Saint-Etienne-du-Rouvray: «On a pris conscience que personne n’est protégé à 100%, y compris nous, les religieux»

SAINT-ETIENNE DU ROUVRAY À l’image du reste de la population, les religieux expliquent avoir appris à vivre avec la menace terroriste, un an après le meurtre du père Hamel à Saint-Etienne-du Rouvray (Seine-Maritime)…

Hélène Sergent

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Célébration sous haute protection en hommage au père Jacques Hamel à la cathédrale Saint-Denis le 31 juillet 2016
Célébration sous haute protection en hommage au père Jacques Hamel à la cathédrale Saint-Denis le 31 juillet 2016 — DOMINIQUE FAGET / AFP
  • Il y a un an, deux jeunes hommes pénétraient dans l’église de Saint-Étienne du Rouvray, assassinaient le père Hamel et blessaient un paroissien
  • Les deux assaillants ont été tués par les forces de l’ordre lors de leur intervention
  • En 2016, 1.050 atteintes aux lieux de culte ont été relevées par le ministère de l’Intérieur

L’office avait démarré trente minutes plus tôt. Lorsqu’Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean ont fait irruption dans l’église de Saint-Étienne du Rouvray ce 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel venait de célébrer la messe aux côtés de cinq fidèles de la paroisse. L’attaque et l’assassinat du prêtre dans l’enceinte du bâtiment religieux ont profondément choqué les croyants de l’ensemble des religions pratiquées en France.

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Cibles identifiées depuis de nombreuses années par les autorités, les édifices catholiques, juifs ou musulmans font l’objet d’une surveillance accrue depuis la vague d’attentats initiée en janvier 2015. L’attaque de Saint-Étienne du Rouvray a éveillé les inquiétudes des fidèles et des officiants. Une hypervigilance partagée par l’ensemble de la société, selon les religieux.

Une certaine vulnérabilité 

À 34 ans, le père Julien Dupont gère la paroisse du centre-ville de Poitiers (Vienne), qui compte près de 30.000 habitants. « Il y a des inquiétudes légitimes, on sait qu’il est impossible de sécuriser les 45.000 églises. L’assassinat du père Hamel a suscité une prise de conscience : personne n’est protégé à 100 %, y compris nous, les religieux ». Au quotidien, le prêtre assure être plus « attentif » lors de la messe mais refuse de rompre avec la tradition « d’accueil universel de l’Église ».

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Il y a quelques mois pourtant, Julien Dupont a été obligé de faire appel au commissariat de sa commune. « Une personne, déjà signalée, est entrée dans l’église pendant la messe et a commencé à prendre des photos. Nous avons contacté la police et une protection discrète a été mise en place dans l’église après cet incident ». Au sein de l’évêché, pas question de « surjouer » confie le jeune prêtre : « Bien sûr, on nous a transmis des consignes de vigilance habituelles mais on sent qu’il y a une volonté de sérénité ».

Un désir d’apaisement couplé à une meilleure coopération entre paroisses et forces de l’ordre analyse le père Cédric Burgun, maître de conférences en droit canonique. « Les prêtres, les paroisses et les évêchés travaillent avec les préfectures et les commissariats locaux. Quand on organise des célébrations susceptibles d’attirer plus de monde, on prévient les forces de l’ordre. Et à l’inverse, il arrive que les préfectures viennent vers nous lorsqu’une menace plus accrue est identifiée », explique le prêtre.

À l’image du père Dupont, Cedric Burgun n’a pas constaté de « baisse de pratique religieuse » depuis l’attentat de Saint-Etienne du Rouvray : « Je sens une sorte de vigilance communautaire, les paroissiens sont plus attentifs, mais je ne crois pas qu’il y ait une véritable crainte à se rendre dans les lieux de culte ».

Une attention particulière sur les sites chrétiens

Quelques jours après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en janvier 2015, le ministre de l’Intérieur de l’époque Bernard Cazeneuve annonçait la mise en place d’une mission de coordination de la protection des lieux de culte pilotée par un préfet. Objectif : protéger et préconiser des mesures de prévention, avec les acteurs de l’Etat et les représentants des cultes.

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Son successeur, Bruno Le Roux a détaillé en février dernier le dispositif de protection dédié aux églises, mosquées et synagogues. Contacté par 20 Minutes, l’Intérieur a fait savoir qu’actuellement « 821 sites juifs, dont 434 en Ile de France, 1098 sites musulmans et 2441 sites chrétiens font l’objet d’une surveillance dans le cadre de patrouilles de la police nationale, de la gendarmerie ou des forces armées ».

Objet d’attentions particulières, les sites chrétiens auraient été davantage visés par des atteintes diverses que les sites d’autres religions ces dernières années. « Entre 2008 et 2016, les actes antichrétiens ont augmenté de + 245 %. Une grande partie est constituée par des actes de vandalisme (399), tandis que 191 vols d’objets cultuels ont été constatés. Certains ont un motif crapuleux. D’autres recouvrent des motivations idéologiques diverses. Enfin, beaucoup sont purement gratuits », expliquait alors la Place Beauvau.

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Enfin, Bernard Cazeneuve avait annoncé le financement d’équipements de sécurité et de vidéoprotection pour les édifices religieux. Douze millions d’euros ont ainsi été alloués en 2015 puis 2016. Cette année, l’enveloppe dédiée devrait s’élever à 5,8 millions d’euros.