Rentrée scolaire: A quoi va servir l'évaluation des élèves en CP et en 6e?

EDUCATION Les évaluations en CP commencent cette semiane..

Delphine Bancaud

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Un enfant en train de faire des exercices à l'école.
Un enfant en train de faire des exercices à l'école. — Miloslav_Ofukany/Pixabay
  • Ces évaluations doivent être une photo des compétences des élèves à un instant T.
  • Elles doivent permettre aux enseignants de davantage individualiser «leurs pratiques pédagogiques», selon le ministère.
  • Mais les syndicats d’enseignants, qui doutent de l’intérêt de la mesure, craignent aussi que ces tests soient anxiogènes pour les familles.

A peine rentrés, déjà évalués. Les évaluations nationales en CP vont démarrer cette semaine dans les écoles. Lors de sa conférence de rentrée, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer avait en effet annoncé qu’il allait lancer des « évaluations diagnostiques » nationales en français et en maths dès la rentrée pour les CP et en novembre pour les 6e. « Il est très important de développer une culture de l’évaluation positive », avait-il expliqué.

Objectif : « en faire des outils de pilotage pour avoir une idée du niveau des élèves », a précisé le ministre. Et ce, pour cerner les compétences des élèves à renforcer et permettre à l’enseignant de réorienter son approche pédagogique. Le programme électoral d’Emmanuel Macron portait déjà en germe ce dispositif : « Nous introduirons, au début de chaque année, des bilans personnalisés, de la classe de grande section à la troisième, afin que les enseignants disposent d’une base fiable et utile pour mesurer les progrès de chaque élève, et qu’ils choisissent les meilleurs outils pour un enseignement adapté aux besoins de chacun ».

Deux heures de test en CP

Concernant les évaluations des 750.000 élèves de CP, « elles dureront deux heures », explique l’entourage du ministre à 20 Minutes. Elles porteront sur des exercices de français et de maths. Les élèves devront entre autres, écrire quelques mots en attaché, en compter les syllabes, reconnaître des chiffres, des lettres, des quantités et répondre à des questions sur un texte, ce qui permettra de tester leur compréhension et la richesse de leur vocabulaire. Leurs résultats à ces tests seront transmis à leurs parents, mais aussi, de manière anonymisée, à un inspecteur de l’éducation nationale. « Ce dernier s’en servira pour cibler les besoins de formation des enseignants », explique-t-on rue de Grenelle.

Concernant les évaluations des 828.000 élèves de 6e, « elles auront lieu entre le 6 novembre et le 1er décembre », explique l’entourage du ministre. Elles se dérouleront sur ordinateur et dureront environ une heure. Elles porteront à la fois sur le français (compréhension de l’écrit, grammaire, orthographe, vocabulaire) et les maths (capacité de calcul, résolution de problème, connaissances en géométrie, en grandeurs et mesures). Ces tests seront corrigés numériquement et les résultats seront transmis tant aux familles qu’aux inspecteurs de l’éducation nationale. « Ces données permettront de davantage individualiser les pratiques pédagogiques en fonction du niveau des élèves », précise la rue de Grenelle.

Les profs sceptiques

Reste que ces évaluations ne sont pas au goût des syndicats d’enseignants. « Nous ne sommes pas contre le principe des évaluations, mais il faut qu’elles aient du sens. Là, on se demande à quoi elles vont servir », déclare Francette Popineau, secrétaire générale du SNuipp, premier syndicat du primaire. Concernant celles qui auront lieu en CP, elle estime qu’elles « arriveront trop tôt dans l’année pour faire le diagnostic des compétences de l’enfant. D’autant que certains connaissent des difficultés au début du CP le temps de s’adapter et apprennent très bien au trimestre suivant », indique-t-elle. « Par ailleurs, ces évaluations ne s’accompagnent d’aucun moyen supplémentaire pour venir aux élèves en grande difficulté », ajoute-t-elle.

Même scepticisme chez Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa : « Les exercices prévus pour les évaluations en CP ont été construits à la va-vite. Ils ne sont pas assez solides pour obtenir une vision claire des compétences des élèves », lance-t-il. Par ailleurs, il estime que les enseignants n’ont pas besoin de ces tests pour savoir qui pèchent en français ou en maths : « Ils savent déjà adapter leur pédagogie en fonction des différents niveaux des élèves », poursuit-il.

Un stress pour les familles ?

Autre inquiétude pour Francette Popineau : les retombées que pourraient avoir les résultats de ces tests pour les familles. « C’est fortement anxiogène de délivrer des résultats qui peuvent être négatifs aux parents en début d’année. Cela va renforcer la pression sur les élèves qui la subissent déjà en classe de CP », estime-t-elle. Enfin, Stéphane Crochet remet en cause l’intérêt d’évaluations nationales : « Le vrai juge de paix, ce sont les évaluations internationales, type Pisa ou Timss. Les évaluations nationales, les élèves finissent toujours par les réussir. Car au bout d’un ou deux, les enseignants en connaissent les attendus et savent y préparer les élèves », affirme-t-il.

Au final, les syndicats d’enseignants craignent que ces évaluations ne soient qu’une mesure d’affichage gouvernemental. « C’est un signal que veut envoyer le ministre à la population pour dire qu’il s’intéresse aux enfants », tacle Francette Popineau. A moins que les résultats de ces évaluations servent au ministre à décider la manière dont il faudrait réorienter l’enseignement en maternelle ou à l’école primaire ? Mais sur ce point la rue de Grenelle se veut rassurante : « il n’y aura pas de statistiques nationales à partir de ces évaluations ».