Attaque à Levallois-Perret: Le maintien de l'opération Sentinelle remis en cause

TERRORISME Six militaires de l’opération Sentinelle ont été blessés mercredi à Levallois. Si leur mission est d’assurer la sécurité des Français, ils sont devenus des cibles pour les terroristes…

20 Minutes avec AFP

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Une voiture a foncé sur des militaires de l'opération Sentinelle mercredi 9 août 2017 à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), faisant six blessés.
Une voiture a foncé sur des militaires de l'opération Sentinelle mercredi 9 août 2017 à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), faisant six blessés. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Une voiture a délibérément foncé dans un groupe de militaire de l’opération Sentinelle mercredi à Levallois.
  • Les éditorialistes et spécialistes s’interrogent ce matin sur l'efficacité du dispositif alors que les militaires semblent être passés « du bouclier au paratonnerre ».

Si leur mission est d’assurer la sécurité des Français, les militaires de l’opération Sentinelle - dont six ont été blessés mercredi - sont devenus des cibles. Pour la presse jeudi ils sont passés « du bouclier au paratonnerre ».

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« Le bouclier qu’ils étaient censés représenter s’est transformé en paratonnerre », juge Stéphane Albouy (Le Parisien/Aujourd’hui en France) qui ajoute qu'« à chaque fois ou presque qu’ils ont dû intervenir face à des terroristes, ils étaient eux-mêmes la cible de l’attaque ».

« L’attaque de Levallois réveille les interrogations sur la pertinence d’un dispositif qui mobilise 7.000 militaires », écrit Joël Cossardeaux dans Les Echos, en se demandant si les soldats ne feraient pas « office de paratonnerre, attirant vers eux les foudres des auteurs d’attentat, plutôt que de rempart pour protéger la population ».

« Les djihadistes ont la France pour ennemie »

De son côté, Yves Thréard du Figaro n’est pas d’accord avec les voix qui « s’élèvent pour dire que l’armée est inutilement exposée ». Et d’insister : « Les djihadistes ont la France pour ennemie. Tout entière. Qu’elle soit en treillis ou pas ».

L’éditorialiste réclame la fin des restrictions sur « les moyens opérationnels », qu’il s’agisse du « renforcement de notre arsenal juridique » ou des « budgets des forces armées et de police dont on comprend mal qu’ils aient pu être récemment rognés. »

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« Il faut leur garantir, comme à toutes les forces de sécurité, les moyens d’agir dans le périmètre de l’État de droit », renchérit Hervé Chabaud dans L’Union.

« L’opération Sentinelle est d’abord une arme de communication du gouvernement avec le peuple. Elle ne tire pas de coups de feu, elle rassure les braves gens qui peuvent dormir tranquilles puisque l’armée les protège », s’emporte Jean-Marc Chevauché dans Le Courrier Picard, en précisant que « c’est une illusion ».

« Leur visibilité rassure la population »

« En maintenant ces soldats dans les rues, le gouvernement d’aujourd’hui et ceux d’hier apportent la preuve qu’ils ne sont pas inactifs face à la menace et s’occupent de la sécurité des Français », affirme Monique Raux de L’Est Républicain qui voit là « un message politique et psychologique qui est envoyé à la population mais aussi aux touristes ».

« Leur présence se justifie-t-elle dans nos villes, devant les écoles et les lieux de culte, alors que les troupes sont engagées sur de nombreux théâtres extérieurs ? » s’interroge Yolande Baldeweck dans L’Alsace qui rappelle toutefois que « leur visibilité rassure la population ».

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Dans Le Journal de la Haute-Marne, Patrice Chabanet pense également que les militaires « sont devenus des cibles clairement identifiées », mais il note que « leur présence sur le terrain est rassurante pour la population, ce qui est loin d’être négligeable dans un pays meurtri par le terrorisme ».

« La grinçante morale de cette histoire fait que les militaires chargés de rassurer et de protéger sont devenus eux-mêmes des victimes potentielles », constate Yves Harté de Sud-Ouest qui croit que la réévaluation de notre dispositif de protection « devrait être un des sujets de la rentrée. Et non des moindres ».

« Développer davantage la sécurité privée »

« Il faut repenser le dispositif » de l’opération Sentinelle à plus long terme, a quant à lui estimé le président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, Thibault de Montbrial, dans un entretien au Figaro publié ce jeudi. Selon lui, il « faudrait garder un appui militaire autour des zones stratégiques très sensibles (gares, aéroports), mais développer davantage la sécurité privée armée dans les lieux recevant du public, et confier les patrouilles dynamiques aux seuls gendarmes et policiers ».

Il préconise aussi de « créer une unité qui s’intégrerait dans la garde nationale, composée d’anciens membres des forces de l’ordre et de volontaires formés pour être armés en civil », estimant qu’il « faut constituer un maillage de gens capables de riposter par le feu sur notre territoire ».