Évacuation de migrants porte de la Chapelle: «Il faut un plan de répartition des migrants sur l’ensemble du territoire»

INTERVIEW Ce vendredi, près de 2.800 migrants ont été évacués des campements de la porte de la Chapelle à Paris, mais l’association France terre d'asile plaide pour la création de centres d’accueil sur l’ensemble du territoire pour répondre efficacement à la question migratoire…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Plus de 2.000 migrants ont été évacués de campements dans le nord de Paris, le 7 juillet 2017.
Plus de 2.000 migrants ont été évacués de campements dans le nord de Paris, le 7 juillet 2017. — AFP/Eric FEFERBERG

Ils étaient près de 2.800 migrants à quitter ce vendredi matin les campements sauvages de la porte de la Chapelle, dans le nord de Paris. Une trente-quatrième évacuation du même type en deux ans. Une situation qui montre « l’absence de plan de gestion durable de la question migratoire », déplore Pierre Henry, directeur général de l’association France terre d’asile, pour qui « la répétition de ces évacuations est absurde ».

La dernière évacuation similaire a eu lieu il y a deux mois. Doit-on s’attendre à une 35e évacuation similaire dans les prochaines semaines ?

Si l’ampleur du phénomène n’est pas mesurée à son juste poids, c’est malheureusement le scénario qui se profile, et la prochaine évacuation pourrait avoir lieu d’ici le mois de septembre. Sans un plan de répartition sur l’ensemble du territoire, on ne s’en sortira pas.

Par quel moyen une telle organisation peut-elle être mise en place ?

Une loi de programmation est nécessaire, pour mettre en place une stratégie et dégager des moyens financiers sur l’ensemble d’un quinquennat. C’est par cette voie-là que l’on peut développer des équipements adaptés. Pour répondre efficacement à la question migratoire, il faut mettre en place un réseau de centres d’accueil des migrants qui quadrillent l’ensemble du territoire. C’est pourquoi nous plaidons pour la création de telles structures dans les grandes capitales régionales, qui soient capables d’accueillir, intégrer et répartir plusieurs centaines de personnes. Anne Hidalgo partage cette vision, mais une loi est nécessaire parce qu’aujourd’hui, en l’absence de texte, on voit qu’à l’échelle nationale la bonne volonté des élus ne suffit pas.

Y a-t-il un manque de volonté politique sur la question ?

Il y a une analyse tronquée qui domine la réflexion publique, selon laquelle la mise en place d’un dispositif d’accueil digne des migrants crée un appel d’air et que, comme par enchantement, tout ira mieux demain, donc qu’il n’est pas utile de prendre des mesures adéquates aujourd’hui. On oscille donc entre rien et des mesurettes prises dans l’urgence : pas de quoi faire face efficacement sur le long terme.

Aujourd’hui, pour enfin faire avancer la réflexion et l’action, il faut que s’exprime clairement la volonté présidentielle sur cette question, que l’Etat prenne ses responsabilités, sinon on va vite tourner en rond.

Ce vendredi après-midi, vous et d’autres associations avez été reçus place Beauvau, par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. Qu’en est-il ressorti ?

C’était simplement une prise de contact. Un plan que j’espère global doit être présenté la semaine prochaine, mais nous n’y avons pas été associés, donc je n’en connais pas la teneur. Mais je veux croire que nous avons été entendus.