Les familles des victimes du crash de Charm el-Cheikh assignent l’État français en justice

INFO 20 MINUTES Treize ans après le crash en Egypte qui a coûté la vie à 148 personnes, dont 135 Français, l’enquête judiciaire est au point mort…

Vincent Vantighem

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Le mémorial des victimes du crash aérien de Charm-el-Cheikh, en Egypte.
Le mémorial des victimes du crash aérien de Charm-el-Cheikh, en Egypte. — Frederic Stevens / Sipa
  • Le 3 janvier 2004, 135 Français sont morts dans un crash à Charm el-Cheikh, en Egypte.
  • Faute de coopération des Egyptiens, l’enquête s’achemine vers un non-lieu.
  • Une association de victimes attaque l’État pour « dysfonctionnement de la justice ».

Le dossier occupe une armoire entière du palais de justice de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Et depuis janvier 2004, il a eu le temps de prendre la poussière. Selon nos informations, l’Association de défense des familles des victimes de la catastrophe de Charm el-Cheikh (Égypte) a assigné l’État français, le 23 mai, pour « dysfonctionnement de la justice ».

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Plus de treize ans après le crash qui a coûté la vie à 148 personnes dont 135 Français au large de la station balnéaire égyptienne, l’association déplore « l’inertie de l’instruction » judiciaire censée lever le voile sur la catastrophe. « Nous en sommes au quatrième juge d’instruction. Depuis février 2016, il refuse même de nous recevoir et le dossier n’avance plus, critique Claude Fouchard, le président de l’association qui a perdu onze membres de sa famille dans le drame. Mais nous ne pouvons pas tolérer que les 145 morts soient simplement de la "faute à pas de chance" ! »

« L’état de fatigue des pilotes » pointé par les experts

D’autant que le dossier contient quelques pistes qui pourraient expliquer pourquoi le Boeing 737 de la compagnie Flash Airlines a plongé, le 6 janvier 2004, dans la mer Rouge alors qu’il venait de décoller de Charm el-Cheikh à destination de l’aéroport de Roissy. Rendu en 2010, le dernier rapport de contre-expertise a ainsi clairement pointé « le manque d’expérience » et « l’état de fatigue des pilotes » du vol 604.

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Morts dans le crash, ils ne pourront plus éclairer le juge d’instruction. Mohammed Nour, si. Ancien directeur de Flash Airlines, cet homme n’a été entendu qu’une seule fois, en 2006, par les autorités égyptiennes. Depuis, il a refusé de se rendre à la convocation du juge français pour être confronté aux résultats des dernières investigations.

La responsabilité du directeur de la compagnie en question

« Le juge pourrait délivrer une commission rogatoire internationale à son encontre pour le forcer à témoigner, explique Jean-Pierre Bellecave, l’un des avocats de l’association. Mais toutes nos demandes en ce sens sont restées lettres mortes… » Y compris le courrier envoyé à Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice, en décembre 2016.

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Lors de sa seule audition dans son pays, Mohammed Nour a reconnu qu’il était « impliqué au quotidien » dans le fonctionnement de sa compagnie aérienne. « Sa responsabilité pénale apparaît susceptible d’être engagée », assure donc l’assignation que 20 Minutes a pu consulter. Sauf que les autorités égyptiennes, pour qui l’enquête est officiellement close depuis 2007, refusent de coopérer.

L’association réclame 10.000 euros de dommages et intérêts

Le parquet de Bobigny a, lui, requis, en décembre 2015, un non-lieu dans l’enquête française pour « homicides involontaires ». Depuis, le dossier n’a pas bougé. « La lenteur déraisonnable de cette procédure place les membres de l’association dans une situation d’attente particulièrement pénible et préjudiciable », explique l’assignation de l’association. Elle réclame à l’État français 10.000 euros de dommages et intérêts. L’audience pourrait se tenir au début de l’année 2018.

Le mémorial des victimes du crash aérien de Charm-el-Cheikh, en Egypte.
Le mémorial des victimes du crash aérien de Charm-el-Cheikh, en Egypte. - Frederic Stevens / Sipa