Rentrée scolaire: La lassitude des profs face à la «réformite» aiguë de l'Education nationale

EDUCATION Ce vendredi, les enseignants reprennent le chemin de leur établissement…

Delphine Bancaud

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Un collège, ici à Villeurbanne, près de Lyon (illustration).
Un collège, ici à Villeurbanne, près de Lyon (illustration). — E. Frisullo / 20 Minutes

Les enseignants reprennent le chemin de leur établissement ce vendredi pour effectuer leur prérentrée. Avec l’envie de retrouver leurs collègues et leurs élèves. Mais aussi pour certains, avec un sentiment de lassitude à l’égard de la « réformite » aigue qui sévit dans l’ Education nationale, comme après chaque arrivée d’un nouveau ministre rue de Grenelle.

C’est ce que constate Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp, premier syndicat des enseignants en école primaire : « Les politiques éducatives varient au gré des alternances politiques. Ce yoyo pénalise notre école qui a besoin de stabilité. Et les enseignants le vivent d’autant plus mal, que les réformes arrivent d’en haut et qu’ils ont l’impression que tout se décide sans eux ». Un avis partagé par Mathieu, professeur de sciences de la vie et de la terre à Toulouse : « Nous sommes au cœur du réacteur et pourtant on ne nous demande jamais notre avis sur les mesures qu’il faudrait prendre pour améliorer le système éducatif », déplore-t-il.

Des mesures détricotées

Autre sentiment largement partagé par les enseignants : le rythme effréné avec lequel les réformes se succèdent. Ce dont témoigne Céline, professeure des écoles dans le Tarn-et-Garonne : « aucune recette pédagogique n’est magique et fonctionne immédiatement. Lorsqu’une réforme est mise en œuvre, il faut souvent d’abord régler des problèmes logistiques, avant de s’attaquer à son contenu. Cela peut prendre plusieurs années, avant que les choses ne s’installent vraiment. Or, les ministres ont tendance à détricoter rapidement des mesures, sans même leur avoir donné le temps de porter leurs fruits et sans en avoir évalué les impacts. Ce qui prouve une fois de plus que la précipitation est l’ennemi du bien », insiste-t-elle. Un avis partagé par Mathieu : « On prend souvent pour exemplele système éducatif finlandais. Mais là-bas, les réformes perdurent dans le temps. On n’exige pas des résultats immédiats », martèle-t-il.

Et les premiers pas de Jean-Michel Blanquer rue de Grenelle ne rassurent pas Alice, professeure des écoles dans l’Yonne, sur ce point. « Il a d’abord dit qu’il ne remettrait pas tout ce que Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem avaient orchestré, mais a on constate déjà qu’il revient sur beaucoup de choses :  la réforme des rythmes scolaires, celle du collège, la limitation des redoublements….», énumère Alice. « Mais il ne faut pas en conclure pour autant que les profs refusent par principe les réformes. On est partant quand elles vont dans l’intérêt de l’élève et on sait s’adapter. Mais on a souvent l’impression que les ministres de l’Education successifs les décident très rapidement, avant tout pour imposer leur marque », précise Mathieu.

Une déperdition d’énergie

« C’est d’autant plus usant à la longue que mettre en musique des décisions ministérielles prend beaucoup de temps et d’énergie aux enseignants. On s’engage pleinement dans des projets, un nouveau ministre arrive et rétropédale », explique Alice. Cette dernière vit particulièrement mal le fait que Jean-Michel Blanquer ait mis un coup de massue dans le dispositif « Plus de maîtres que de classes » : « Pendant quatre ans, j’ai participé à sa mise en œuvre. Toute l’équipe trouvait que le dispositif fonctionnait bien, qu’il permettait de faire progresser les élèves et d’améliorer les méthodes pédagogiques des enseignants. Et là, on apprend que le ministre a supprimé une partie des postes dédiés à ce dispositif pour les redéployer afin de dédoubler les CP en REP. C’est très dommage », commente-t-elle.

Même constat chez Raphaël, professeur de maths dans un lycée de Lyon : « En 2004, nous avons expérimenté une épreuve pratique de maths en terminale. Du jour au lendemain, il n’a plus été question de l’instaurer, sans que l’on sache pourquoi », se souvient-il. « A force, le système éducatif est de moins en moins lisible, aussi bien pour nous que pour les parents. C’est aussi préjudiciable pour les élèves, car les équipes pédagogiques brûlent tellement d’énergie à mettre en place des nouvelles mesures, qu’elles ont moins de temps à consacrer aux dispositifs à mettre en place pour lutter contre l’échec scolaire », poursuit-il.

L’amour du métier reste plus fort

Pour autant, les enseignants ne veulent pas se laisser trop affecter par ce sentiment d’impuissance qu’ils éprouvent à l’égard de la « réformite » aiguë de l’Education nationale. « Quelles que soient les nouvelles réformes, je ferai ce que je peux pour faire progresser mes élèves avec les conditions que l’on me donne », promet Alice. « Je pense qu’on aura un peu de répit avant que le ministère ne s’attaque au bac », se réjouit quant à lui Raphaël.