher davantage aux bons élèves », reconnaît aussi Julie.

Les affinités changent en cours d’année

Et les profs semblent quasi unanimes lorsqu’on les interroge sur la qualité qui les fait craquer chez un élève : « C’est la curiosité. Car un élève qui pose des questions, qui parle de ce qu’il a lu ou vu, qui comprend l’utilité d’apprendre, je serai forcément plus encline à partager des choses avec lui. Et peu importe s’il ne fait pas partie des meilleurs élèves de la classe », indique Céline, prof d’anglais dans un collège du Val-d’Oise.

« L’élève idéal, c’est celui qui écoute, participe, cherche à acquérir des connaissances, sans forcément courir les bonnes notes. Quitte à se montrer parfois impertinent », renchérit Danièle. « Un curieux, même avec 5 de moyenne, aura toute ma considération. Et ça m’arrive souvent de sauter des récréations pour répondre aux questions d’un élève », témoigne également Mathieu, professeur de Sciences de la vie et de la terre dans un lycée à Toulouse.

Les « coups de cœur » des premiers jours ne perdurent cependant pas forcément dans le temps. Au fur et à mesure qu’ils apprennent à connaître leurs élèves, les enseignants changent d’opinion sur eux. « Des personnalités se révèlent en cours de route. Un élève qui pouvait me sembler un peu banal en début d’année peut se transformer en joli papillon, car il s’épanouit en classe. Je suis aussi très sensible à ceux qui progressent », témoigne Julie. « Certains me touchent par leur vulnérabilité. Ils ont des problèmes familiaux qu’ils cachent parfois derrière un comportement agressif. J’ai envie de les aider et lorsque je trouve une passerelle pour communiquer avec eux, cela me les rend encore plus attachants », décrit de son côté Céline.

« J’essaye de m’interdire tout favoritisme »

« C’est difficile d’attirer l’attention de certains élèves perturbateurs. Mais quand on y arrive c’est une victoire. On apprend à mieux les connaître et à découvrir leurs qualités. Ils sont souvent drôles et originaux », indique à son tour, Céline, la professeur d’anglais. Un sentiment partagé par Danièle : « Ceux qui paraissent insupportables au début, on finit par les comprendre, une fois que l’on connaît leur histoire. J’apprécie aussi ceux qui étaient en difficulté scolaire en début d’année et qui ont fini par comprendre comment il fallait travailler. Leur volonté me bluffe ».

Si de nombreux profs avouent avoir des préférences parmi leurs élèves, pas question pour autant d’être plus coulants avec eux. « J’essaye de m’interdire tout favoritisme et je garde pour moi mes préférences. D’ailleurs certains élèves désignent parfois ceux qu’ils croient être mes "chouchous" dans la classe, alors que ce n’est pas du tout le cas », s’amuse Julie. « J’ai tendance à me montrer plus exigeante avec les bons élèves car je sais ce qu’ils peuvent donner », explique quant à elle Céline, la professeur d’anglais.

« Dès années après, je me souviens avec plaisir de certains élèves »

Et lorsque la cloche de fin de classe retentit en fin d’année, les profs reconnaissent quitter leurs «chouchous » avec un peu d’émotion. « J’ai un pincement au cœur en quittant certains d’eux », reconnaît Céline, la professeure des écoles. « Des années après, je me souviens avec plaisir de certains élèves. Exemple avec une gamine dure et insolente qui avait eu un déclic en cours d’année et était devenue bonne élève », évoque Danièle. Et l’histoire entre les profs et les élèves continue parfois, même l’école terminée. « Certains reviennent au lycée donner de leurs nouvelles. C’est toujours un plaisir de découvrir comment ils ont évolué », conclut Mathieu.