Les femmes aux cheveux blancs, la nouvelle tendance qui dézingue les tabous

TENDANCE De plus en plus de femmes arborent fièrement leurs cheveux blancs et s’affranchissent des injonctions sociales qui contraignent les femmes à se conformer aux standards de beauté «jeunistes»…

Anissa Boumediene

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Les cheveux blancs ou gris sont hype chez les femmes, de plus en plus nombreuses à zapper les colorations capillaires.
Les cheveux blancs ou gris sont hype chez les femmes, de plus en plus nombreuses à zapper les colorations capillaires. — Wayne Tippetts/REX/REX/SIPA
  • Aurapavant cachés sous une coloration capillaire, les cheveux blancs sont tendance
  • De plus en plus de femmes arborent fièrement leurs cheveux blancs, s'affranchissant des «diktats» qui associent beauté et jeunesse
  • Dans cette mouvance, afficher ses cheveux blancs est en train de devenir un étendard féministe

Cachez ces cheveux blancs que l’on ne saurait voir ! Si vous êtes une femme et que vous avez des cheveux blancs, il y a fort à parier qu’une bonne copine saura vous glisser qu’elle vous préférait avant (quand vous faisiez des colorations), ou qu’un coiffeur armé d’un pinceau tentera de vous convaincre de teindre rapido les fils d’argent qui parcourent votre chevelure. Une situation qu’a vécue la journaliste du Monde diplomatique Mona Chollet et qu’elle raconte sur son blog La Méridienne. Mais de plus en plus de femmes s’affranchissent des injonctions sociales et arborent fièrement leur crinière argentée, prouvant qu’on peut être jeune et belle même en mode silver hair ou qu’on peut se moquer royalement de l’avis de ceux que ça pourrait déranger.

La peur panique du cheveu blanc

Si certaines se sentent plus libres et belles que jamais avec une chevelure grise ou blanche, il faut quand même être franchement bien dans ses baskets pour supporter les « ça fait négligé », « tu trouves pas que ça fait vieille ? » et autres « je te préférais avant ». Il faut dire que dans une société où tout renvoie à la jeunesse, afficher ses cheveux blancs au grand jour n’est pas toujours simple. Icône des années 1980, la chanteuse Lio en a fait les frais en s’affichant ces dernières années les cheveux gris, sans coloration. « Les réactions sur les réseaux sociaux ont été assez violentes. Moi je ne m’en occupe pas trop en général, mais mes filles si », confiait-elle il y a quelques jours à L’Obs, dénonçant une «  pression continue sur les femmes » et faisant de ses cheveux blancs le symbole de son combat féministe.

On entendrait presque chanter « les cheveux blancs, c’est tabou, on en viendra tous à bout »…

«La pensée dominante est ancrée dans un véritable culte de la jeunesse, constate Monique Grande, auteure spécialiste des questions de genre. On est encore dans une conception de la séduction où les femmes doivent rester jeunes pour plaire. C’est pourquoi voir une femme vieillir et qui s’accepte détonne encore aujourd’hui ». Et que le cheveu blanc chez la femme provoque ce qui relève de la peur panique. Le plus souvent, les critiques les plus virulentes adressées aux femmes ayant les cheveux blancs ou poivre et sel sont adressées par des femmes.

Chez les hommes, la question ne se pose pas (du tout) dans les mêmes termes. Injustice parmi les injustices, les standards de beauté veulent même que ces messieurs, comme le vin, se bonifient avec l’âge. A 27 ans, George What else ? Clooney, alors tout brun et occupé à jouer dans le nanar Le retour des tomates tueuses, n’avait clairement pas le même pouvoir de séduction qu’en version poivre et sel. Certes, quelques hommes refusent d’avoir des cheveux blancs et les teignent, pour un résultat pas toujours très subtil, mais globalement, la question existentielle et sociétale de trancher entre cacher et afficher ses cheveux blancs pèse très majoritairement sur les femmes. Pourquoi ?

La revanche des « blandes »

Dans Une apparition* (éd. Robert Laffont), la journaliste de mode Sophie Fontanel raconte comment, à 53 ans, elle a décidé d’arrêter de se teindre les cheveux et prône désormais la revanche des « blandes ».

Du jour au lendemain, et deux ans durant, elle a laissé pousser le blanc sous sa coloration. Un long processus à découvrir sous le hashtag #uneapparitionsophiefontanel. « Il y a toute une frange de femmes qui, sans renoncer à leur féminité, font simplement le choix de s’assumer telles qu’elles sont, de manière naturelle, en prônant une beauté sans artifice ». Une cure de jouvence même, car afficher ses cheveux blancs n’est pas forcément un signe de vieillesse. Pour Sophie Fontanel, qui a eu ses premiers cheveux blancs à l’adolescence, il s’agit même de rajeunir, « de retrouver mes 15 ans », confiait-elle fin 2015 après quelques mois sans teinture.

« J’ai eu mes premiers cheveux blancs avant 35 ans, se souvient Agnès, une internaute. J’en ai 55 maintenant et je suis plus sel que poivre. J’assume entièrement mes cheveux blancs », clame fièrement la quinqua, qui affiche toujours une « coupe impeccable » et qui a mis de la couleur dans sa garde-robe « pour ne pas faire mémé en deuil ». Un précepte fashion validé et adopté par la professionnelle de la mode, Sophie Fontanel, qui depuis qu’elle est « blande » a abandonné tout vêtement qui pourrait faire mémère.

Alors que dire à celles et ceux qui pensent que les cheveux blancs chez une femme ce n’est pas séduisant ? « Les femmes qui arrivent à un certain âge gagnent en maturité, en sérénité et en confiance en elles, analyse Monique Grande. Elles dégagent une force tranquille et la liberté qu’elles ont avec leur corps est très séduisant ». Dans son livre, Sophie Fontanel raconte ainsi avoir été abordée par un homme à la boulangerie et qui l’a suppliée : « Vous ne voudriez pas venir chez moi et expliquer à ma femme qu’elle serait sublime avec les cheveux blancs ? »

Un retour de hype

Mais le cheveu blanc s’arbore fièrement aussi chez les jeunes femmes. « Les premiers sont apparus à 17 ans, et jusqu’à il y a quelques mois je teignais mes cheveux et j’entretenais les racines, raconte Claire, une internaute. Mais j’ai décidé de les assumer », confie la jeune femme, qui a « une grande mèche sur la frange et quelques cheveux blancs par-ci par-là. C’est plus naturel et à 27 ans ça donne un certain charme ».

S’il faut feuilleter plusieurs pages d’un magazine féminin avant d’apercevoir des cheveux blancs, la planète mode s’est elle aussi emparée du silver power. Et on ne parle pas seulement du Kaiser Karl Lagerfeld, qui affiche sans complexe sa chevelure immaculée rue Cambon. Depuis un bon moment déjà, les marques ont compris que les porteuses de cheveux blancs appartiennent souvent à une catégorie au pouvoir d’achat élevé. Que ce soit les mannequins « senior » aux cheveux blancs de chez blancs, les canonissimes Carmen Dell’Orefice ou Catherine Loewe aperçues sur le catwalk de Jean-Paul Gauthier, ou les jeunettes qui succombent à la tendance des cheveux gris ou blancs, comme en attestent les hashtags #greyhair et #whitehair sur les réseaux sociaux, la hype des cheveux blancs et gris atteint des sommets.

YES or NO ❓• #hair #haircolor #hairstyle #hairgrey

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#CheveuxGris #NouvelleCoupe

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Une apparition, éditions Robert Laffont, en librairie le 17 août.