Le rêve d'une «vie normale» d'Azmad, premier gay tchétchène accueilli en France

TCHÉTCHÉNIE Azmad est arrivé ce lundi en France, où il compte demander l’asile…

Manon Aublanc avec AFP

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Une manifestante écrit «Halte au massacre» durant une manifestation contre les violences homophobes en Tchétchénie, le 23 mai 2017 devant l'ambassade du Russie à Paris.
Une manifestante écrit «Halte au massacre» durant une manifestation contre les violences homophobes en Tchétchénie, le 23 mai 2017 devant l'ambassade du Russie à Paris. — BENJAMIN CREMEL / AFP

« Je me suis toujours demandé ce que c’était que d’être heureux ». Après des années de peur, et des derniers mois de terreur, Azmad, premier homosexuel tchétchène accueilli en France après les persécutions subies dans son pays, aspire à enfin démarrer « une vie normale ».

« Chez moi, je ne savais pas ce qu’était le calme, la tranquillité », raconte ce jeune homme de 26 ans, le regard dissimulé derrière des lunettes de soleil. En Tchétchénie, où l’homosexualité est totalement taboue, le coming out est inconcevable, la dissimulation forcée.

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« Progressivement, les gays ont commencé à disparaître »

« Si ça devient connu, tu es en danger, mais aussi tes proches. Là-bas, on tue les gens pour des rumeurs », glisse Azmad, un prénom d’emprunt. A Grozny, la communauté gay vit donc en « sous-culture fermée », nécessairement paranoïaque. Toute nouvelle rencontre doit être validée par un maximum d’amis communs. « Mais bien peu prennent le risque » de se voir, soupire-t-il. Ce quotidien des homosexuels tchétchènes se mue en véritable enfer l’hiver dernier. Le corps de l’un d’entre eux est retrouvé « ligoté et nu ». L’homme a été « violé et tué », se souvient cet étudiant, qui travaillait en parallèle dans le commerce. L’ère des persécutions vient de commencer.

« Progressivement, les gays ont commencé à disparaître », affirme-t-il. « C’était systématique ». La police tchétchène, se servant des photos découvertes dans le téléphone de l’un ou l’ordinateur de l’autre, retrouve aisément nombre de membres de la minuscule communauté LGBT locale, où « tout le monde se connaît », accuse Azmad. Selon le journal russe Novaïa Gazeta, plus de cent homosexuels ont été arrêtés ces derniers mois dans cette république russe du Caucase, où les autorités ont incité leurs familles à les tuer pour « laver leur honneur ». Toujours selon le journal, au moins deux personnes ont été assassinées par leurs proches et une troisième est décédée des suites d’actes de torture.

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Djihadiste plutôt qu’homosexuel

Azad, lui, se voulait « très discret ». Il se refusait à sortir avec des Tchétchènes, pour davantage de discrétion. Mais c’est une photo de lui, retrouvée dans un portable, qui lui vaut une première interpellation, brève et non violente. Quelques jours plus tard, des policiers viennent le trouver dans son quartier. Ils s’emparent de son téléphone, où « toute sa vie » est stockée, l’obligent à le déverrouiller. Azmad parvient à s’échapper. « J’ai fui car j’ai compris que je n’arriverais pas à m’en sortir. (…) Tout allait apparaître de manière évidente, qui je suis ».

Il se réfugie chez une connaissance de longue date, à qui il prétend être inquiété pour des vidéos « à caractère islamiste extrémiste, des appels au djihad », préférables à toute révélation sur sa sexualité. Cette connaissance le conduit dans une province voisine, d’où il prend le bus pour Moscou. Il s’y cachera deux mois durant. Pour éviter d’éventuelles représailles, « même sa mère ne sait pas pourquoi il est parti, et s’il est en vie ». Un « visa humanitaire d’urgence » lui a été délivré la semaine dernière, selon Joël Deumier, le président de SOS homophobie. « Je vais essayer d’oublier », dit-il, et « devenir un homme normal, c’est-à-dire commencer à vivre une vie normale, celle que vivent les gens normaux ».