Comment l'Elysée veut reprendre en main la lutte contre le terrorisme

TERRORISME La présidence de la République a annoncé, mercredi, plusieurs mesures visant à renforcer les moyens de lutte contre le terrorisme…

Thibaut Chevillard

— 

Un soldat de la force Sentinelle le 30 décembre 2016.
Un soldat de la force Sentinelle le 30 décembre 2016. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • L’Elysée a annoncé, mercredi, plusieurs mesures visant à renforcer la lutte contre le terrorisme.
  • Parmi celles-ci, la création d’une « task force » et le vote d’une loi pérénisant les mesures de l’état d’urgence.

Emmanuel Macron prend en main la lutte contre le terrorisme. Alors que l’Europe est frappée, depuis 2015, par une vague d’attentats d’une ampleur inédite, le président de la République entend faire du combat contre Daesh « une priorité », comme l’a souligné le ministre de l’Intérieur, mardi soir, peu de temps après qu’un policier a été attaqué sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame. Création d’une « task-force », prolongation de l’état d’urgence, nouvelle loi renforçant les mesures de sécurité contre le terrorisme… 20 Minutes fait le point sur les mesures annoncées ce mercredi par l’Elysée, à l’issu d’un conseil de Défense.

>> A lire aussi : Renseignement: Macron met en place sa task force antiterroriste et ses hommes-clés

Une « task force » antiterroriste

L’Elysée a annoncé la création du CNT, le « centre national du contre-terrorisme », placé directement auprès du président de la République. Il s’agit d’un engagement de campagne d’Emmanuel Macron. L’objectif de cette structure est d’assurer « une coordination plus forte et un pilotage renforcé des services engagés ». « L’architecture administrative de la lutte contre le terrorisme est extrêmement complexe et éclatée, avec différents services qui dépendent de différents ministères », explique à 20 Minutes Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme. En effet, il y a six services dits du premier cercle, dépendant de trois ministères, et quatre du second cercle. 

Selon lui, le CNT aura pour objectif « d’éviter la concurrence qui a vu le jour entre ces services » et de mieux coordonner leur action. « Le président veut aussi créer un circuit court entre lui et ces services, afin que l’information lui soit directement accessible et qu’il puisse prendre les décisions qui s’imposent plus rapidement », ajoute ce spécialiste du terrorisme, soulignant que « c’est une bonne chose d’avoir un organe central comme il en existe dans beaucoup d’autres pays ». « Le président se retrouve ainsi au cœur du dispositif et en première ligne dans la lutte contre le terrorisme. »

Les nouveaux hommes du président

Le CNT sera composé dans un premier temps d’une vingtaine de personnes, principalement des analystes. Il sera dirigé par Pierre de Bousquet de Florian, un préfet âgé de 63 ans qui avait été nommé à la tête de la DST en 2002. Un poste qu’il occupa pendant cinq ans. Il était, depuis juin 2016, PDG de Civipol conseil, une entreprise de conseil en sécurité entreprise détenue à 40 % par l’État et à 60 % par des actionnaires privés, comme le souligne l’agence de presse AEF. « Jusqu’à présent, il y avait uniquement auprès du président de la République un coordinateur national du renseignement, dont les moyens et les prérogatives étaient très insuffisants pour avoir le moindre rôle de coordination ou d’impulsion du renseignement, estime Jean-Charles Brisard. Là, on change véritablement d’échelle. »

Par ailleurs, l’Elysée a annoncé la nomination prochaine du préfet Laurent Nunez, actuel préfet de police des Bouches-du-Rhône, à la tête de la DGSI. Agé de 53 ans, cet ancien directeur de cabinet du préfet de police de Paris succédera à Patrick Calvar, qui a fait valoir ses droits à la retraite à compter du 1er juin 2017. Enfin, Bernard Emié, ambassadeur de France à Alger, devrait devenir le nouveau patron de la DGSE.

Une nouvelle loi pour lutter contre le terrorisme

Emmanuel Macron entend demander au Parlement de prolonger pour la sixième fois, jusqu’au 1er novembre prochain, l’état d’urgence. Le président souhaite profiter de ce délai pour faire voter une nouvelle loi qui rendra pérennes certaines mesures exceptionnelles de l’état d’urgence, comme les assignations à résidence, les perquisitions administratives, ou les fermetures de lieux de culte, explique le journal Le Monde qui s’est procuré le projet de loi.

>> A lire aussi : Sortie de l'état d'urgence: Le gouvernement prépare un arsenal pour prendre le relais

Sous le précédent quinquennat, trois lois visant à lutter contre le terrorisme et une relative au renseignement avaient été votées. La dernière a été adoptée le 3 juin 2016 et devait permettre, selon l'ancien garde des Sceaux, de sortir de l'état d'urgence. Déjà, à l’époque, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, avait estimé que ce texte faisait entrer « dans notre droit commun des mesures exceptionnelles prévues aujourd’hui par le régime de l’état d’urgence et portant gravement atteinte aux droits et libertés des individus, alors que celles-ci n’ont aucunement vocation à se pérenniser ».