Un an après Magnanville: Les mesures prises pour renforcer la protection des policiers

TERRORISME Après l’assassinat, il y a un an, de deux policiers à Magnanville (Yvelines), plusieurs mesures avaient été prises par le gouvernement pour que les policiers ne puissent plus être identifiés par des malfaiteurs…

Thibaut Chevillard

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Un policier dépose une fleur à côté de la maison des policiers tués à Magnanville
Un policier dépose une fleur à côté de la maison des policiers tués à Magnanville — Thibault Camus/AP/SIPA

Quatre jours après l’assassinat d’un couple de policiers leur domicile de Magnanville, l’ancien président de la République avait promis des mesures pour « garantir » l’anonymat des forces de l’ordre ainsi que « leur protection ». Larossi Abballa, qui avait revendiqué son geste au nom de Daesh, avait laissé entendre qu’il connaissait les victimes. « Nous devons éviter que des policiers et gendarmes soient identifiés et pris pour cible ou par des malfaiteurs qu’ils ont mis hors d’état de nuire par des complices », avait déclaré François Hollande. Un an plus tard, 20 Minutes fait le point sur ce qui a été fait pour mieux protéger les agents.

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Port de la cagoule Alors qu’il n’était autorisé que pour certaines forces spéciales, comme le Raid ou la DGSI, le port de la cagoule est désormais permis pour tous les effectifs de la sécurité publique. Selon une note de service datée du 9 mars dernier, les policiers peuvent en porter « à titre exceptionnel », « lors des opérations en lien avec la radicalisation ou le terrorisme, en lien avec le grand banditisme ou considérées à risque en raison de la dangerosité des personnes concernées ». En mars dernier, le ministère de l’Intérieur avait fait savoir que 80.000 cagoules avaient été commandées.


Anonymisation des procédures La loi du 28 février 2017 donne la possibilité aux enquêteurs d’être identifié, dans les procédures judiciaires sensibles, par un numéro administratif. Ces affaires doivent concerner des crimes ou des délits punis de plus de trois ans de prison. Une mesure qui ne va pas assez loin, selon plusieurs syndicalistes. Elle est « inadaptée », selon Jean-Claude Delage, secrétaire général d’ Alliance police nationale. « Trop complexe », abonde Yves Lefebvre, secrétaire général d’ Unité SGP police-FO. « Compte tenu de la nature de la menace, elle n’est pas suffisante », explique également Patrice Ribeiro de Synergie Officiers. Ils plaident pour que la mesure soit généralisée à toutes les affaires.

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Port de l’arme hors service Un arrêté du 25 juillet 2016 permet aux policiers de porter leur arme, même quand ils ne sont pas en service. Les fonctionnaires doivent en faire la demande préalablement à leur chef de service. A l’époque, la mesure avait été saluée par une grande majorité des syndicats de gardiens de la paix qui en avait fait la demande. Mais, comme l’explique Aurélie*, présidente de l’association Femmes de forces de l’ordre en colère, les agents hors service qui décident de porter sur eux leur revolver peuvent ne pas être autorisés à rentrer dans certains lieux privés, comme des salles de concert. Une loi est nécessaire pour le leur permettre.

Autre problème : le port de l’arme hors service « est subordonné à deux conditions », indique une instruction ministérielle du 9 mars. Le policier doit avoir effectué plusieurs « tirs réglementaires » l’année précédente et « au moins une séance de tir dans les quatre derniers mois ». Une situation que dénonce le syndicat Alternative police. « Le port de l’arme est avant tout lié à la qualité de policier national, de son autorisation à porter une arme et à l’utiliser dans des cas légiférés par le code de procédure pénal », indique-t-il dans un communiqué.

D’autres mesures ? « Pratiquement tout ce qui était possible de faire pour qu’un policier ne soit pas identifié a été fait », estime Denis Jacob, du syndicat Alternative police nationale. Selon lui, il est toutefois nécessaire de mieux sensibiliser les agents aux réseaux sociaux, et de leur expliquer quels types d’informations ils peuvent publier dessus ou non. Les syndicats Unité SGP police-FO et Unsa Police proposent pour leur côté que toutes les photos de policiers publiées dans la presse soient floutées. L’Unsa va même plus loin en demandant « l’interdiction d’utilisation de l’image des policiers par les réseaux sociaux, quels qu’ils soient ». Enfin, Yves Lefebvre milite en outre pour que les policiers soient domiciliés, sur leur carte grise, « sur leur lieu d’emploi ».

*Prénom d’emprunt