VIDEO. Affaire Grégory: Pourquoi Murielle Bolle est à nouveau dans le viseur des enquêteurs, 32 ans après

JUSTICE Considérée comme un personnage clé lors de l’enquête initiale sur la mort du petit Grégory, Murielle Bolle devrait être entendue prochainement par les enquêteurs…

Vincent Vantighem

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Dijon (Côte d'or), le 30 juin 1986. Murielle Bolle (à gauche) arrive au palais de justice pour être entendue.
Dijon (Côte d'or), le 30 juin 1986. Murielle Bolle (à gauche) arrive au palais de justice pour être entendue. — ERIC FEFERBERG / AFP
  • Le petit Grégory a été retrouvé mort en 1984.
  • Cinq personnes de sa famille ont été arrêtées mercredi 14 juin.
  • Après les époux Jacob, Murielle Bolle pourrait être arrêtée prochainement.

Depuis une semaine, Murielle Bolle est un peu inquiète. « Elle craint que cela ne redémarre comme en 1984… », souffle Jean-Paul Teissonnière, son avocat. Considérée comme un personnage clé lors de l’enquête initiale sur la mort du petit Grégory, cette femme, qui vient de fêter ses 48 ans, devrait être interrogée prochainement par les gendarmes. « Soit sous le statut de témoin, soit sous celui de gardée à vue », confirme à 20 Minutes une source proche du dossier.

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Les enquêteurs pensent que celle que l’on surnommait « Bouboule » à l’époque des faits est l’une des pièces du puzzle macabre qu’ils tentent de former, 32 ans après, pour élucider les circonstances de la mort de Grégory Villemin, découvert pieds et poings liés dans les eaux froides de la Vologne (Vosges), le 16 octobre 1984.

Elle avoue le 2 novembre 1984 et se rétracte le 6

Alors âgée de 15 ans, Murielle Bolle a commencé par raconter aux gendarmes qu’elle était repartie, ce jour-là, du collège en car. Avant de « craquer » et d’avouer qu’elle est, en réalité, rentrée en voiture avec Bernard Laroche, son beau-frère, que celui-ci a embarqué Grégory, qu’il est descendu avec lui « près d’une petite place » avant de revenir seul « un peu plus tard ».

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Nous sommes alors le 2 novembre 1984. Et « pour nous, l’affaire Grégory est quasiment terminée », raconte le gendarme Etienne Sesmat, dans le livre qu’il a consacré à l’affaire. D’autant que Bernard Laroche, cousin de Jean-Marie Villemin, fait, à ce moment-là, figure de suspect numéro un. A tel point qu’il sera abattu quatre mois plus tard par le père de Grégory.

Jean-Marie Villemin, père de Grégory, tient un fusil lors de la reconstitution du crime de Bernard Laroche.
Jean-Marie Villemin, père de Grégory, tient un fusil lors de la reconstitution du crime de Bernard Laroche. - STR / AFP

Murielle confirme et reconfirme sa version trois jours durant avant de rentrer chez ses parents, le mardi 6. C’est là qu’elle finit par se rétracter. Depuis « elle s’obstine à nier sa présence dans la voiture de [Bernard Laroche] », indique un arrêt de la cour d’appel de Dijon de 1993 qui explique cette attitude par les possibles « pressions de ses proches. »

Extrait de l'arrêt rendu par la cour d'appel de Dijon en 1993.
Extrait de l'arrêt rendu par la cour d'appel de Dijon en 1993. - COUR D'APPEL DE DIJON

Une confrontation entre la témoin et les gendarmes en 1985

Trente-deux ans plus tard, Jean-Paul Teissonnière parle toujours de « pressions ». Mais pas celles des « proches » de sa cliente. « La vérité, c’est que rien ne colle dans ce dossier, confie aujourd’hui l’avocat. Murielle Bolle, comme tous les autres témoins, a subi des pressions des enquêteurs à l’époque. »

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A tel point que le juge Lambert avait organisé, le 29 janvier 1985, une confrontation d’une journée entière entre la témoin et les différents gendarmes ayant recueilli ses aveux. A la fin de la journée, il avait choisi de croire la jeune fille à la chevelure rousse.

Aujourd’hui, le juge Lambert n’est plus en charge de l’enquête. « Et Murielle Bolle a peut-être envie de soulager sa conscience… », espère une source proche du dossier. « En 1984, elle a craqué parce qu’elle avait 15 ans et qu’elle était seule avec les gendarmes, tacle encore Jean-Paul Teissonnière, son avocat. Cette fois-ci, je serai avec elle ! »

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