Les ouvertures sauvages de bouches d'incendie chauffent les élus et les pompiers

INCIVILITES Avec les fortes chaleur, le phénomène s'amplifie. Et comme l'été sera sans doute chaud, il y a des chances que cela perdure...

Delphine Bancaud

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Une bouche à incendie ouverte par des adolescents à Pantin, le 21 juin 2017.AFP PHOTO / Laurent EMMANUEL
Une bouche à incendie ouverte par des adolescents à Pantin, le 21 juin 2017.AFP PHOTO / Laurent EMMANUEL — AFP
  • Rien que pour la journée de mercredi, 500 bouches d’incendies ont été ouvertes en Ile-de-France.
  • Un problème qui affecte aussi plusieurs villes du Nord, comme Roubaix, Tourcoing ou Lille.
  • Ce phénomène coûte cher aux collectivités et engendre des dangers.

Un jeu, un défi ou une manière de se rafraîchir facilement. Comme chaque année en période deforte chaleur, des adolescents, mais aussi certains adultes ouvrent des bouches d’incendie et les transforment en geysers. Une pratique surnommée par nos voisins britanniques « street pooling » (piscine de rue), qui prend de l’ampleur cette année en France.

Ce que confirme à 20 Minutes, le groupe de distribution d’eau Veolia : « La croissance exponentielle de ce phénomène est particulièrement manifeste dans les Hauts-de-France (notamment à Lille, Tourcoing et Roubaix) et en Ile-de-France. Depuis un mois on compte ainsi 600 ouvertures de bouches d’incendie dans les Hauts-de-France et plusieurs milliers dans la région parisienne. Et rien que 500 pour la journée de mercredi en Ile-de-France ». Même son de cloche de la part de la Brigade des sapeurs pompiers de Paris (BSPP) qui signale un millier d’ouvertures sauvages de bouches incendie à Paris, en Seine-Saint-Denis, dans les Hauts-de-Seine et dans le Val-de-Marne depuis l’épisode de canicule dimanche.

Des conséquences économiques et écologiques

De quoi faire bouillir les élus, qui ont pour mission de refermer les bouches d’incendie quand elles sont ouvertes sauvagement. Les incidents de ces derniers jours ont donc mobilisé beaucoup d’agents, surtout en fin de journée, puisque les adolescents qui s’adonnent à ces incivilités, le font souvent après la classe. Les élus pestent aussi contre le coût qu’elles occasionnent. Car le gâchis d’eau est colossal : « Depuis un mois, ces ouvertures de bouches d’incendie ont fait grimper de 50 % la consommation d’eau en Ile-de-France, où 600.000 m3 d’eau ont été perdus. Soit l’équivalent de la contenance de 240 piscines olympiques », explique Veolia. Dans les Hauts-de-France, 100.000 m3 d’eau ont aussi été gaspillés en un mois. Sans compter que ces incivilités peuvent causer des problèmes d’acheminement de l’eau potable pour les bâtiments. Et charge aux maires de résoudre le manque d’eau de leurs administrés…

Outre ce problème économique et écologique, les ouvertures intempestives de bouches d’incendie posent aussi des soucis de sécurité. « L’eau peut par exemple, atteindre des lignes ou installations électriques. Et les sols glissants peuvent entraîner des chutes. Sans oublier la pression de l’eau à l’ouverture des bouches d’incendie qui peut être dangereuse », indique la BSPP à 20 Minutes. En 2015 à Bobigny, un enfant de 8 ans a été projeté en l’air avant de retomber sur la tête, rapportait à l’époque Le Parisien. Les geysers peuvent aussi cacher les piétons aux automobilistes et générer ainsi des accidents.

Tenter de sensibiliser aux conséquences

Les pompiers pestent également contre les risques de pénurie d’eau qu’ils risquent de subir et qui gêneraient leurs interventions en cas d’incendie. Enfin les pompiers ont dû répondre à une flopée d’appels depuis un mois provenant de personnes leur signalant les ouvertures de bouches d’incendie. « Mais on ne peut rien faire, car la fermeture de ces bouches est du ressort des maires », ajoute la BSPP. Du temps perdu pour eux.

Pour essayer de contrer ces incivilités, plusieurs initiatives ont été lancées. Veolia, l’entreprise a misé sur la prévention à l’adresse des jeunes. Début juin, elle a ainsi produit un clip du rappeur Youssoupha intitulé La bouche c’est la vie..

De son côté, la police nationale a tweeté pour indiquer que cette pratique constituait un délit passible de 5 ans de prison et de 75. 000 euros d’amende. Reste qu’il est souvent impossible de savoir qui a ouvert la bouche, car ces actes sont souvent commis en groupe.