La fourgonnette qui a foncé dans la foule, tuant au moins 13 personnes et blessant environ 100 personnes, est remorquée à Barcelone le 18 août 2017. AFP PHOTO / Josep LAGO
La fourgonnette qui a foncé dans la foule, tuant au moins 13 personnes et blessant environ 100 personnes, est remorquée à Barcelone le 18 août 2017. AFP PHOTO / Josep LAGO — AFP

TERRORISME

La plupart des terroristes autofinancent leurs attentats, selon des experts

Les terroristes mènent des attaques qui coutent de moins en moins cher, selon plusieurs chercheurs...

Pour lutter contre les terroristes, la communauté internationale a longtemps cru que les attaquer au portefeuille était la meilleure solution. Mais force est de constater qu’elle ne l’est plus, la plupart des groupes terroristes actuels s’autofinançant et menant des attaques coûtant de moins en moins cher.

C’est ce qu’a affirmé Peter Neumann, directeur du Centre international d’étude de la radicalisation (ICSR), au King’s College de Londres dans une tribune publiée en juin sur le site du ICSR et qui fait parler d’elle aujourd’hui, à la lumière des derniers attentats. Peter Neumann y affirme que « plus de quinze ans après "le début de la guerre à la terreur" lancée par les États-Unis, la guerre au financement du terrorisme a échoué ».

La plupart des attaques ne nécessitent pas de gros moyens

Car si les mesures internationales contre le financement du terrorisme adoptées après le 11 septembre 2001 ont eu un impact et restent nécessaires, elles sont loin d’être suffisantes pour entraver l’action d’organisations comme Al-Qaïda ou l’Etat islamique ou de djihadistes inspirés par leur redoutable propagande, ajoute-t-il.

« La plupart des attentats ne nécessitent que très peu d’argent, et les terroristes utilisent de nombreuses méthodes de financement et de transferts de fonds qui ne passent pas par le système financier international », écrit-il. «La guerre au financement du terrorisme telle qu’elle est menée depuis 2001 a souvent été coûteuse et improductive. »

Les salaires, l’argent des trafics et des vols exploités

En janvier 2015 une autre chercheuse norvégienne, Emilie Oftedal, a étudié pour le compte du Norwegian Defense Research Establishment (FFI) quarante cellules terroristes qui ont, entre 1994 et 2013, organisé ou tenté d’organiser des attentats en Europe. Le résultat est que dans les trois-quarts des cas le montant des sommes en jeu pour l’organisation des attaques n’a pas dépassé 10.000 dollars.

« Les terroristes collectent, transfèrent et dépensent l’argent de façon remarquablement ordinaire », avait-elle écrit dans son rapport. « La source de financement la plus fréquente sont les salaires et les économies des membres, suivie par la petite délinquance », avait-elle indiqué.

Seul le quart des réseaux étudiés a reçu de l’argent d’une organisation terroriste internationale, aucun ne dépendant exclusivement d’un soutien extérieur, ajoute-elle. Et 70 % des cellules étudiées se sont financées de façon légale, le plus souvent via les salaires de ses membres, mais aussi par le trafic de drogue, d’armes ou d’autres biens, ainsi que par des vols.

Les crédits à la consommation souvent utilisés

Un mode de financement de plus en plus répandu, qui a servi notamment lors des attaques de 2015 en France, est le recours à des crédits à la consommation auprès d’organismes spécialisés, le plus souvent sur la base de faux documents, que les djihadistes, embarqués dans des missions suicides ou le départ vers des zones de jihad dont ils n’ont pas l’intention de revenir, n’ont aucune intention de rembourser.

Amedy Coulibaly, auteur de la tuerie de l’Hypercacher à Paris en janvier 2015,a ainsi emprunté six mille euros à l’organisme de crédit Cofidis, avec lequel il a acheté des armes et selon ses dires, donné « quelques milliers d’euros » à l’un des frères Kouachi, auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo, « pour qu’il finisse à boucler ce qu’il avait à acheter ».

Tracfin impuissant face à ces montages financiers

Pour Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme, spécialiste du financement des réseaux djihadistes, ces organismes de crédit « devraient faire preuve d’une vigilance accrue, notamment sur la fraude documentaire. Ils l’utilisent pour obtenir des crédits à la consommation, avec par exemple de fausses fiches de paie. C’est ce qu’a fait Coulibaly. »

« En Europe, confie-t-il à l’AFP, les opérations terroristes sont désormais essentiellement autofinancées. Crédit à la consommation, contrefaçon, petits trafics ou tout simplement leurs fonds propres, leurs économies. Ils vident leurs comptes bancaires et ça leur suffit. »