Un homme porte un t-shirt demandant justice pour Adama Traoré, mort en juillet lors de son interpellation par la police.
Un homme porte un t-shirt demandant justice pour Adama Traoré, mort en juillet lors de son interpellation par la police. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

ENQUETE

Mort d'Adama Traoré: Le jeune homme serait décédé avant l'arrivée des secours

Les médecins venus lui porter secours à la gendarmerie n’auraient pas eu l'ensemble des informations leur permettant de tout mettre en œuvre pour le sauver...

Quand la nouvelle se répand dans la nuit du 19 juillet 2016, des villes de la grande banlieue parisienne s’embrasent : un jeune Noir serait mort lors de son arrestation. Un an plus tard, l’enquête sur la mort d’Adama Traoré se poursuit. Sa famille mène sans relâche le combat pour obtenir « vérité et justice ».

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Pour la famille Traoré - 17 enfants dont Adama -, la dernière expertise médicale qui confirme un décès par asphyxie a clos les débats : le jeune homme est mort, selon eux, des suites d’un « plaquage ventral », la technique controversée qu’ont employée les gendarmes pour le maîtriser. La dernière expertise est plus nuancée: certes le jeune homme de 24 ans est mort par asphyxie mais des problèmes cardiaques, non décelés de son vivant, ont été relevés. Reste à savoir si Adama Traoré a succombé des suites de cette pathologie cardiaque ou des conditions de son interpellation, un état de stress intense, précédé par une course-poursuite avec les gendarmes. Ou des deux.

« Le mec il convulse pas, il est mort, il est en arrêt »

Une nouvelle expertise technique sur les enregistrements sonores des échanges du Samu, que L’Obs a pu consulter, apporte en revanche de nouvelles informations sur sa prise en charge. Les médecins venus lui porter secours à la gendarmerie n’auraient pas eu l'ensemble des informations leur permettant de tout mettre en œuvre pour le sauver. Les particiens affirment ainsi avoir été « envoyés sur un faux truc », avec un « bilan » ne correspondant pas à la réalité.

Ils se disent « un peu surpris là, en fait » de découvrir la victime en arrêt cardio-respiratoire, alors qu’ils ont seulement été informés (sans que l’on sache par qui) d’une « crise convulsive, durée trois minutes » avec « antécédent épilepsie ». Ainsi, Adama Traoré serait mort avant même l’arrivée des secours. « Ben nous non plus, et le mec il convulse pas, il est mort, il est en arrêt […] on sort pas pour ça, on sort pour une crise convulsive […] Ça change tout, voilà. Donc le contexte est un peu tendu parce que c’est une interpellation » (sic), dit le personnel du Samu présent à la gendarmerie lors d’un échange radio.

D’après une contre-expertise demandée par la famille d’Adama Traoré en juin, le jeune homme est bien mort par asphyxie. Ces conclusions contredisent les déclarations de l’ex-procureur de Pontoise, Yves Jannier, aujourd’hui avocat général près de la cour d’appel de Paris. Les deux experts qui ont réalisé cette contre-expertise affirment dans leurs conclusions qu’« aucun signe ne permet d’évoquer un état infectieux antérieur » chez la victime.

En un an, le jeune homme mort lors de son arrestation a été érigé en symbole de la lutte contre les « violences policières » et la stigmatisation des jeunes hommes des quartiers populaires.