Noyades: Les Français savent-ils (vraiment) mieux nager?

SECURITE La maîtrise de la nage progresse en France mais il y a encore des progrès à faire selon une nouvelle étude publiée ce mardi…

Arian Karimi

— 

Les maitres-nageurs de la Protection civile durant la visite inaugurale de l'amenagement des berges de la Seine rive gauche
Les maitres-nageurs de la Protection civile durant la visite inaugurale de l'amenagement des berges de la Seine rive gauche — FABIEN DE SERRES/SIPA
  • En 2016, 1 Français sur 7 déclarait ne pas savoir nager, selon une étude parue ce mardi par l’agence sanitaire Santé publique France.
  • Toutefois, la maîtrise de la nage progresse : en 2016, 83,7 % des 15-75 ans vivant en France métropolitaine déclaraient savoir nager contre 81,3 % en 2010.
  • 500 personnes meurent noyées chaque été en France

Les Français sont-ils de bons nageurs ? Au vu des récents résultats de l’équipe de France de natation aux mondiaux en Hongrie et ceux des Jeux Olympiques de Rio en 2016, oui. Concernant la population française, les choses sont plus compliquées.

Santé publique France a entrepris une enquête téléphonique pour répondre à cette question. L’Agence sanitaire a interrogé des milliers de Français entre 15 et 75 ans*. Et les résultats sont plutôt encourageants. En 2016, 83,7 % des sondés déclaraient savoir nager, selon l’étude publiée ce mardi dans son Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH). C’est plus de 2 points de mieux qu’en 2010 où seulement 81,3 % des personnes interrogées affirmaient savoir nager. Mieux encore, 95 % des 15-24 ans se déclaraient être apte à la nage.

Une priorité nationale

Selon les auteurs de l’étude, cette amélioration « significative » s’explique notamment par différentes décisions de l’administration française. Une circulaire du 19 octobre 2010 indiquait qu'« apprendre à nager à tous les élèves est une priorité nationale, inscrite dans le socle commun de connaissances et de compétences ». Depuis 2015, l’Education nationale délivre également une attestation « savoir nager » qui uniformise les tests d’aptitude à la nage pour les élèves des écoles élémentaires et des collèges.

L’éveil aquatique est également devenu une des priorités de la Fédération française de natation. Il permet de familiariser l’enfant entre 0 et 6 ans avec l’eau et ainsi lui faire apprendre plus facilement la nage.

>> A lire aussi : Noyades: «On peut même se noyer dans un pédiluve» alerte l’association de prévention des accidents en piscines

Des déclarations trop optimistes ?

Mais tout n’est pas rose. Le rapport indique qu’un Français sur 7 ne sait toujours pas nager. C’est mieux que le précédent sondage des baromètres santé de 2010 (1 Français sur 5), mais toujours considérable. D’autant que les sondages par téléphone ont tendance à gonfler les chiffres. Une étude néo-zélandaise sur des étudiants en sport parue en 2012 l’affirme : « Il peut exister une différence entre la capacité à nager déclarée et la capacité à nager mesurée par des tests de natation ».

Vincent Hamelin, responsable à la Fédération française de natation confirme. « La vraie capacité à savoir nager va être évaluée par des professionnelles au bord de l’eau. […] les études de terrain montrent qu’en général un élève sur deux ne sait toujours pas nager en sixième. »

Si ces résultats sont éloignés des déclarations, c’est aussi parce que les tests de la Fédération française de natation sont basés sur des critères plus exigeants. Les nageurs sont évalués selon leur capacité à se maintenir, s’orienter et se déplacer sous l’eau. Vincent Hamelin résume : « Nager 50 mètres ne veut pas dire savoir mettre la tête sous l’eau. En mer, la première vague arrive et vous pouvez vous noyer… »

>> A lire aussi : Vacances: La France, ce pays où on croit savoir nager

Pas tous égaux devant l’apprentissage

L’enquête montre également des disparités entre jeunes et personnes âgées. Ainsi seulement 64,7 % des Français âgés de 65 ans et plus se déclarent aptes à la nage.

« L’apprentissage de la nage à partir des années 1960, notamment en milieu scolaire, est probablement à l’origine de l’amélioration considérable de l’aptitude à la nage de la population […] Cependant, encore beaucoup des 55-75 ans ne savent pas nager. », analyse l’équipe de chercheurs en charge du baromètre 2016 dans le BEH, qui rappelle que l’apprentissage « peut se faire à tout âge ».

On a également moins de chance de savoir nager selon sa catégorie sociale, son lieu d’habitation, son sexe et sa condition économique. Un homme de moins 65 ans possédant un diplôme d’étude supérieur a plus de chance de savoir nager qu’un autre. Tout comme celui qui habite en Ile-de-France par rapport à un habitant du Nord-Pas De Calais. Et même s’il a fortement reculé, l’écart entre hommes et femmes reste important : ces dernières déclarant moins souvent savoir nager (78 % en 2016 contre 89 % des hommes).

L’étude préconise donc un apprentissage de la natation dès le plus jeune âge, mais aussi pour les séniors, les femmes et les personnes de condition modeste, en concentrant davantage d’effort dans certaines régions. Sinon, c’est la noyade… En France, 500 décès accidentels sont comptabilisés chaque été.

*Les questions sur la capacité à nager ont été posées à 7.042 personnes en 2010 et 4.315 en 2016 lors des enquêtes du Baromètre santé 2010 et 2016.