Paris: Abris, sanitaires, eau... A la Porte de La Chapelle, les «réfugiés manquent de tout»

REPORTAGE Après la guerre dans leur pays, la misère en France, dans le 18e arrondissement de Paris…

Emilie Petit
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Paris: Les migrants porte de La Chapelle, des survivants — 20 Minutes

Des tentes éparses jalonnent les abords des deux grands boulevards qui se croisent, porte de La Chapelle (18e arrondissement). Des matelas recouverts de duvets sont posés à même le sol, avec en guise de toit, le béton du périph' qui surplombe et traverse le quartier.

Ici, non loin du centre Emmaüs, près de 600 migrants ont trouvé refuge depuis l’évacuation du 7 juillet dernier où plus de 2.700 réfugiés avaient été chassés de leurs abris de fortune par les forces de l’ordre.

Les voûtes de la porte de La Chapelle sont désormais leur foyer

A la jonction des boulevards Ney et des Maréchaux, de grandes tables pliantes ont été installées. Comme chaque matin. Dessus, deux marmites pleines de café bouillonnent. À côté sont disposées, en vrac, des brioches et des baguettes de pain. Il est 10 heures du matin, et déjà, une dizaine de migrants attendent patiemment que la distribution commence. « Ces réfugiés manquent de tout, ici, explique Anne-Marie Bredin, de l’association Solidarité migrants Wilson. D’abris, de sanitaires, d’eau… ». A ses côtés, des membres d’ Utopia 56 rodés à l’exercice depuis leur passage dans la « jungle de Calais », s’activent.

En quelques minutes seulement, des hommes accroupis, en cercle, recouvrent le parterre du carrefour porte de la Chapelle. Soudanais, Erythréens, Ethiopiens, Afghans, Somaliens, Béninois. Ils discutent. Sourient. Ont l’air heureux. Ils ont pourtant tous quitté leur patrie en guerre, pour de meilleurs avenirs. Les voûtes de la porte de La Chapelle sont désormais leur foyer. Depuis peu pour certains. Depuis déjà longtemps pour d’autres.

Pour le petit-déjeuner, les migrants de la porte de La Chapelle se regroupent près de la camionnette d'Utopia 56.
Pour le petit-déjeuner, les migrants de la porte de La Chapelle se regroupent près de la camionnette d'Utopia 56. - Émilie Petit

Mohammed est ici depuis quatre mois. « J’ai quitté le Bénin car c’est la pauvreté là-bas. On n’a rien ! ». Un Somalien « transite », lui, boulevard Ney depuis sept mois « en attendant de pouvoir rejoindre l’Angleterre » où l’attend sa famille. Il a 17 ans. Dans la file d’attente qui s’étend désormais sur une centaine de mètres, beaucoup de Soudanais sont revenus après la dernière évacuation. Forcés de reconstruire leur camp, démantelé par les forces de l’ordre.

Six toilettes sèches pour 600 personnes

Quelques mètres plus loin, deux Erythréens profitent de la cohue du petit-déjeuner pour se laver les cheveux et les dents à l’aide des quatre robinets qui font face aux six toilettes sèches mises à disposition par la mairie de Paris. Au son du vrombissement des moteurs. Assourdissant.

« Après avoir évacué les migrants début juillet, ils ont coupé l’arrivée d’eau. Mais dès le lendemain, il y avait à nouveau une centaine de réfugiés sur le site. Nous avons donc demandé que les robinets soit rouverts », raconte Anne-Marie Bredin. Quand aux toilettes sèches, elles ne sont, pour l’heure, vidées qu’une fois par jour. Un acte jugé insuffisant par la bénévole. « ils sont actuellement 600 à les utiliser. Il faudrait qu’elles soient vidées au moins deux fois par jour. C’est un minimum ! Ils vivent avec presque rien… ».

Éparses, les abris de fortune des réfugiés longent le bord de la route.
Éparses, les abris de fortune des réfugiés longent le bord de la route. - Émilie Petit

Face à la misère, nombre de riverains sont venus offrir des couvertures. Tandis que les commerçants du quartier font don de quelques briques de lait en poudre et de brioches, « quand ils le peuvent ». « Je vais, chaque jour, voir ceux que je connais dans mon quartier. Je ne repars jamais les mains vides », relate Anne-Marie Bredin. Une entraide bien nécessaire. Mais encore insuffisante. Environ 50 migrants arrivent et s’installent chaque jour à Paris, porte de la Chapelle.