Polémique sur «Veiller sur mes parents»: Le nouveau service de la Poste est-il si scandaleux?

SENIORS Le nouveau service de La Poste proposant de payer les facteurs en échange d’un moment passer avec une personne âgée divise…

Océane Marache

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Le service «Veiller sur mes parents» vise à maintenir un lien social pour les personnes âgées.
Le service «Veiller sur mes parents» vise à maintenir un lien social pour les personnes âgées. — RICLAFE/SIPA

Monétiser un lien social, voilà une tendance qui crée la polémique. Dernière cible des critiques en date : le nouveau service « Veiller sur mes parents » de la Poste, qui fait payer le temps passé par ses agents aux côtés de personnes âgées à qui ils distribuent le courrier. Pour ses détracteurs, ce qui faisait le contact humain du métier de facteur vient ainsi s’ajouter à la longue liste des prestations facturées par l’organisme.

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Des internautes s’indignent

Dans le détail, avec cette nouvelle offre, il faut compter 19,90 euros par mois (offre de lancement) pour une visite par semaine et jusqu’à 139 euros pour six visites, le tout incluant un résumé de la visite par le facteur destiné à la famille. Pour se faire, plus de 40.000 facteurs ont déjà reçu la formation obligatoire et 76.000 autres formations sont en cours.

Si le principe d’entretenir un lien ne déplaît pas, le fait de rendre l’opération payante, si. C’est ce qui ressort des réactions d’internautes sur les réseaux sociaux.

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« Nous nous sentions légitimes de le faire »

A la Poste, on souligne au contraire qu’il est normal de payer dès lors que le salarié a reçu une formation et qu’il effectue la prestation dans le cadre de son travail. « Il réside toujours des manquements dans l’accompagnement des personnes âgées, les facteurs sont déjà au contact des gens et ont déjà leur confiance, nous nous sentions légitimes de le faire », déclare-t-on à la direction, contactée par 20 Minutes.

Il s’agit alors de maintenir le lien social direct (et non virtuel) pour les personnes isolées « à travers un moment de convivialité, qui inclut le dialogue, l’écoute, la prise de nouvelles tout en donnant des informations sur l’extérieur », explique-t-on à la Poste.

Plus de 700 abonnements souscrits

Le service offre également une téléassistance en continu : « A l’aide d’un bouton sur un collier ou un bracelet, les personnes peuvent prévenir directement l’assistance en cas de problème, qui est redirigée vers Europe Assistance. »

Près de 700 abonnements ont déjà été souscrits, selon la poste : « Nous étions très surpris de constater que plus d’un tiers des contrats sont établis par des personnes âgées elles-mêmes, un signe que la solitude est bien réelle. »

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« La société a du mal à accompagner l’avancée en âge »

Une réponse adaptée aux nouveaux enjeux de la société actuelle ? En partie, pour Hervé Sauzay, gérant de l’Institut français des seniors et organisateur du Salon des Séniors. « Le premier enjeu est la lutte contre la solitude qui est très présente chez les seniors, une femme de 70 ans sur deux vit seule. Le second besoin des 6 millions de plus de 75 ans est de rester vivre à domicile, ils sont plus épanouis et peuvent mieux vieillir », explique-t-il à 20 Minutes.

D’autre part, les enfants n’hébergent plus leurs parents pour s’occuper d’eux, ils sont souvent amenés à travailler loin et donc à habiter loin de chez eux, ce qui rend compliquées les visites hebdomadaires. « Les divorces jouent aussi », tient à préciser Hervé Sauzay.

« Quelqu’un qu’ils connaissent »

« Les personnes très âgées ont du mal à accepter l’idée de devoir se faire aider, ils acceptent donc sans doute mieux l’aide de quelqu’un qu’ils connaissent comme les facteurs, ajoute le spécialiste, c’est une bonne idée qui répond à de vrais besoins. »

Si certains apparaissent encore mitigés face à cette offre, Hervé Sauzay répond aux critiques : « Ce n’est pas de payer qui est malheureux tant que ça reste abordable pour tous, c’est le besoin auquel cela répond, qui l’est : il montre que la société a du mal à accompagner l’avancée en âge avec les moyens d’hier, comme les aides financières des collectivités territoriales qui ne sont aujourd’hui plus suffisantes. »