Réforme de l'enseignement: A quoi va ressembler le nouveau bac?

ENSEIGNEMENT Le gouvernement s’est engagé à réformer le baccalauréat et plus globalement tout l’enseignement du lycée à la licence, pour favoriser la réussite des étudiants français…

Anissa Boumediene
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Des candidats au bac, en 2014 à Paris.
Des candidats au bac, en 2014 à Paris. — LCHAM/SIPA

Ce mercredi, les lycéens français avaient les yeux rivés sur les listes des résultats du Bac. Peut-être étaient-ils parmi les derniers à passer les épreuves de cet examen sous sa forme d’aujourd’hui. Si certains savourent déjà le début des vacances, d’autres planchent déjà sur leurs rattrapages et les non-admis, eux, devront redoubler (d’efforts) l’année prochaine. Mais le gouvernement aussi révise sa copie. Mardi, le chef du gouvernement a annoncé une réforme du Bac, qu’il entend faire « profondément évoluer » d’ici 2021. A quoi ressemblera ce nouveau cru ? S’intégrera-t-il dans une réforme plus large du lycée et de l’enseignement supérieur ?

Plus de contrôle continu

« Une concertation sera lancée dès la rentrée prochaine, pour resserrer les épreuves finales autour d’un plus petit nombre de matières et définir ce qui relève du contrôle continu », a dit Edouard Philippe dans sa déclaration de politique générale. La concertation aboutira « avant septembre 2018, pour une mise en œuvre complète de cette réforme pour le bac 2021 », a-t-il précisé.

« Il faut d’abord réfléchir au moyen de donner plus de lisibilité au baccalauréat, aujourd’hui il ne permet plus de savoir quels sont les acquis des bacheliers », estime Frédérique Rolet, porte-parole du SNES-FSU, le syndicat des enseignements de second degré, pour qui « le contrôle continu n’est pas la solution ultime. Le contrôle continu existe mais actuellement il est formatif, il est cadré parce qu’il y a des épreuves terminales, expose-t-elle. Sans cela, on aurait des modes d’évaluation qui généreraient des inégalités sociales selon les établissements ».

Du côté de la Fage (Fédération des Associations Générales Étudiantes), on ne partage pas du tout l’avis du SNES. « Nous proposons le tout continu, indique Jimmy Losfeld, son président. C’est le seul moyen de limiter le bachotage, donc la réforme va dans le bon sens ». Alors faut-il réduire le bac au passage de deux épreuves en première et deux autres en terminale, avec une évaluation des autres disciplines en contrôle continu, comme le préconisait il y a un an le centre de réflexions Terra Nova, proche du Parti socialiste ? « Le bac doit garder son double objectif, répond Frédérique Rolet : à savoir certifier des savoirs spécifiques et garantir un socle, une culture généraliste commune ».

Une réforme plus globale

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education, a déclaré début juin vouloir « remuscler » le Bac pour le rendre « plus utile » aux élèves. L’objectif : en faire « un tremplin pour la suite de leur parcours », davantage qu’une « évaluation finale » à l’issue du lycée. « Certains disent le bac inutile. Mais ceux qui ne l’ont pas sont les premiers à voir à quel point il est en réalité utile », déplore Frédérique Rolet. «  Le Bac permet la transition vers l’enseignement supérieur, abonde Jimmy Losfeld, de la Fage, mais il faut une réforme plus globale du lycée, du bac et de la licence. C’est la liaison entre le bac-3 (le lycée) et le bac + 3 (la licence) mentionnée par le Premier ministre ».

Au SNES, on préconise « un bilan série par série, une réforme de fond qui pèse sur l’architecture même des formations au lycée, pas un simple toilettage ». Plus radicale, la Fage recommande de « sortir des logiques de séries : la réalité, c’est qu’on envoie les meilleurs en S et les moins bons dans les filières technologiques », peste Jimmy Losfeld. Il réclame un enseignement et un bac qui soient davantage à la carte, « selon les compétences du lycéen ».

Améliorer l’orientation

Comment mener cette réforme de fond ? « En améliorant l’orientation des étudiants dès le début du lycée », prescrit Jimmy Losfeld, qui plaide pour la mise en place de « bilans de compétences » des lycéens en préalable à leur orientation vers des études supérieures. « Aujourd’hui on a des lycéens mis devant le fait accompli en terminale et qui choisissent souvent des filières inadaptées et sans débouché pour eux », s’indigne Jimmy Losfeld. En cause : des universités engorgées « où les étudiants sont sélectionnés par tirage au sort et où le taux d’échec en licence est faramineux, entre 40 et 60 % », regrette le président de la Fage.

Dès la rentrée 2018, le gouvernement s’engage ainsi à mettre un terme aux sélections par tirage au sort ou au mérite dans les universités. « Le statut quo n’est plus acceptable. Nous devons désormais trouver un système qui garantisse à chaque étudiant ayant un projet de trouver une place et parvenir à démocratiser l’accès à la réussite ». Sur ce terrain, les premières consultations doivent commencer ce mois-ci.