Affaire Grégory: « C’est de la folie… », confiait le juge Jean-Michel Lambert avant sa mort

JUSTICE Découvert mort à son domicile mardi soir, l’ancien juge Jean-Michel Lambert s’était confié officieusement, à de nombreuses reprises, à « 20 Minutes » ces dernières semaines…

Vincent Vantighem

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L'ancien juge Jean-Michel Lambert, en charge de l'affaire Grégory dans les années 1980, a été retrouvé mort à son domicile le 11 juillet 2017 (photo de 2004).
L'ancien juge Jean-Michel Lambert, en charge de l'affaire Grégory dans les années 1980, a été retrouvé mort à son domicile le 11 juillet 2017 (photo de 2004). — TRAVERS/SIPA
  • L’ancien juge Lambert a été retrouvé mort chez lui mardi soir.
  • Chargé de l’enquête sur la mort du petit Grégory en 1984, il avait été critiqué.
  • « 20 Minutes » a pu s’entretenir avec lui avant sa mort sur les derniers rebondissements de l’affaire.

Ces dernières semaines, Jean-Michel Lambert marchait beaucoup dans la nature pour « [s]’aérer la tête ». Mais l’ancien juge d’instruction ne pouvait s’empêcher, tous les matins, de lire les articles de presse consacrés aux derniers rebondissements de l’enquête menée sur la mort du petit Grégory. « C’est de la folie… », lâchait-il, à leur propos, le 15 juin.

>> Les faits: L'ancien juge Lambert retrouvé mort chez lui

Âgé de 65 ans, Jean-Michel Lambert a été retrouvé mort dans sa maison proche du Mans (Sarthe) mardi soir, a appris 20 Minutes d'une source proche du dossier, confirmant une information du Parisien. Selon les premiers éléments de l’enquête, son corps a été découvert dans son bureau avec un sac plastique noué sur la tête à l’aide d’un foulard.

En 1984, 229 dossiers à instruire parmi lesquels celui du petit Grégory

Trente-deux ans après, le récent travail des gendarmes pour tenter d’élucider les circonstances de la mort de Grégory Villemin, 4 ans, a fait remonter à la surface tous les errements de l’enquête initiale dont Jean-Michel Lambert était chargé en 1984. En guise de première affectation, il avait hérité du seul poste de juge d’instruction à Épinal (Vosges). Son bureau était alors encombré de 229 dossiers. Celui sur la mort du petit Grégory portait le numéro 180.

Le juge Jean-Michel Lambert, en 1985, lors d'une reconstitution dans l'enquête sur la mort du petit Grégory.
Le juge Jean-Michel Lambert, en 1985, lors d'une reconstitution dans l'enquête sur la mort du petit Grégory. - PATRICK HERTZOG / AFP

Mais, très critiqué pour sa gestion hasardeuse des témoins, sa proximité avec les journalistes et ses nombreuses erreurs de procédures, il en avait été dessaisi le 23 avril 1986 et « encouragé » à prendre une année sabbatique. Un épisode qui marquait encore aujourd’hui celui que l’on surnommait « le petit juge », en référence tant à sa taille qu’à sa réputation.

« Tout cela m’affecte évidemment et me trouble encore »

« Tout cela m’affecte évidemment et me trouble encore maintenant, nous confiait-il, il y a deux semaines. Mais c’est trop sensible. Je ne compte pas m’exprimer sur ce sujet avant la rentrée de septembre. » Du moins officiellement… Sous le sceau du « off », Jean-Michel Lambert ne pouvait, en effet, pas s’empêcher de ressasser encore et toujours les éléments du dossier, remis en lumière depuis le 14 juin.

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C’est à cette date que l’enquête a rebondi avec l’arrestation de Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory. « Je suis surpris, réagissait-il le lendemain. J’ai beau chercher dans ma mémoire. Je n’ai plus aucun souvenir d’eux… »

Cette « pauvre Murielle » Bolle

Les choses étaient en revanche beaucoup plus claires quand est venu, le 28 juin, le tour de Murielle Bolle. Cette « pauvre Murielle », comme la nommait Jean-Michel Lambert, est l’une des pièces du puzzle que les enquêteurs tentent de reconstituer pour éclaircir les circonstances de la mort du petit Grégory. Dans leur esprit, le garçonnet aurait été tué par une « équipe » constituée, entre autres, de Murielle Bolle et de son beau-frère, Bernard Laroche.

>> Enquête: Cette nuit où Murielle Bolle aurait été «recadrée» par sa famille

Placé en détention avant d’être libéré par le juge Lambert, Bernard Laroche a été abattu en 1985 par le père du petit Grégory qui était persuadé de sa culpabilité. Un drame qui « torturait » encore aujourd’hui le juge. « Pour moi, ce n’est pas possible. Il ne peut pas y avoir de charges contre Laroche », répétait-il le 21 juin, réfutant l’analyse des actuels enquêteurs.

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Les silences du juge Lambert sur Christine Villemin

Trente-deux ans après, Jean-Michel Lambert restait persuadé que Christine Villemin, la mère de Grégory, avait des choses à se reprocher dans cette affaire. Après l’avoir accusée d’être le « corbeau », il l’avait placée en détention, en 1985, avant qu’elle ne soit finalement blanchie. Mais quand ce sujet revenait sur le tapis ces dernières semaines, Jean-Michel Lambert se contentait, au téléphone, de répondre par un étrange silence qui en disait long sur sa conviction, toujours palpable.

Et cela en dépit de tout le travail effectué par son successeur, le juge Simon, qui a, lui, démontré « l’absence totale de charges » que l’on pouvait retenir à l’encontre de Christine Villemin. Le juge Simon ne s’était pas contenté de démentir le travail de son prédécesseur. Il avait aussi noté ses impressions dans de petits carnets dont BFM a révélé la teneur, mardi.

« On reste confondu devant les carences, les irrégularités, les fautes (…) ou le désordre intellectuel du juge Lambert. Je suis en présence de l’erreur judiciaire dans toute son horreur », avait-il inscrit dans l’un d’entre eux en 1988. Quasiment trente ans plus tard, l’horreur a encore franchi un palier dans cette affaire, mardi soir, dans une maison de la Sarthe.