VIDEO. Incendies dans le Sud-Est: «On a perdu l’habitude d’avoir à lutter face à ce type d’incendies extrêmement violents»

FEUX DE FORET Le commandant Eric Rodriguez, du service d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône, revient pour « 20 Minutes » sur les feux qui ravagent le Sud-Est du pays…  

Propos recueillis par Thibaut Chevillard
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Un pompier éteignant un incendie
Un pompier éteignant un incendie — Mathilde Ceilles
  • De nombreux incendies font rage dans le Sud-Est de la France et en Corse
  • Pour le commandant Eric Rodriguez, des pompiers des Bouches-du-Rhône, cette situation n’est pas « anormale ».

De nombreux incendies font toujours rage dans le Sud-Est de la France et en Corse ce mardi. Près de 4.000 hectares sont partis en fumée en deux jours, selon le dernier bilan de l’AFP. Le commandant Eric Rodriguez, du service d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône et représentant de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, a répondu aux questions de 20 Minutes.

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Comment expliquer l’ampleur des feux de forêt cette année ?

On a le sentiment que c’est une année exceptionnelle par rapport aux dix dernières années. Mais en réalité, ce n’est pas une année anormale ! Un été en Provence, c’est ça. Il fait chaud, sec, il n’y a pas de pluie. Mais on a perdu l’habitude d’avoir à lutter face à ce type d’incendies extrêmement violents car, jusqu’en 2016, les étés étaient un peu maussades, n’étaient pas particulièrement chauds, il pleuvait régulièrement. Il y a eu quelques départs de feu mais pas aussi violents que ceux que l’on connaît cette année.

Quelle est l’origine des feux de forêt ?

C’est principalement la négligence et la malveillance. Il est important de rappeler qu’il ne faut pas faire de barbecues intempestifs, qu’il ne faut pas jeter ses mégots de cigarettes dans la nature. Si chacun se comportait correctement, on limiterait grandement ces sinistres.

Les pompiers sont-ils entraînés à lutter contre des feux de forêt de cette intensité ?

Les formations dispensées dans le Sud sont particulièrement poussées car nous faisons beaucoup de retours d’expérience. Nous avons aussi la chance dans le département d’avoir un plateau technique, unique en France, où nous simulons des feux de forêts avec des vraies flammes. Les cadres, eux, participent à des serious games et s’entraînent à mettre en place le dispositif pour éteindre un feu.

Mais quand vous êtes jeunes pompiers, vous avez beau avoir la meilleure formation du monde, vous êtes toujours surpris par la violence des feux de forêt. Vous essayez de lutter contre l’incendie avec votre petite lance, vous faites ce que vous pouvez. C’est très difficile de se préparer à ce genre de chose.

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Comment les pompiers se préparent-ils pour faire face à ce type de phénomène ?

On a rarement assez de moyens pour lutter contre des incendies qui font plusieurs centaines, voir plusieurs milliers d’hectares. Nous essayons donc de les anticiper en mobilisant des personnels et en positionnant des moyens sur le terrain. L’objectif est d’être en mesure d’intervenir le plus vite possible dès qu’il y a un départ de feu afin qu’il prenne le moins d’importance possible.

« Le feu se déplace très vite, en moyenne il parcourt 1.500 mètres par heure »

Il y a eu un départ de feu lundi dans le sud du Vaucluse. Nous avons donc prépositionné des moyens à la frontière du département et avons attendu le feu. On ajuste ce dispositif en fonction du risque météo. Des experts de Météo France analysent les températures, le vent, la sécheresse. Le département est divisé en neuf zones. Sept d’entre elles aujourd’hui sont au niveau de risque maximum.

Le vent est-il le pire ennemi des pompiers ?

C’est effectivement un facteur que l’on subit et qui constitue l’un des principaux risques. Dès qu’il y a du vent, le feu se déplace très vite, en moyenne à 1.500 mètres par heure.

Quelle est leur priorité sur le terrain ?

La priorité, c’est de secourir les personnes qui peuvent être menacées directement par l’incendie. S’il faut évacuer de zones, on les évacue. La difficulté que nous avons de plus en plus, ce sont des maisons situées dans les pinèdes, qui ne sont pas forcément débroussaillées. C’est un combustible parfait pour les incendies. On essaie de mener des opérations de prévention, on rappelle aux gens qu’ils sont obligés de débroussailler.