Pagaille dans les aéroports: Pourquoi de tels embouteillages aux contrôles de sécurité?

TRANSPORTS Les passagers sont en colère, les agents de la PAF débordés et les compagnies aériennes fulminent…

Delphine Bancaud
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Des soldats à Roissy, en juin 2016.
Des soldats à Roissy, en juin 2016. — ALAIN JOCARD / AFP
  • Orly, Roissy, mais aussi des aéroports de grandes villes et de proximité sont touchés par ce problème.
  • Il est en partie dû au renforcement des contrôles aux frontières.
  • Le gouvernement devrait annoncer ce mercredi des mesures pour améliorer la situation.

« Orly c’est une honte 2 heures debout pour la sécurité et 2 heures de retard pour le vol », s’indigne une voyageuse ce mercredi sur Twitter. Une colère qu’elle n’est pas la seule à éprouver car depuis plusieurs semaines, les files d’attente aux postes de contrôle de la police aux frontières (PAF) se multiplient, et le temps d’attente s’est fortement allongé dans les aéroports franciliens, mais pas uniquement.

« Le phénomène touche aussi désormais les aéroports de Lyon, Marseille, Nice Toulouse… Et même certains aéroports de proximité (où les contrôles sont effectués par les douanes) comme La Rochelle ou Carcassonne. C’est catastrophique », s’offusque auprès de 20 Minutes Nicolas Paulissen, délégué général de l’ Union des aéroports français.

Certains passagers font des malaises

Exemple à Orly, où les compagnies aériennes ont comptabilisé plus de 500 heures de retard pour l’ensemble des vols internationaux entre janvier et avril 2017 dues à l’engorgement de ces contrôles aux postes frontières. A Roissy, sur cette même période, les temps d’attentes aux contrôles supérieurs à trente minutes ont bondi de 70 % par rapport aux quatre premiers mois de l’année 2016. De nombreux voyageurs sont en colère, certains font même des malaises. « Et les petits aéroports de proximité ne sont pas équipés pour recevoir de tels flux. Les passagers doivent parfois patienter sur le tarmac, sous le soleil ou la pluie », constate Nicolas Paulissen.

Une situation tendue qui a de multiples causes : « La mise en œuvre de l’état d’urgence et la réintroduction de contrôles systématiques sur tous les vols en provenance ou à destination des pays de l’espace Schengen ont engendré un surcroît d’activité aux agents de la PAF. Ils sont obligés de faire des contrôles approfondis pour vérifier que certains passagers ne sont pas fichés ou recherchés », nous explique Julien Morcrette, secrétaire national d’Alternative Police, en charge de la PAF. « Tout cela s’effectue via une base de données centrale. Quand il y a peu de trafic, la captation d’informations prend 10 secondes, mais quand le flux de voyageurs est très important, les réseaux informatiques sont saturés », ajoute Guy Tardieu, délégué général de la Fédération nationale de l’aviation marchande.

Les agents de la PAF débordés

La situation s’est encore aggravée à la suite du renforcement par l’Union européenne des contrôles aux frontières extérieures de Schengen depuis avril. Par ailleurs, le trafic aérien a continué à s’accroître cette année. « Il progresse de 2,5 % par an. Et avec l’objectif de la France d’attirer 100 millions de touristes étrangers d’ici à 2020 dont 80 % emprunteront l’avion, la situation va encore s’aggraver », s’alarme Nicolas Paulissen.

Or, les effectifs de la PAF n’ont pas été renforcés, car on ne peut recruter et former en peu de temps de nouveaux agents. Mais les agents déjà en poste sont sacrément mis à contribution, comme le souligne Julien Morcrette : « Seulement 25 % des agents de la PAF sont autorisés à prendre un peu de vacances en juillet et en août. Et ceux qui travaillent font des vacations de 11 heures par jour avec 45 minutes de pause », affirme-t-il. « Ils sont aussi en première ligne pour recevoir le mécontentement des voyageurs. Et cela va parfois jusqu’à l’agression verbale. Pour l’instant, ils jouent le jeu, mais ils ne tiendront pas longtemps à ce rythme », poursuit-il. Les compagnies aériennes s’estiment aussi victimes de la situation. « Quand on atteint des retards de deux ou trois heures, cela entraîne des effets domino, souligne Guy Tardieu. Cela désorganise la rotation des avions, ce qui est extrêmement coûteux. »

Des solutions possibles pour améliorer la situation

Pour tenter de sortir de ce chaos, des représentants de l’UAF et de la Fnam ont été reçus à Matignon ce mardi. « Nous avons demandé l’accélération du déploiement des Parafe (sas de contrôle automatisé des passeports), en sollicitant des fonds européens. Et aussi la validation le plus rapidement possible de la reconnaissance faciale, qui est encore en expérimentation en France et permet de contrôler un passeport et son détenteur en moins d’une minute », indique Nicolas Paulissen.

« Nous souhaitons aussi le renforcement des moyens informatiques alloués à la PAF et aux douanes. Il faut ajouter des serveurs pour fluidifier le questionnement informatique », ajoute Guy Tardieu. « Par ailleurs, je pense qu’il faudrait supprimer les contrôles des voyageurs partant pour les Dom. Cela ferait descendre la pression à Orly », affirme-t-il. « A moyen terme, il faudrait aussi augmenter le nombre de postes alloués à la PAF », estime aussi Julien Morcrette. Selon nos informations, le gouvernement devrait faire des annonces ce mercredi soir sur les solutions qui seront déployées.