Baisse des aides au logement: «Pour les plus précaires, ces 5 euros en moins à la fin du mois sont redoutables»

LOGEMENT Pour Claire Hédon, présidente d’ATD-Quart Monde France, cette mesure d’économie budgétaire annoncée par le gouvernement va faire très mal aux ménages les plus précaires et, selon elle, il y a bien mieux à faire…

Propos recueillis par Fabrice Pouliquen

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Une personne tient un document de demande de logement social dans un bureau d'aide sociale, le 30 Janvier 2012 à Tours.
Une personne tient un document de demande de logement social dans un bureau d'aide sociale, le 30 Janvier 2012 à Tours. — ALAIN JOCARD / AFP
  • Le ministère de la Cohésion des territoires a confirmé samedi la baisse à compter d’octobre des aides au logement de cinq euros par mois et par foyer.
  • Pour Claire Hédon, présidente d’ATD-Quart Monde France, faire croire que cette somme n’est pas grand-chose, un argument mis en avant par les Macronistes, est indécent.
  • Elle estime que l’Etat aurait bien plus intérêt à subventionner la construction de logements très sociaux et réaliser ainsi des économies sur les APL versées pour les logements privés.

« Si à 18 ans vous commencez à pleurer parce qu’on vous enlève cinq euros…. Qu’est-ce que vous allez faire de votre vie ? » La baisse de cinq euros par mois et par foyer des aides personnalisées au logement (APL) ne pose visiblement pas de problème à la députée En Marche !, Claire O’Petit, rapporte le Huffington Post.

Cette mesure d’économie budgétaire a été confirmée samedi par le ministère de la Cohésion des territoires et s’appliquera à compter d’octobre. Elle était prévisible tant le gouvernement Edouard Philippe multipliait ces dernières semaines les attaques contre le système des aides au logement français, jugé trop coûteux et pas assez efficace.

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Plusieurs ONG et associations ne décolèrent pas pour autant ce lundi. C’est le cas d’ATD-Quart Monde qui fustige notamment ces remarques consistant à dire que ces cinq euros à la fin du mois ne sont pas grand-chose. Claire Hédon, présidente d’ATD-Quart Monde France répond à 20 Minutes.

« Nous dépensons deux fois plus que nos voisins dans l’aide au logement et pourtant les Français continuent d’éprouver des difficultés à se loger »…. Partagez-vous ce constat de Gérald Darmanin, ministre des comptes publics, exprimé jeudi dernier ?

Nous sommes d’accord pour dire que le système actuel ne fonctionne pas. Il mécontente tout le monde. L’État, qui trouve qu’il dépense trop, comme les bénéficiaires qui trouvent que les loyers restent trop élevés. Nous sommes aussi d’accord avec le deuxième constat qui consiste à dire que les aides au logement ont probablement augmenté le montant des loyers. C’est flagrant même sur le marché du logement étudiant. Des loueurs gonflent les prix en disant à l’étudiant de ne pas s’inquiéter, qu’il ne paiera pas tant parce qu’il touchera des APL. Nous sommes du coup d’accord sur un troisième constat du gouvernement : il faut réformer le système général des aides au logement en France, mais nous ne sommes pas du tout d’accord sur la solution préconisée.

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Les partisans de cette mesure estiment que ces « 5 euros » sont au final une « petite somme », « ne représentant pas grand-chose »…

Pour le commun des mortels, peut-être, cette somme n’est pas grand-chose. Mais pour les foyers en situation de précarité, ces 5 euros en moins à la fin du mois sont redoutables. Un allocataire du RSA bénéficiaire de l’APL touche 472 euros par mois. Dans les grandes métropoles, une fois les dépenses courantes déduites, il lui reste 58 euros pour se nourrir. Soit moins de deux euros par mois. Neuf millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté de 1.000 euros par mois en France. Parmi eux, 2,3 millions de personnes doivent même faire avec moins de 640 euros par mois. Ce sont ces publics les plus précaires qui subiront de plein fouet cette baisse de 5 euros par mois des aides au logement à compter d’octobre et faire croire que ce n’est pas grand-chose est indécent.

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Quelle aurait été selon vous une meilleure mesure à prendre ?

Baisser uniformément de cinq euros par mois les aides au logement devrait permettre à l’État d’économiser 32 millions d’euros par mois. Non seulement donc, on réalise cette économie en touchant aux aides destinées au plus pauvres, mais le résultat escompté est minime. On n’est pas du tout dans la réforme d’ampleur de l’aide au logement que dit vouloir entreprendre le gouvernement. On peut faire mieux. Il faut une vraie réforme structurelle du système. A ATD-Quart Monde, on entend souvent des personnes en grande précarité nous dire : « Moi, je n’ai jamais pu accéder au logement social parce que c’est trop cher, je n’ai pas les revenus suffisants. » Ça ne va pas du tout.

Bien souvent, les villes, lorsqu’elles font les efforts, construisent des logements sociaux. Mais l’État devrait subventionner plus fortement aussi la construction de logements très sociaux, autrement dit aux loyers très minorés et dont le montant serait fixé en fonction des ressources de leurs occupants. A long terme, l’État y gagnerait en versant moins l’APL en logement privé. Le problème, c’est que c’est une politique à long terme quand les gouvernements qui se succèdent raisonnent à un horizon de cinq ans.

Et vous, que pensez-vous cette baisse mensuelle de « 5 euros »  décidée par l'Etat? Qu'est-ce que cette somme représente pour vous? Pas grand chose ou, au contraire, beaucoup de choses... Pouvez-vous nous dire lesquelles à contribution@20minutes.fr