L'unique centre de déradicalisation de France va fermer ses portes

DJIHADISTES « L’expérience ne s’est pas révélée concluante », déclare le ministère de l’Intérieur Gérard Collomb dans un communiqué…

T.C. avec AFP

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Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire). Le premier centre de déradicalisation ne devait accueillir que des «volontaires».
Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire). Le premier centre de déradicalisation ne devait accueillir que des «volontaires». — GUILLAUME SOUVANT / AFP
  • Gérard Collomb a annoncé ce vendredi la fermeture du centre de déradicalisation de Pontourny.
  • Ouvert en septembre 2016, il n’a accueilli que neuf pensionnaires et aucun d’entre eux n’a suivi le programme jusqu’à son terme.

L’unique centre de déradicalisation de France, situé à Pontourny en Indre-et-Loire, d’une capacité de 25 personnes mais qui n’accueille plus aucun pensionnaire depuis février, va être fermé, a annoncé ce vendredi le ministère de l’Intérieur, soulignant que « l’expérience ne s’est pas révélée concluante ».

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Le centre avait ouvert ses portes en septembre 2016, avec pour objectif de « préparer, proposer et dispenser une offre et un programme pédagogique utiles à la réinsertion de jeunes radicalisés en voie de marginalisation ». Il fonctionnait sur la base du volontariat. Mais, remarque la place Beauvau, il n’a accueilli que neuf pensionnaires et aucun d’entre eux n’a suivi le programme jusqu’à son terme.

Il devait accueillir des jeunes de 18 à 30 ans « en voie de radicalisation » et non pas des personnes condamnées, des personnes fichées « S » ni de « revenants » de la zone irako-syrienne. En janvier, l’un de ses pensionnaires avait été écroué pour avoir tenté de se rendre en 2016 en zone irako-syrienne, suscitant l’indignation.

Un rapport sénatorial publié le 12 juillet dernier critiquait sévèrement la politique de déradicalisation menée en France et demandait notamment la fermeture du centre de Pontourny. « Ça ne pouvait pas marcher car le concept, basé sur le volontariat, était mauvais », explique à 20 Minutes la sénatrice écologiste du Val-de-Marne, Esther Benbassa, l’une des deux auteures du rapport. « Il ne fallait pas s’attendre que des personnes radicalisées se présentent d’elles-mêmes pour se déradicaliser », ajoute-t-elle.

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« Il faut arrêter avec cette idée de centre », poursuit Esther Benbassa. Selon elle, il existe « différents profils chez les jeunes radicalisées ». Elle estime donc nécessaire de mettre en place « un suivi personnalisé, sur mesure » de ces personnes, de leur proposer « un accompagnement adapté à leur degré de radicalisation ». Le budget alloué au centre - 2,5 millions d’euros - permettrait d’ouvrir « des appartements éducatifs ».

De nombreux riverains s’étaient opposés à l’ouverture du centre dans cette petite bourgade de 2.900 habitants. Réunis au sein d’une association, ils avaient même lancé une pétition. « Notre association a en partie gagné », se félicite Michel Carrier, président de « Radicalement digne de Pontourny », joint par 20 Minutes. Mais la victoire ne sera totale que lorsque « nous serons ce qu’ils vont nous mettre dedans », ajoute-t-il. Il signale qu’une réunion est prévue, ce vendredi après-midi, à la préfecture d’Indre-et-Loire, afin d’évoquer avec les autorités le futur du centre.

« L’avis de la population doit être pris en compte »

Michel Carrier souhaite que « l’avis de la population soit pris en compte » et que les différents projets envisagés ne soient pas étudiés « à la va vite ». Il plaide pour sa part pour l’ouverture « d’une maison de retraite », ou « de repos pour les victimes des attentats », voir d’un CFA. Mais il redoute, comme l’avait annoncé la presse locale, que le centre puisse accueillir « des jeunes migrants isolés, demandeurs d’asile ». « On n’en veut pas. On ne sait pas qu’ils sont. »

Cette fermeture ne signifie pas pour autant « l’abandon d’une politique de prise en charge des publics en voie de radicalisation dans des structures adaptées », affirme le ministère de l’Intérieur. « Le gouvernement étudiera la possibilité d’ouvrir des structures de petite taille » pour y développer des solutions alternatives à l’incarcération, ajoute-t-il sans plus de détails.

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La secrétaire générale du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, Muriel Domenach, a été chargée de faire des propositions, en lien notamment avec les ministères de l’Intérieur et de la Justice.

« La fermeture de ce centre ne doit pas occulter la réalité de la prise en charge en France qui progresse », a-t-elle déclaré à l’AFP. Quelque « 2.600 jeunes et 800 familles sont actuellement pris en charge via le dispositif de prévention (…) pas par des gourous mais par des éducateurs de rue, les maisons des adolescents, des psychologues », a rappelé Muriel Domenach.

Mais le postulat du volontariat, pour entrer au centre de Pontourny, « a montré ses limites très clairement », estime-t-elle aussi. « Les critères extrêmement restrictifs, visant à exclure toute personne ayant fait l’objet de condamnations pour violence ou de retour de théâtres d’opérations, ont restreint le public », a-t-elle regretté.