Attentat de Nice: «Ce drame nous a incités à revoir nos dispositifs de sécurité», explique l'un des patrons de la police

TERRORISME Un an après l'attentat de Nice, Pascal Lalle, patron de la direction centrale de la sécurité publique, a accordé une interview à «20 Minutes» pour expliquer comment la police sécurise les grands évèvements organisés cet été...

Thibaut Chevillard

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Pascal Lalle, directeur central de la sécurité publique
Pascal Lalle, directeur central de la sécurité publique — LCHAM/SIPA
  • Il y a un an, un terroriste fonçait avec un camion dans la foule venue assister au feu d'artifice du 14-Juillet sur la promenade des Anglais à Nice
  • L'attentat a tué 86 personnes.
  • La police a revu les dispositifs de sécurité des événements accueillant du public.

C’était il y a un an. Au volant d’un camion loué quelques jours plus tôt, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, un Tunisien de 32 ans, fonçait dans la foule massée sur la Promenade des Anglais, à Nice, pour assister au feu d’artifice du 14-Juillet. L’intervention des policiers de la sécurité publique a permis de stopper le terroriste dans sa course meurtrière et de limiter le nombre de victimes.

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A la tête de cette direction de la police nationale comptant près de 67.000 policiers, Pascal Lalle a accepté de répondre aux questions de 20 Minutes. Il détaille pour nous les dispositifs mis en place pour assurer la protection des événements festifs organisés notamment cet été.

L’attentat a révélé une nouvelle vulnérabilité, celle au risque d’un véhicule qui peut foncer dans la foule…

Ce n’était pas un risque spécialement pris en compte avant l’attentat de Nice. Ce drame nous a incités à revoir nos dispositifs de sécurité. Désormais, l’hypothèse d’une voiture bélier qui fonce dans la foule en faisant un grand nombre de victimes est systématiquement prise en compte sur la gestion des grands rassemblements de foule.

« Il y a eu une prise de conscience, on n’imaginait pas une telle violence, une telle horreur. »

Avant, les dispositifs de sécurité mis en place étaient plus souples. Il y a eu une prise de conscience, on n’imaginait pas une telle violence, une telle horreur. Mais nous sommes capables de nous adapter à l’évolution des risques afin que les gens puissent continuer à vivre normalement.

De quelle manière ?

Nous durcissons les zones sanctuarisées, c’est-à-dire qui accueillent du public. Nous le faisons de deux manières. D’abord, en déployant des obstacles pour empêcher l’entrée de véhicules dans un premier périmètre, une sorte de zone tampon. Il peut s’agir de plots en béton, de véhicules de police. Ensuite, en renforçant le contrôle d’accès des gens qui viennent assister aux spectacles. Pour entrer dans la zone sanctuarisée, ils font l’objet de palpations de sécurité, on leur demande d’ouvrir leurs sacs…

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Il s’agit de deux dispositifs qui sont concomitants et qui permettent d’obtenir un degré supérieur de sécurité. Dans toutes les villes où un feu d’artifice sera organisé, il y a aura ce type de dispositif. Pour les rassemblements en espace clos, comme des concerts, on est sur le schéma des fan zones, mises en place lors de l’Euro 2016. Ce n’est pas tout à fait la même configuration, déjà parce qu’elles ont une capacité limitée.

De quelle manière est désormais préparée l’organisation de ces grands événements de l’été, qu’il s’agisse de feux d’artifice, de festivals ou de concerts ?

Il y a une forte exigence des préfets et des responsables départementaux de la sécurité publique pour durcir la protection des sites où sont organisés ces événements festifs. Il y a des réunions préparatoires en amont, en présence des forces de sécurité, des organisateurs et des mairies. Elles ont pour objectif de mesurer l’impact et l’importance de ces manifestations, d’évaluer les risques et de prévoir les réponses à mettre en place.

« Pour les soirs des 13 et 14 juillet, environ 7.000 policiers de la sécurité publique seront mobilisés dans toute la France »

En outre, un travail de renseignement est toujours réalisé par le service central du renseignement territorial afin d’évaluer les risques. On ne peut pas exclure, en fonction du niveau de la menace, d’annuler un événement. Mais on essaie toujours d’anticiper et de faire en sorte que la menace ne puisse plus être exécutée.

Ces nouveaux besoins sont-ils bien pris en compte par les organisateurs ?

Il y a parfois des résistances, car transporter des grands plots en béton, pour les organisateurs ou les municipalités, cela a un coût. Mais nous, services de l’Etat, insistons beaucoup pour ne pas faire l’impasse là-dessus car cela renforce les autres dispositifs mis en place.

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En outre, les organisateurs de ces événements créent un besoin de sécurité, c’est donc normal qu’ils participent à leur sécurisation, en disposant d’agents de sécurité privée notamment. De plus en plus, nous sommes amenés à travailler avec eux comme nous travaillons déjà avec les polices municipales.

Combien de policiers de la sécurité publique seront mobilisés cette année pour les festivités du 14 juillet ?

Pour les soirs des 13 et 14 juillets, environ 7.000 policiers de la sécurité publique seront mobilisés dans toute la France, hors Paris, auxquels il faut ajouter les forces mobiles qui seront réparties en fonction des demandes. On est sur le même nombre d’effectifs que l’an dernier. Leur emploi diffère un peu, certains seront disposés sur les points de contrôle et d’autres seront mobiles, prêts à intervenir. A Nice, le dispositif sera très renforcé en raison des festivités, mais aussi des commémorations organisées et de la présence du président de la République.