Migrant sauvé par un skipper: «On faisait un tour en bateau pour s’amuser et lui il jouait sa vie»

TEMOIGNAGE Deux plaisanciers ont recueilli un migrant à bord de leur embarcation...

M.C.

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Le migrant irakien de 46 ans a été pris en charge par les secours.
Le migrant irakien de 46 ans a été pris en charge par les secours. — La Voix du Nord

Un épisode « que je n’oublierai jamais », raconte Patrick Leroy. Le skipper de 49 ans, qui était parti faire une balade en mer depuis le port de Gravelines (Nord), dimanche 16 juillet, a recueilli sur son bateau un migrant irakien épuisé qui tentait de rejoindre l’Angleterre à bord d'un radeau de fortune.

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Alors qu’ils se trouvaient à plus de deux kilomètres de la côte, vers 8h du matin, les deux hommes remarquent quelque chose à la surface de l’eau. Ils réalisent qu’il s’agit d’un homme. « Je lui ai dit de patienter, il ne m’a pas répondu en français, raconte Patrick à La Voix du Nord. J’ai pensé à un migrant ».

« Nous on faisait un tour en bateau pour s’amuser, et lui il jouait sa vie »

Les deux amis font monter l’homme à bord de l’embarcation. Il s’est confectionné une tunique avec des sacs poubelles et porte une ceinture de bouteilles d’eau qui lui sert de gilet de sauvetage. Ils parviennent à échanger quelques mots en anglais. L’homme s’appelle Massoud. « You are a strong man », lui dit Patrick. « C’est évident qu’il avait passé beaucoup de temps dans l’eau. Il était froid, il avait les extrémités bleues… Je pensais qu’il était parti depuis quelques heures, raconte le skipper.

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En réalité, l’homme de 46 ans, de nationalité irakienne, s’est mis à l’eau la veille vers 23h, avec l’espoir de rejoindre les côtes anglaises, à 40 km de là. « Il était complètement parti à la dérive à l’est. C’est évident qu’il n’avait vraiment aucune chance d’y arriver », juge Patrick, qui se dit « estomaqué » par le courage et la détermination de Massoud : « Faut y aller quoi : enfiler le t-shirt, le sac poubelle, prendre les bouteilles d’eau et se mettre à l’eau… C’est vraiment impensable. Il faut vraiment être à la fois désespéré […] et puis extrêmement déterminé et extrêmement courageux ».

« Il y a ce gros décalage : nous on est en pleine forme, on va bien, on fait un tour en bateau pour s’amuser, il faisait beau… Et lui il était là et il jouait sa vie », note Patrick. Une fois à terre, Massoud est pris en charge par les secours. « Je lui ai serré la main, on s’est regardés longuement dans les yeux, se souvient Patrick. C’était un peu particulier. »