Faut-il craindre une recrudescence des attentats d'extrême droite?

TERRORISME L’arrestation, lundi, de deux individus proches des milieux d’ultra-droite suscite des interrogations…

Thibaut Chevillard

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L'un des deux hommes arrêtés voulait s'en prendre à Emmanuel Macron le 14 juillet prochain
L'un des deux hommes arrêtés voulait s'en prendre à Emmanuel Macron le 14 juillet prochain — CHARLY TRIBALLEAU / AFP
  • Deux individus proches des milieux d'ultra-droite ont été arrêtés lundi.
  • Ils projetaient de commettre des attentats contre le président de la République et contre des migrants.

L’un, originaire d’Argenteuil (Val-d’Oise), envisageait de s’en prendre au président de la République. L’autre, qui habite dans les Bouches-du-Rhône, voulait cibler des migrants, des dealers ou des djihadistes. Les deux hommes, qui ont été arrêtés lundi, ne se connaissaient, semble-t-il, pas. Mais ils ont pour point commun d’être proches des milieux d’ultra-droite, d’être des admirateurs d’ Anders Behring Breivik, le terroriste norvégien d’extrême droite qui a tué, en 2011, 77 personnes. Et sont soupçonnés de vouloir, comme lui, commettre un attentat.

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Ces arrestations font écho aux propos tenus à l’Assemblée nationale, en mai 2016, par l’ancien patron de la DGSI. Patrick Calvar confiait aux députés redouter une «  confrontation entre l’ultra droite et le monde musulman » suite aux attentats du 13-Novembre et de janvier 2015. « Cette confrontation, je pense qu’elle va avoir lieu. Encore un ou deux attentats et elle adviendra. Il nous appartient donc d’anticiper et de bloquer tous ces groupes qui voudraient, à un moment ou à un autre, déclencher des affrontements intercommunautaires », assurait-il alors.

Agressions visant des mosquées

Après les attaques de janvier 2015, un préfet avait notamment été missionné pour assurer la coordination de la protection des sites à caractère religieux. Dans la lettre qu’il lui a adressée, le ministre de l’Intérieur de l’époque signalait qu’un certain « nombre de profanations et d’agressions visant des mosquées ont été commises, appelant également à une protection adaptée ». Depuis, les forces de l’ordre assurent la protection de 3.068 sites religieux, dont 1.047 musulmans, signale le rapport de la commission d’enquête relative aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme, publié en juillet 2016.

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« Je trouve déjà miraculeux compte tenu de l’ampleur des attentats de Paris, de Nice, qu’on n’ait pas eu ce type d’événement plus tôt et plus grave », explique aujourd’hui à 20 Minutes Jean-Yves Camus, directeur des l’ observatoire des radicalités de la fondation Jean-Jaurès. Mais, poursuit le politologue, « le risque ne vient pas tant des groupes qui ont pignon sur rue que des gens qui, à un moment donné, les quittent car ils trouvent que ces groupes sont très radicaux en parole mais qu’ils ne passent jamais à l’acte ». Ils pourraient vouloir chercher à imiter Anders Behring Breivik « sans forcément avoir sa détermination ni son arsenal ».

« En colère contre la terre entière »

Le profil de ces individus, dit-il, se rapproche de celui de Maxime Brunerie, un militant d’extrême droite qui avait tenté de tuer Jacques Chirac en 2002. Lors du défilé du 14 juillet, il avait tiré sur la voiture présidentielle avec une carabine mais avait manqué sa cible. Il avait été condamné à 10 ans de prison ferme en 2004 mais était sorti du centre de détention du Val-de-Rueil (Eure) en 2009. Ce sont, ajoute le politologue, « des gens qui sont en colère contre la terre entière » et qui peuvent vouloir s’en prendre aussi bien au président de la République qu’« aux immigrés, aux juifs, ou aux homosexuels ».

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Les individus d’extrême droite qui pourraient commettre des attentats sont « des cas isolés », tranche Pascal Jakowlew, référent national renseignement du syndicat Alternative police CFDT. « Il n’y a pas de menace réelle », les services de renseignement ne possédant pas d’éléments « concrets » pour la caractériser, précise-t-il à 20 Minutes. « Je ne vois pas pour l’instant en France de groupes constitués qui auraient la volonté de passer à l’action terroriste. Je pense qu’ils n’en ont ni la volonté ni les moyens », abonde Jean-Yves Camus.

« Ils sont surveillés »

Les services de renseignement ont bien observé, « depuis quelques années », la « multiplication de groupuscules identitaires, la constitution de gangs de motards », note Patrice Ribeiro du syndicat Synergie officiers. Mais ces groupes, qui restent peu nombreux, « ne sont pas en mesure de mener des actions coordonnées », explique le syndicaliste à 20 Minutes. « Ils sont surveillés, il y a des groupes spécialisés, notamment à la direction des renseignements de la préfecture de police. »

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Parmi les groupes identifiés, le service du renseignement territorial et la DGSI notent la présence de néonazis, de néopaïens et de mouvements identitaires, explique à 20 Minutes Jérôme Gigou, secrétaire national en charge du renseignement au syndicat Vigi ministère de l’Intérieur - anciennement CGT police. Parmi eux, certains sont déjà connus de la justice, voir font l’objet d’une fiche « S ». Mais d’autres parviennent à passer sous les radars des services de renseignement. Selon le syndicaliste, ils s’entraînent discrètement dans les bois, à l’abri des regards. « Les plus virulents partent même dans les pays de l’Est », dit-il.

Des précédents attentats

Jean-Yves Camus rappelle que des pays comme l’Allemagne l’Italie ou même la Suède ont été les victimes, à la fin du siècle dernier, de terroristes d’extrême droite. En France, plusieurs attentats ont été commis dans les années 1960-1980 par l’OAS ou par le groupe Charles Martel, qualifié d’« anti-Arabe ». Mais aujourd’hui, souligne Jean-Yves Camus, la principale menace qui plane sur le pays reste le terrorisme islamiste.