Activités de Lafarge en Syrie: De quoi est accusé le cimentier franco-suisse?

JUSTICE L’enquête, ouverte le 9 juin, a été confiée à deux juges d’instruction du pôle financier et à un magistrat instructeur du pôle antiterroriste…

H. B. avec AFP
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Une usine de ciment du groupe français Lafarge à Paris, le 7 avril 2014
Une usine de ciment du groupe français Lafarge à Paris, le 7 avril 2014 — Franck Fife AFP

Un an après les premières révélations, l’enquête sur le cimentier franco-suisse LafargeHolcim, mis en cause pour avoir indirectement financé des groupes armés en Syrie dont l’organisation djihadiste Etat islamique, a été confiée à trois juges. Elle devra déterminer les liens qu’a pu entretenir le géant du ciment, notamment avec Daesh, pour continuer à faire fonctionner en 2013 et 2014, malgré le conflit, la cimenterie de Jalabiya (nord du pays), un investissement phare pour le groupe.

L’information judiciaire, ouverte le 9 juin, vise notamment les chefs de « financement d’entreprise terroriste » et de « mise en danger de la vie d’autrui ».

« Financement d’entreprise terroriste »

Alors que plusieurs entreprises françaises et européennes présentes en Syrie mettaient fin à leurs activités dans le pays entre 2011 et 2013, Lafarge Cement Syrie (LCS), la filiale syrienne du groupe, « restait déterminée à maintenir sa production malgré l’intensification des affrontements », notent l’association anticorruption Sherpa et le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l’Homme (ECCHR) qui avaient déposé une plainte.

Ils estiment qu’à partir d’avril 2013 « le pétrole utilisé par LCS provenait de l’organisation djihadiste ». Daesh avait fini par prendre le contrôle du site en septembre 2014. Lafarge, qui a fusionné en 2015 avec le groupe suisse Holcim, a admis début mars avoir « indirectement » financé des groupes armés pour maintenir en activité sa cimenterie.

« Mise en danger de la vie d’autrui »

Pour atteindre cet objectif, la filiale aurait fait « pression sur ses employés » (menaces de licenciement, de suspension de salaires s’ils ne se rendaient pas à l’usine malgré l’insécurité des routes) et « accepté de s’entendre avec des membres de l’EI » pour organiser la circulation des marchandises et des employés contre le paiement de taxes ou l’achat de matières premières, détaillent les associations.

Entre les « menaces pour la sécurité des collaborateurs » et les « perturbations dans les approvisionnements nécessaires pour faire fonctionner l’usine et distribuer ses produits », la filiale locale de Lafarge a également tenté d’amadouer les diverses « factions armées » qui contrôlaient ou tentaient de contrôler les zones autour du site, a reconnu le groupe.

En avril, Eric Olsen, patron de LafargeHolcim, a annoncé qu'il allait quitter ses fonctions pour tenter de désamorcer le dossier syrien. Le conseil d'administration avait accepté sa démission, mais estimé qu'il n'était «ni responsable ni pouvant être considéré comme informé des actes répréhensibles identifiés» en Syrie.

«Lafarge semble concentrer sa défense au niveau local en épargnant la maison-mère. Or, nous avons suffisamment d'éléments pour avoir acquis la certitude de son implication», a estimé Me Marie Dosé, avocate de Sherpa jointe par l'AFP.

Le président de l'association Sherpa, Me William Bourdon, a pour sa part indiqué qu'il devrait prochainement être entendu par les juges d'instruction.