Le «swatting», une pratique qui inquiète de plus en plus les forces de l'ordre

FAITS DIVERS Les autorités redoutent que des terroristes ou des malfaiteurs utilisent cette technique, accessible à tous, pour faire diversion...

Thibaut Chevillard

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Fausse alerte à la bombe dans le 1er arrondissement de Paris, quartier Etienne-Marcel, le 17 septembre 2016.
Fausse alerte à la bombe dans le 1er arrondissement de Paris, quartier Etienne-Marcel, le 17 septembre 2016. — Revelli-Beaumont/SIPA
  • Les forces de l’ordre notent que les logiciels de « swatting » sont de plus en plus faciles à trouver sur internet.
  • Ils redoutent que des terroristes les utilisent pour faire diversion.

Ils étaient recherchés depuis deux ans. Les gendarmes ont interpellé en Belgique, la semaine dernière, deux jeunes hommes soupçonnés d’avoir « swatté », entre février et mai 2015, une famille originaire de la Sarthe. Les forces de l’ordre étaient intervenues à plusieurs reprises à leur domicile et au collège de leur fils*.

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Le « swatting », pratique née aux Etats-Unis, consiste à « déclencher l’intervention des secours chez un particulier en usurpant son numéro de téléphone », explique à 20 Minutes le colonel Nicolas Duvinage, chef du centre de lutte contre les criminalités numériques. « Jusqu’à présent, les auteurs étaient généralement des jeunes assez immatures, souvent issus de la communauté des "gamers" ou des "hackers", et qui faisaient ça par défi technique, par amusement, ou par vengeance », poursuit-il.

Une dizaine d’affaires par an

C’était notamment le cas d’un adolescent de 16 ans, interpellé par la PJ parisienne en septembre 2016, soupçonné d’avoir piraté, avec des amis, la ligne téléphonique de l’église Saint-Leu, dans le quartier des Halles à Paris. Ils avaient appelé la police, un samedi, en se faisant passer pour le prêtre de la paroisse, expliquant qu’une prise d’otage était en cours dans l’édifice. Les forces de l’ordre avaient bouclé le quartier et la BRI était intervenue. Dans la journée, les adolescents s’étaient vantés de leur exploit sur Facebook et l’un d’eux avait expliqué à L’Obs avoir fait ça « pour le buzz ».

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Il n’y a, en France, qu’une dizaine d’affaires de « swatting » par an, souligne le colonel Duvinage. Mais, s’inquiète-t-il, « le phénomène se développe ». Plus besoin de « disposer de grandes connaissances techniques ». Une simple recherche sur Google permet de trouver une dizaine de sites proposant aux internautes, contre quelques euros, de passer un appel en modifiant leur numéro de téléphone, voir en modifiant leur voix. Officiellement, selon ces sites, il s’agit de « faire une farce » à des amis ou de les « épater ».

« Faire diversion »

Les conséquences, rappelle ce gendarme, sont nombreuses. D’abord pour les victimes, parfois « réveillées en pleine nuit par des forces de l’ordre qui pénètrent dans leur domicile de façon plus ou moins brutale ». Mais aussi pour les forces de l’ordre qui sont « beaucoup moins disponibles pour intervenir sur les vraies urgences ». « On ne peut pas exclure qu’à l’avenir, des gens réellement mal intentionnés, des terroristes ou des braqueurs, utilisent cette technique pour faire diversion, mobiliser les services de secours ou d’urgence à un bout de la ville pendant qu’ils agissent de l’autre côté », poursuit-il.

« Nous ne sommes pas à l’abri de ce genre d’opération, les terroristes peuvent tout à fait avoir les capacités techniques de réaliser ce type d’action », nous confirme également un policier. Mais, souligne-t-il, les forces de l’ordre sont suffisamment nombreuses pour intervenir simultanément sur plusieurs théâtres d’attentat: il est toujours possible d’envoyer le Raid, la BRI, le GIGN. On l’a bien vu sur les attentats du 13-Novembre. »

Selon le colonel Duvinage, il est « compliqué de prévenir » les affaires de « swatting ». En effet, il n’est pas illégal d’utiliser ce genre de site pour faire une blague à un ami. En revanche, provoquer une intervention inutile des forces de l’ordre est puni de deux ans de prison et de 30.000 euros d’amende. Mais parfois cachés à l’étranger, comme le hacker Ulcan, les auteurs de ces canulars aux conséquences parfois dramatiques peuvent être très difficiles à retrouver.

*Selon nos informations, quatre autres mineurs avaient déjà été interpellés en France dans cette affaire, le 26 avril 2016. L’enquête se poursuit sous la direction d’un juge d’instruction.