Drogue: Ce que l'on sait de l'enquête et la mise en examen de l'ex patron des «stups»

JUSTICE François Thierry, ancien patron de la lutte antidrogue a été mis en examen dans une enquête sur les méthodes controversées des «stups» pour faire tomber des trafiquants...

20 Minutes avec AFP

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François Thierry a été placé en garde à vue par l'IGPN.
François Thierry a été placé en garde à vue par l'IGPN. — NANTERRE, FRANCE

Est-ce un coup d'arrêt à la carrière de l'ancien patron de la lutte antidrogue? C'est une affaire qui risque de laisser des traces dans la lutte contre le trafic de drogue. François Thierry, l’ancien numéro 1 de la lutte antidrogue, a été mis en examen, jeudi dans la soirée, pour « complicité de trafic de stupéfiant ». 20 Minutes fait le point sur cette enquête surprenante...

>> A lire aussi : Saisie record de cannabis en 2015: L'ex-patron de l'office antidrogue placé en garde à vue

Des méthodes controversées des « stups »

L’affaire avait déjà valu à François Thierry d’être placé en garde à vue fin mars à l’IGPN, la « police des polices ». L’ancien patron des « stups » est suspecté d’avoir, avec plusieurs policiers, autorisé l’entrée de 7 tonnes de cannabis en 2015, et de beaucoup plus de drogue encore, sans en informer totalement l’autorité judiciaire. L’enquête ouverte en 2015 a mis au jour les méthodes controversées des « stups » pour faire tomber des trafiquants. 

Une «mise en examen injuste, hypocrite et scandaleuse», a réagi auprès de l'AFP Francis Szpiner, l'avocat de François Thierry. «Cet informateur a donné suffisamment d'affaires, son implication était connue des magistrats», ajoute-t-il, alors qu'il songe à demander le dépaysement de l'affaire.

Que reproche-t-on à François Thierry?

Au-delà de la gestion controversée des «tontons», au coeur de deux autres enquêtes à Paris, l'affaire d'Exelmans a aussi mis au jour des rivalités entre douanes et police. Au total, treize personnes sont déjà mises en examen dans ce dossier. 

Qu'est ce que l'affaire Exelmans? Un «renseignement» avait abouti à la saisie par la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) de sept tonnes de cannabis entreposées dans des camionnettes stationnées boulevard Exelmans, dans le XVIe arrondissement de Paris. La saisie avait été saluée par le président à l'époque, François Hollande, et l'enquête immédiatement confiée à l'Ocrtis.

Mais très vite des soupçons avaient terni la belle opération lorsqu'un douanier avait révélé le rôle de Sofiane Hambli, un informateur de premier plan de l'Ocrtis géré personnellement par François Thierry, et connu comme un trafiquant de haut vol, selon des éléments de l'enquête dont a eu connaissance l'AFP.

L'autorité judiciaire était-elle au courant?

Pour le procureur de Paris François Molins, cela relève d'une «information majeure» jusqu'alors «dissimulée», selon une note versée à la procédure. Trois jours après la saisie, François Thierry avait reconnu que la drogue partie du Maroc s'inscrivait dans le cadre d'une opération secrète de l'Ocrtis destinée, en lien avec Hambli, à infiltrer des réseaux. Dans la foulée, l'Ocrtis avait été dessaisi de l'enquête.

Mais jusqu'à quel point les autorités judiciaires ont-elles été informées? Combien de tonnes sont-elles arrivées en France sous couvert de la livraison surveillée? Et combien ont-elles échappé à la saisie? En plus des sept tonnes interceptées à Paris, les enquêteurs ont fait le lien avec six autres tonnes saisies en Belgique et deux autres à Nantes, selon une source proche de l'enquête.

Dans une note transmise le 28 octobre 2015 à sa hiérarchie et dont a eu connaissance l'AFP, l'ancien patron de police détaillait la «rentabilité» du «tonton», selon lui à l'origine de la saisie de 60 tonnes de résine de cannabis notamment. Pourtant, le parquet de Paris affirme n'avoir appris l'existence de cet «indic» qu'en mars 2015, sans avoir été informé ensuite de son implication dans des procédures en cours, selon une source proche du dossier.

Quel est son parcours?

Diplomé de l'Ecole nationale de la police en 1994, François Thierry s'est attiré bien des compliments... avant les récentes critiques. Selon l'enquête de Libération, ce flic a fait ses classes à Nantes, puis à Pointe-à-Pitre, où ses talents pour lutter contre les trafiquants de drogue devient évident. C'est en 2001 qu'il quitte la police judiciaire pour prendre la tête de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants. 

Suite aux interrogations de sa hiérarchie, il est placé en 2016 par la Place Beauvau à la sous-direction antiterroriste de la PJ (Sdat), toujours selon Libération, qui n'y voit pas une promotion...