Saint-Etienne-du-Rouvray: Donneurs d’ordre, complices… Un an après l'assassinat du père Hamel, où en est l’enquête?

TERRORISME La justice tente de savoir si les deux tueurs du père Hamel, assassiné alors qu'il célébrait une messe dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), avaient des complices…

Thibaut Chevillard

— 

Des policiers montent la garde devant l'église Saint-Etienne à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 27 juillet 2016.
Des policiers montent la garde devant l'église Saint-Etienne à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 27 juillet 2016. — AFP
  • Le 26 juillet 2016, deux djihadistes ont tué un prêtre dans une église à Saint-Etienne-du-Rouvray.
  • Un an après, les enquêteurs essaient de savoir s'ils avaient des complices.

Mardi 26 juillet 2016, 9h25. Deux hommes pénètrent dans l’église de Saint-Etienne du Rouvray, dans la banlieue de Rouen (Seine-Maritime), armés d’un couteau et d’un pistolet de collection. Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, 19 ans, tous deux fichés « S », s’avancent vers le père Jacques Hamel, 85 ans, et le tuent en lui donnant plusieurs coups de couteau à la gorge. Un paroissien de 86 ans, à qui ils avaient demandé de filmer l’assassinat avec un téléphone, est lui aussi grièvement blessé par les deux djihadistes devant son épouse.

>> A lire aussi : A Saint-Etienne-du-Rouvray, les voisins ont reconnu l'un des terroristes

Les deux assaillants sont finalement abattus par la police en sortant de l’église. « Nous sommes encore au début de l’enquête », explique à 20 Minutes Me Méhana Mouhou, l’avocat du couple de paroissiens. La justice tente toujours, dit-il, d’identifier « les donneurs d’ordre et les complices » d’Adel Kermiche et d’Abdel Malik Petitjean. 20 Minutes fait le point sur les investigations menées par les policiers de la sous-direction antiterroriste.

Qui est derrière l’attaque ?

L’attaque avait été revendiquée par Daesh quelques heures après. L’organisation terroriste avait diffusé, le lendemain, une vidéo montrant les deux djihadistes prêter allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi. Un an après, les enquêteurs attendent des retours d’informations de la zone irako-syrienne, d’où les deux jeunes gens ont été téléguidés par Rachim Kassim. Ce Français de 29 ans, originaire de Roanne (Loire), est considéré comme l’un des propagandistes francophones les plus dangereux du groupe Etat Islamique.

>> A lire aussi : Telegram, la dernière application mobile privilégiée par Daesh pour communiquer

Parti en Egypte en 2012, il est notamment suspecté d’avoir inspiré Larossi Abballa, qui avait tué en juin 2016 un couple de policiers à Magnanville, dans les Yvelines. Rachid Kassim communiquait avec Abdel Malik Petijean sur Telegram. Il lui avait notamment conseillé de s’attaquer à un « petit bar, une terrasse de café » ou à une boîte de nuit. Selon une information des services secrets américains transmise à la DGSE, Rachim Kassim a été tué en février dernier par une frappe de drone de la coalition internationale dans la région de Mossoul, en Irak.

Comment les deux terroristes sont-ils entrés en contact ?

C’est aussi via Telegram que les deux tueurs du père Hamel se sont rencontrés, quelques jours seulement avant l’attaque. Abdel Malik Petijean échange sur la messagerie cryptée avec Rachid Kassim. Adel Kermiche, sorti de prison et assigné à résidence avec un bracelet électronique pour avoir tenté de rejoindre la Syrie en 2015, anime de son côté une chaîne de discussion depuis son domicile. Il y préconise déjà une attaque au couteau dans église.

>> A lire aussi : «Tu prends un couteau, tu vas dans une église», conseillait Kermiche

Dans la nuit du 21 au 22 juillet, Abdel Malik Petijean contacte Adel Kermiche sur la messagerie cryptée. Ce dernier lui conseille de venir à Rouen. Le 23 juillet, le père d’Adel Kermiche refuse d’héberger Abdel Malik Petijean car il ne le connaît pas. Il passe la nuit dans un parc et communique avec son complice sur Telegram. Le 25 juillet, ils se rendent à l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, mais elle est fermée. Ils reviendront le lendemain.

Avaient-ils des complices ?

Deux hommes, suspectés d’avoir été au courant du projet des deux terroristes, ont été mis en examen.

  • Farid K., 31 ans, a été mis en examen le 31 juillet 2016 pour « association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation de crimes d’atteinte aux personnes » et placé en détention provisoire. L’homme, un cousin de Petitjean originaire de Nancy, « avait parfaitement connaissance, si ce n’est du lieu et du jour précis, de l’imminence d’un projet d’action violente de son cousin », avait indiqué le parquet de Paris dans un communiqué. Une arme à feu et des dessins représentant des drapeaux de Daesh avaient été découverts dans son appartement.
     
  • Yassine S., 22 ans, a été mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » et placé en détention provisoire le 12 août 2016. Originaire de la banlieue toulousaine, inconnu des services de renseignement, il était rentré en contact avec Adel Kermiche sur la messagerie Telegram. Deux jours avant l’attentat, il avait rejoint les deux terroristes à Saint-Étienne-du-Rouvray et en était reparti le lendemain. Les enquêteurs le soupçonnent, lui aussi, d’avoir eu connaissance du projet d’attentat. Ce qu’il nie farouchement.

Deux autres hommes ont également été mis en examen mais ne sont pas directement liés à l’attentat.

  • Omar C., 20 ans, a été mis en examen le 29 juillet 2016 pour « association de malfaiteurs terroriste ». Deux jours avant l’attentat, les policiers avaient découvert dans un téléphone au domicile de cet homme fiché « S », une vidéo d’Abdel Malik Petijean, dans laquelle celui-ci prêtait allégeance à Daesh et évoquait « une action violente ».

>> A lire aussi : Faut-il rendre public le nom des terroristes?

  • Un mineur de 18 ans, habitant à Rouen, a été mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » le 24 juillet 2016 et placé en détention provisoire. En mai 2015, il avait tenté de partir avec Adel Kermiche en Syrie. Mais un mandat d’arrêt ayant été délivré à leur encontre par la justice française, ils s’étaient fait refouler de Turquie. L’adolescent avait alors été placé sous contrôle judiciaire. Le 12 juillet 2016, il avait de nouveau tenté de partir en Syrie. Cette fois, il avait été interpellé à Genève, en Suisse.