VIDEO. Industriel de l’armement, homme politique…Qui était Serge Dassault, décédé à l’âge de 93 ans?

DISPARITION Ex-PDG du groupe Dassault, ancien sénateur LR et maire de Corbeil-Essonnes, Serge Dassault est décédé à l’âge de 93 ans ce lundi. Son parcours a été entaché par les affaires...

Arian Karimi

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L'industriel et sénateur Serge Dassault à Paris, le 29 septembre 2015
L'industriel et sénateur Serge Dassault à Paris, le 29 septembre 2015 — ERIC FEFERBERG AFP
  • L’industriel Serge Dassault, à l’origine des avions d’affaires Falcon et de combat Rafales, est décédé ce lundi à l'âge de 93 ans .
  • L’homme politique a enchaîné de nombreux mandats électoraux tout en étant condamné plusieurs fois par la justice.

Dans les pas de son père. La vie de Serge Dassault, décédé ce lundi à l'âge de 93 ans, était intimement liée à celle de Marcel, passionné d’aviation, qui fonda en 1929 La société des avions Marcel Bloch. Ce dernier est arrêté avec ses fils (dont Serge Dassault) et sa femme par la Gestapo en 1944, car il refuse d’apporter son savoir-faire aéronautique aux nazis, avant d’être déporté à Buchenwald en 1994. Libéré par les Américains le 23 avril 1945, il décide de changer de nom l’année suivante, passant de Bloch à Dassault. D’origine juive, il convertit sa famille au catholicisme en 1950.

Serge Dassault rejoint l’école polytechnique en 1946. En 1951, il sort diplômé de l’école nationale supérieure de l’aéronautique et de l’espace (SUPAERO) comme son père qui eu son diplôme en 1913. Il commence sa carrière comme ingénieur dans l’entreprise familiale. C’est 11 ans plus tard qu’il présente, lors d’un salon aux Etats-Unis, le premier avion d’affaires «Falcon », en tant que directeur de l’exportation. En 1987, l’avionneur devient PDG du groupe. Il livre le 21 mai 2001 les premiers « Rafale » à la Marine nationale et à l’armée de l’air française. Un avion que l’industriel aura bien du mal à vendre à l’étranger malgré le soutien appuyé des autorités françaises. Finalement, l’Egypte et le Qatar vont mettre fin à cette malédiction en commandant respectivement 24 exemplaires de l’avion de combat en 2015.

Une longue carrière politique à Corbeil-Essonnes

Proche de Jacques Chirac, l’industriel rejoint le monde politique à l’âge de 49 ans en adhérant au parti conservateur du « Centre national des indépendants et paysans ». Il essuiera plusieurs échecs, avant d’enchaîner les mandats électoraux. Il est battu aux élections municipales de  Corbeil-Essonnes par le député-maire sortant communiste Roger Combrisson en 1977. Bis repetita l’année suivante aux élections législatives contre le même Combrisson.

Il devient finalement conseiller municipal de cette ville en 1983. Trois ans plus tard, Dassault passe à l’échelon supérieur en devenant conseiller régional d’Ile-de-France. Il est réélu en 1992. Il est aussi conseiller général de l’Essonne de 1988 à 2004. Consécration en 1995, il devient maire de Corbeil-Essonnes. Il dirigera la commune pendant plus de 13 ans avant que  le Conseil d’Etat annule sa réélection de 2008, le 8 juin 2009, pour irrégularités de comptes de campagne. Il est reproché à Serge Dassault d’avoir fait des dons d’argent à destination des habitants « de nature à altérer la sincérité du scrutin ».

Entre-temps, il s’offre un siège de sénateur en 2004 sous l’étiquette UMP. L’homme politique avait annoncé en juillet 2017, à l’âge de 92 ans, ne pas vouloir se représenter au Sénat. Plusieurs médias avaient également annoncé que l’investiture du parti présidentiel, La République en marche, lui avait été refusé.

Controverses et affaires judiciaires

Tout au long de sa carrière politique, le chef d’entreprise fut beaucoup critiqué pour ses déboires avec la justice. Il est condamné en Belgique à deux ans de prison avec sursis pour corruption dans l’affaire Agusta en 1998.
En 2013, le site d’information Mediapart diffuse un enregistrement prouvant selon ses auteurs, que le maire aurait payé 1,7 million d’euros pour assurer la victoire de son successeur Jean-Pierre Bechter, à Corbeil-Essonnes en 2010. Le bureau du Sénat acceptera, après deux tentatives infructueuses, de lever l’immunité parlementaire de l’homme politique en février 2014. Six semaines plus tard, Serge Dassault est mis en examen par les juges d’instruction pour « achat de votes », « complicité de financement illicite de campagne électorale » et « financement de campagne électorale en dépassement du plafond autorisé. »

A l’image de son père, patron de presse en son temps, Serge Dassault a diversifié ses activités en détenant le quotidien Le Figaro.

Grand officier de la Légion d'honneur depuis 2004, cet amoureux de la chasse était la troisième fortune française et la 57e mondiale, selon un classement Forbes en 2017. Il était père de quatre enfants qui siègent au Conseil de surveillance de la holding familiale. 

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