Incendies: Comment les enquêteurs déterminent-ils l’origine d’un feu de forêt?

INCENDIE « 20 Minutes » a demandé des explications au colonel Patrick Touron, patron de l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGN), les vrais « experts » de la gendarmerie…

Thibaut Chevillard
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Les enquêteurs doivent attendre que le feu soit éteint pour commencer leurs investigations
Les enquêteurs doivent attendre que le feu soit éteint pour commencer leurs investigations — LILIAN AUFFRET/SIPA
  • Les incendies ravagent toujours le sud-est de la France.
  • Souvent d’origine accidentelle, leur cause est parfois criminelle.
  • Le patron de l’IRCGN explique à 20 Minutes comment procèdent les enquêteurs pour déterminer leur origine.

EDIT: Nous avions publié ce papier sur les gendarmes enquêtent sur les origines des incendies en juillet 2017. Alors que 60.000 hectares ont été ravagés par le feu ces derniers jours en Californie, nous remontons cet article. 

Le feu ravage le sud-est de la France. Le vent et la sécheresse peuvent expliquer comment les incendies se propagent aussi vite. Reste à savoir comment ils ont démarré. Leur origine est-elle accidentelle ? Criminelle ? Pour commencer leur enquête, les gendarmes doivent attendre que l’incendie soit entièrement éteint, explique à 20 Minutes le colonel Patrick Touron, patron de l 'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie. Priorité est donnée aux secours.

Les enquêteurs essaient ensuite de localiser son point de départ, qui se trouve sur une des bordures du feu. « Au commencement, l’incendie a la particularité de ne pas être trop intense. Puis il se propage dans le sens du vent ou de la pente. »

Source: IRCGN
Source: IRCGN - Thibaut Chevillard

Pour retrouver son point d’éclosion, les gendarmes regardent « le V de propagation ». En effet, plus il se propage, plus il s’élargit. », explique le colonel Touron.

source: IRCGN
source: IRCGN - Thibaut Chevillard

Une fois le point de départ du feu retrouvé, les enquêteurs essaient de déterminer son origine. Sur place, ils cherchent notamment à savoir si des habitants pratiquent l’écobuage. « Souvent, ils font un petit feu pour se débarrasser de brindilles ou de branches, et la situation leur échappe, explique l’expert. Avec le vent, ils n’arrivent pas à contenir le départ de l’incendie. »

Les gendarmes se rapprochent aussi des pompiers ou des agents de l’Office national des forêts (ONF) « qui connaissent les endroits où les gens font des barbecues ou qui servent de rendez-vous pour les amoureux ». Ils découvrent parfois que le feu a été provoqué par des promeneurs qui ont fait un barbecue dans les bois, et qui l’ont mal éteint ou pas assez bien recouvert les braises de terre ou de sable.

L’incendie peut aussi être causé par un mégot de cigarette mal éteint. Souvent, les enquêteurs constatent que le feu est parti d’un fossé, près d’une route. Là, ils retrouvent un ou plusieurs mégots, probablement jetés par des automobilistes. Ils en déduisent qu’ils sont à l’origine du sinistre. Enfin, ils vérifient que l’incendie n’ait pas été causé par un arbre qui serait tombé sur une ligne électrique ou par la foudre.

18 % des feux sont d’origine volontaire

« S’il n’y a pas d’explication logique, on peut alors suspecter une cause criminelle », poursuit le colonel Touron. « On va alors réaliser des investigations, comme pour n’importe quelle enquête. Nous essayons de savoir qui était présent sur les lieux lorsque l’incendie s’est déclaré. Pour cela, on interroge des témoins. » Selon lui, les habitants sont de plus en plus sensibilisés et font désormais très attention aux véhicules qui sont stationnés près des bois, aux gens qui se promènent.

Les gendarmes vont aussi regarder les images des caméras de surveillance. Ils cherchent aussi des indices, comme des « traces de pneus dans l’herbe », ajoute-il. Ils peuvent ainsi remonter jusqu’au pyromane. Néanmoins, seuls 18 % des feux sont d’origine volontaire, selon la gendarmerie. La majorité est certes d’origine humaine, mais accidentelle.