Amiante: 150 cheminots attaquent la SNCF au titre du «préjudice d'anxiété»

SANTÉ AU TRAVAIL Exposés à l’amiante pendant leur carrière, ces cheminots vivent désormais avec la « peur » de développer un cancer…

20 Minutes avec agences

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Manifestation des victimes de l'amiante à Paris en 2008.
Manifestation des victimes de l'amiante à Paris en 2008. — Philippe Huguen AFP/Archives

Environ 150 cheminots SNCF exposés à l’amiante au cours de leur carrière ont réclamé mercredi aux prud’hommes de reconnaître leur « préjudice d’anxiété », à égalité avec les salariés du privé.

L’affaire avait déjà été étudiée une première fois en mars 2015 avant d’être renvoyée, faute d’accord.

Vivre avec l’angoisse permanente de tomber malade

Les cheminots veulent faire reconnaître le stress permanent lié à la peur de tomber gravement malade à cause de l’exposition à l’amiante, substance hautement cancérigène largement utilisée au cours du siècle dernier pour ses propriétés isolantes.

Parmi les dizaines de cheminots présents ce mercredi, tous ont été exposés à l’amiante entre 1970 et 2000, qu’ils soient agents de maintenance, électriciens ou conducteurs.

Une évolution lente et sournoise 

Depuis, ils passent régulièrement des examens médicaux pour détecter l’apparition d’un cancer lié à l’amiante, qui peut apparaître jusqu’à 30 ans après l’exposition. « J’ai passé le scanner il y a un an. On y va en se disant : pourvu qu’on n’ait rien ! », raconte Jean-Marie Mabille, 57 ans, à la retraite après une carrière entière passée au technicentre de Rouen.

Dans son service, il y aurait eu « au moins trois décès et une vingtaine de collègues partis plus tôt car ils avaient des plaques pleurales », explique-t-il. Ces plaques, bénignes en soi mais typiques de l’exposition à l’amiante, apparaissent sous forme de dépôts fibreux sur la plèvre. Elles constituent avant tout un marqueur d’exposition, qui indique un risque de développer d’autres maladies causées par l’amiante.

Une justice au cas par cas

Si le préjudice d’anxiété lié à l’amiante a bien été reconnu depuis 2010 par la Cour de cassation, celle-ci l’a limité en 2015 aux seuls salariés des entreprises inscrites sur une liste officielle de sites classés amiante.

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Or cette liste ne concerne que le secteur privé, excluant de fait la SNCF, ce qui constitue une « rupture d’égalité » inacceptable pour Xavier Robin, l’avocat des cheminots.

La SNCF déjà condamnée en 2014

La SNCF a été condamnée pour la première fois au titre du préjudice d’anxiété en 2014 dans une affaire concernant huit salariés d’un sous-traitant au Mans (Sarthe). Son appel doit être examiné en septembre prochain à Paris.

Selon le syndicat SUD-Rail, chaque année, plus d’une trentaine d’agents ou ex-agents retraités meurent à la suite d’un cancer lié à l’amiante