Polyhandicapée privée de son fauteuil: Les compagnies aériennes font-elles preuve de mauvaise volonté?

HANDICAP Le transport de voyageurs en situation de handicap moteur n’est pas toujours compatible avec la sécurité de mise dans les avions…

Laure Gamaury

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(Photo d'illustration) Un service de transport à la demande pour personne handicapée a été mis en place par la communauté urbaine de Marseille.
(Photo d'illustration) Un service de transport à la demande pour personne handicapée a été mis en place par la communauté urbaine de Marseille. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Elles ont vécu un véritable cauchemar. Une mère et sa fille polyhandicapée ont rencontré de gros soucis sur un vol entre Barcelone et Paris avec la compagnie low cost Vueling. Amarantha, la maman a témoigné dans Le Parisien de la différence de traitement réservée à Lucy, sa fille, entre l’aller et le retour.

Le 14 juillet, lors du vol retour donc, elle n’a pu installer la jeune femme polyhandicapée dans l’équipement sur mesure réalisé à ses frais par un orthoprothésiste, pour des raisons de sécurité alors qu’elle avait voyagé ainsi à l’aller. Ce n’est pas le premier cas de « dysfonctionnement » relevé dans le transport de personnes en situation de handicap. Il y a quelques semaines, un Japonais a dû ramper pour accéder à l’appareil dans lequel il voyageait et début juillet, une Française a signalé que la compagnie United Airlines avait détruit le fauteuil roulant de son frère durant le transport entre la France et les Etats-Unis.

20 Minutes s’est penché sur les raisons de la discorde.

La sécurité avant tout

« Ce n’est pas juste un caprice quand les commandants de bord décident de ne pas embarquer un passager », indique un expert en sécurité des vols, qui préfère rester anonyme. Si ces affaires sont généralement très relayées sur les réseaux sociaux, et « la compagnie aérienne pointée du doigt », les causes de ces refus sont sécuritaires, que ce soit la sécurité des voyageurs, des lieux ou du passager lui-même.

« Les chaises roulantes, on sait faire, on en transporte des milliers rien qu’en France chaque année ». Ces cas seraient donc exceptionnels pour l’expert interrogé. Pour lui, de telles affaires surgissent donc ponctuellement et pour des raisons précises : un dossier mal renseigné au moment de la réservation ou un passager intransportable en raison de l’impossibilité d’adapter l’avion à son handicap. « Oui, la compagnie aérienne peut refuser de transporter une personne en situation de handicap ». Et pour cause, « Un avion c’est un véhicule qui se balade en 3D. Les notions de sécurité sur un vol sont donc bien plus complexes que dans un train par exemple ».

Dans le cas de Lucy, la jeune femme polyhandicapée, sa mère avait pris contact avec la compagnie aérienne Vueling, pour connaître les dimensions de leurs sièges et faire réaliser un équipement sur-mesure. Une enquête interne a été ouverte par la compagnie, qui s’est excusée auprès de la famille. Cette dernière a cependant affirmé qu’elle allait porter plainte pour discrimination.

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Le maître-mot : anticiper

Les législations nationale et européenne obligent les compagnies aériennes à transporter les personnes en situation de handicap. Il existe plusieurs catégories et précisions concernant l’autonomie de la personne transportée. Pour les personnes en fauteuil roulant précisément, il est nécessaire de communiquer sur les dimensions et le type d’équipement, manuel ou électrique, et le cas échéant sur le type de batterie – sèche, en gel ou au lithium, les liquides étant interdites à bord -.

Blandine, qui se définit comme handivoyageuse, tient le blog 1000decouvertes4roulettes.com, où elle raconte ses nombreux voyages, seule ou accompagnée, mais toujours avec son fauteuil. Dans son article « Prendre l’avion en fauteuil roulant : mon expérience avec Ryanair », elle fournit un mode d’emploi pour gérer au mieux son voyage en avion quand on vit sur un fauteuil. Parmi ses conseils, on retiendra d’éviter les correspondances au maximum, de protéger son équipement en enlevant les éléments amovibles, de prendre des photos avant/après pour avoir des preuves en cas de dommages, et surtout d’anticiper en communiquant avec la compagnie.